Regards Septembre 1999 - Hors-sujet

STAGES
Bill Owens fait golfer les banlieusards

Par Alain Barbier


“ Tiens le club à hauteur des yeux et, tout de suite, prends la position finish ! ”

Ainsi parle Bill Owens. Autour de lui, des jeunes mis au ban. Ils habitent Montfermeil, la cité des Bosquets, ou Saint-Denis, ou Montreuil. Jamais au grand jamais, ils n'auraient imaginé qu'ils joueraient un jour au golf. Sport de snobs, de Ricains friqués. Mais, depuis quelques mois, un pèlerin d'un genre nouveau arpente la banlieue. Au lieu d'une robe de bure, il est vêtu d'une tenue de sport, son bâton, c'est une canne de golf. Comme ses prédécesseurs, qui, au Moyen Age, franchissaient des montagnes, il a débarqué en France avec une idée fixe : rendre le golf obligatoire à l'école. Cet ancien champion de golf gallois a mis au point, voici huit ans, une méthode d'enseignement tout à fait révolutionnaire. Au lieu de l'apprentissage traditionnel qui impose des postures contraignantes, il propose une technique pour obtenir un geste naturel et pouvoir ainsi pratiquer rapidement ce jeu très ancien.

Bill a rencontré André Roch, le président de l'association populaire des golfeuses et golfeurs en Seine-Saint-Denis. Ensemble, accompagnés parfois par d'autres bénévoles, ils ont commencé à faire découvrir le golf à des collégiens. Bill va d'une ville à l'autre dans ce département 93 qui arrive, on s'en douterait, en queue de peloton pour le nombre de golfeurs. Une situation qui risque de changer car, depuis quelques mois, le Gallois a entrepris de transmettre son savoir à des éducateurs, à des enseignants pour que ceux-ci puissent à leur tour former des jeunes joueurs. Bill et André souhaitent que ce sport retrouve ses racines populaires. N'a-t-il pas été créé à l'origine par des bergers écossais qui frappaient dans des pierres avec leur bâton ?

Pour délivrer son enseignement, son message, Bill Owens suit toujours le même rituel. D'abord quelques explications dans une salle, devant un tableau. "Aujourd'hui le matériel est très performant, explique-t-il. Je ne plaisante pas en disant qu'il faut laisser le club jouer à votre place." Il explique comment placer ses mains sur le manche du club, ne pas serrer trop fort et en route pour une initiation qui se déroule le plus souvent sur un terrain de football avec des balles légères. Bill invite les débutants à reproduire un mouvement tout simple sans même regarder la balle. "C'est ce que j'appelle apprendre à jouer avec les extrémités du corps. On doit sentir son équilibre avec les orteils, retenir très doucement le club, et tendre l'oreille pour écouter le bruit que produit la balle. C'est ainsi qu'on se rend compte si elle a été bien frappée."

Après quelques heures d'exercices, tout le monde se rendra sur un vrai practice au golf de Bellefontaine. Les jeunes sont émerveillés. Ils pourront même faire un premier parcours sur quelques trous. Pendant quelques semaines, à la suite d'incidents répétés, le district de football a suspendu les matches. Le ministère de la Jeunesse et des Sports a lancé une campagne contre la violence.

Dans ce contexte, Bill Owens est persuadé qu'il a une carte à jouer : "Apprendre le golf, c'est comme suivre un cours d'éducation civique. Plus qu'un jeu, c'est une éthique, une manière d'apprendre la vie. D'abord au golf, on est face à soi-même. On ne peut pas rendre l'adversaire responsable de ses contre-performances. Personne ne peut battre le parcours, ce qui apprend l'humilité. Comme il ne s'agit pas de frapper le plus fort possible, mais de créer son propre mouvement avec fluidité, il arrive même souvent que les filles envoient la balle plus loin que les garçons.

Ensuite, outre les règles, il faut suivre ce qu'on appelle l'étiquette. Là, le golf véhicule des notions de respect. On ne doit pas couper la ligne d'un joueur qui se prépare à jouer, il faut replacer l'herbe qui a été arrachée, faire silence quand quelqu'un se concentre, etc." Toutes raisons qui font dire au champion que le golf devrait constituer une matière obligatoire à l'école.

En attendant, Bill Owens garde les yeux ouverts : "Pour un Britannique, faire une petite révolution en France, en popularisant le golf, ce n'est pas chose facile."Mais son visage s'illumine lorsqu'il évoque la joie des jeunes qui ont découvert ce sport. "Il faut voir leur plaisir lorsqu'ils se retrouvent sur un terrain de golf, alors que, de leur vie, ils n'auraient jamais imaginé pouvoir pratiquer ce jeu."

Enfin, il fait remarquer qu'en Angleterre, où ce jeu est très populaire, on peut même trouver un travail en allant jouer au golf. "Après dix-huit trous, on connaît parfaitement le caractère d'une personne. Et parfois, à l'issue d'un parcours, il peut arriver à un chômeur de se voir proposer une embauche". Le Gallois imagine même un avenir tournant autour du golf : "Fort heureusement, l'homme aura de plus en plus de temps libre. Pourquoi ne pas répondre à cette demande de loisirs en bâtissant des golfs autour des villes ? Cela permettrait de créer des emplois et aussi de planter des arbres, de préserver des espaces dédiés à la nature." n A.B.

Bill Owens organise des stages tout public au golf de Germiny (06 08 93 17 66). AGGM, 154 rue de la Nouvelle-France, Montreuil. Fax : 01 48 57 96 14.

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