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HOMMAGE Par J.-C. O. |
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| Notre ami Richard Gispert est décédé soudainement au mois d'août. Directeur de recherches du CNRS, membre de l'Institut d'astrophysique spatiale d'Orsay, il travaillait sur de nombreux programmes d'observation cosmologique visant à approcher les traces les plus lointaines du rayonnement fossile de l'univers. Il participait activement à la réalisation du satellite européen Planck. Ce chercheur consacrait aussi son énergie à l'élaboration des orientations de la recherche, à la diffusion des connaissances, qu'il considérait comme pleinement intégrantes de sa mission. |
| Son engagement communiste – il était membre de la direction du PCF – allait de pair avec son activité. Toujours en avance d'une idée, et en même temps à l'écoute de celles des autres, son intelligence critique toujours en éveil, presque inquiète, on retiendra cette figure si sensible et profondément humaine. |
| En hommage, des extraits de ses propos publiés dans Révolution (1) . |
| "Pour la science, la communication n'est pas simplement une nécessité imposée par l'environnement mais il s'agit d'un besoin authentique de son propre progrès. Faire partager au plus grand nombre, et à travers cela retravailler les connaissances, est fondamental au travail de recherche lui-même. |
| Cette dimension prend une importance d'autant plus grande que la science couvre des terrains plus vastes et plus complexes. |
| (...) Les outils des hommes se transforment de plus en plus, au point qu'on peut se croire à l'aube d'une nouvelle révolution dans laquelle une grande partie des tâches intellectuelles seront intégrées dans les outils. Dans cette perspective que l'on voit déjà se mettre à l'oeuvre (...), il ne s'agit pas seulement de communiquer la conséquence de ces apports à la science. Le problème essentiel consiste à savoir QUI est capable de penser la connaissance pour l'introduire dans la machine et la mettre ainsi au service de l'homme. C'est un problème d'appropriation non par un petit nombre de gens, mais par les plus grandes masses de l'humanité au niveau le plus avancé de la connaissance. Si on ne mesure pas cette difficulté et l'ampleur de la tâche à accomplir, on prendra un mauvais chemin. Pour l'instant, à l'échelle de l'humanité entière, on voit plutôt le fossé se creuser que se combler. |
| On peut se demander si le progrès de la connaissance ne va pas tellement vite que nous aurons toutes les peines du monde à combler certains fossés. Je comprends les difficultés à communiquer la science la plus compliquée, avec des problèmes de langage, de formation, etc., mais c'est peu de choses en regard des nécessités. Des solutions seront trouvées : nous ne sommes plus à l'âge des cavernes. Nous vivons dans un monde où l'ensemble de l'humanité a intégré au long de son histoire des expériences théorisées dans des connaissances : autant de points d'appui pour le développement humain. La tâche n'est pas impossible mais il y a urgence. |
| Des efforts sont faits, il y a des consciences, des capacités, des volontés qui ne demandent qu'à s'exprimer. Si on donnait à l'extraordinaire potentiel de recherche qui existe en France les moyens de retrouver l'ensemble de la population, on réaliserait des choses inouïes. |
| D'ailleurs les quelques époques où dans l'histoire de notre pays il y a eu un élan progressiste, où les gens se prenaient en charge, correspondent aussi à une poussée de la connaissance scientifique, de la soif de savoir. L'amorce du CNRS dans le Front Populaire en constitue le plus beau symbole." |
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1. Novembre 91, Révolution N°613. |