Regards Octobre 1999 - L'Evénement

VILLE
HISTOIRE DE FESTIVAL/Créteil international

Par Marie Marquès


Voir aussi Lectures urbaines ou presque

Organisé à Créteil le dernier week-end de septembre, le premier Festival international de la ville n'a pas été placé par hasard sous le haut patronage de l'Unesco. Société contemporaine pluriculturelle et multi-ethnique obligeait.

Structurée autour de trois grands thèmes fédérateurs : "la ville en questions", "la ville en actions" et "la ville en fêtes", l'idée de cette manifestation qui sera très vraisemblablement reconduite l'année prochaine, a été lancée par le Ministère délégué à la ville avec l'appui de la Délégation interministérielle à la Ville et du Conseil national des Villes, en direction d'un public de "citadins-citoyens".

En effet, quatre Français sur cinq résidant aujourd'hui en milieu urbanisé, de récentes études les montrant préoccupés par l'étroitesse des possibilités individuelles d'expression, ainsi que par une certaine difficulté à coexister dans les lieux collectifs et communs, il semblait opportun à ces trois instances officielles, de mettre rapidement sur pied un événement d'envergure nationale pour en débattre.

Ce premier festival dont l'objectif était de générer du dialogue entre les décideurs qui fabriquent la ville, les différents acteurs sociaux et les nombreux usagers, proposait par ailleurs spectacles de rue, projections cinématographiques, rencontres avec des réalisateurs et des comédiens, activités multimédia interactives, ateliers d'écriture, etc.

Co-organisateur de la manifestation, le Conseil national des Villes, qui est en constante relation avec un certain nombre d'associations et de collectifs d'habitants français et étrangers, avait de son côté imaginé la reconstitution d'une Place publique. Les animateurs des divers forums avaient pour charge de recréer l'agitation des anciennes agoras et d'entraîner le public présent dans le jeu de la démocratie directe.

En effet, selon le CNV, instance officielle au statut particulier (essentiellement composée d'élus et d'experts et rattachée au cabinet du Premier ministre) : "La ville est l'affaire de tous. Les habitants ont besoin d'institutions démocratiques comme les institutions et les pouvoirs publics, besoin des habitants/citoyens. C'est sous la pression de ces derniers qu'évolue l'action publique, que peut se construire la ville que nous voulons pour demain. L'environnement urbain ne doit plus être vécu comme un mal nécessaire."

Aussi les débats de "Place publique" ont-ils été initiés à partir d'exemples d'expériences associatives, de pratiques économiques alternatives déjà existantes en France, ou encore largement éprouvées dans certaines villes de Grande-Bretagne, d'Allemagne et d'Espagne, comme aussi en Afrique de l'Ouest et du Nord. Destinés à rassembler et à confronter les points de vue, ils ont permis d'aborder librement des questions aussi cruciales que celle de la réalité effective de la démocratie locale.

Comment en effet, la générer ? Les structures associatives, les comités de quartiers sont-ils des écrans ou des leviers pour la participation des habitants ?

Comment dans les villes, faire que se tissent des liens vivants, que se développe davantage de solidarité et de sécurité ?

Quel regard portent les jeunes sur la ville contemporaine ? Qu'en attendent-ils ?

Où en sont les travaux de l'université du citoyen ? Comment devenir acteur d'un projet de quartier ? Et au moins autant de questions relatives à la vie quotidienne des femmes, à l'alimentation et à la santé des jeunes, aux moyens de lutte contre les stupéfiants, à la convivialité dans les transports, soit une myriade de problématiques dont il est difficile de faire le tour tant la ville actuelle est source de questionnement.

Informations détaillées en ligne sur www.festiville.org

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Lectures urbaines ou presque


Politiques locales

Cet ouvrage, qui a pour origine un colloque organisé par l'Institut d'études politiques à Lyon en septembre 1997, considère les politiques locales "comme un terrain d'observation privilégié pour comprendre les transformations de l'action publique". L'analyse de l'action publique locale fait l'objet de la première partie ; la seconde, la territorialisation des politiques vue à travers divers regards européens ; l'ouvrage évoque ensuite les expériences nouvelles du gouvernement local et les "recherches de nouveaux savoir-faire". n

PAR Gérard Streiff

Richard Balme, Alain Faure, Albert Mabileau (sous la dir. de), les Nouvelles Politiques locales, Dynamiques de l'action publique, Presses de sciences po, 486 p., 1999.

Où est la violence ?

Jean-Pierre Garnier considère la "violence urbaine" comme un faux problème. Il existe, dit-il, un lien de cause à effet entre crise urbaine et crise économique et sociale mais occulté, même par les spécialistes du champ urbain, du fait de la difficulté de mettre en question les finalités d'une société qui produit exclusion et ségrégation.

L'auteur estime que le nouvel ordre local qui vise à promouvoir la "démocratie de proximité" ou "l'implication citoyenne", incite, en fait, les habitants des quartiers populaires à se convertir en auxiliaires de la police et des pouvoirs publics pour s'opposer à la montée de l'insécurité dans les villes. Donc "surveiller et punir" avec le concours empressé du citoyen qui croira oeuvrer au rétablissement de la loi dans des zones de non-droit.

Or, pour Jean-Pierre Garnier, l'affirmation citoyenne, à la différence de l'engagement civique auquel on s'évertue aujourd'hui à le réduire, est indissociable du conflit et du combat. La prise en charge des problèmes par les habitants revient donc à leur faire autogérer les retombées sociales du libéralisme le plus sauvage. n

PAR Daniel Bachet

Jean-Pierre Garnier, le Nouvel Ordre local, Gouverner la violence, L'Harmattan, 182 p., 1999

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