Regards Septembre 1999 - Vie des réseaux

TUYAUTERIES, LES DERNIERS METRES
Les affaires de France Télécom

Par Xavier Delrieu


L'actualité d'une société comme France Télécom est sans cesse en mouvement. Vous quittez l'opérateur historique au moment où il s'apprête à développer encore un peu plus son partenariat avec les Allemands de Deutsche Telecom et vous le retrouvez, peu de temps après, les yeux tournés avec concupiscence vers la Grande-Bretagne.

De même, après des valses hésitations sur l'opportunité de développer une activité tournée vers Internet, il devrait lancer dès cet automne sa norme ADSL, une technologie permettant une connexion aux réseaux toujours via une ligne téléphonique classique, mais à très haut débit.

"La prise de contrôle de Telecom Italia, réalisée sans la moindre concertation préalable avec France Télécom est une violation explicite des accords". C'est ainsi que Michel Bon, p.d.-g. de France Télécom, a accueilli le 22 avril les tentatives de rapprochement entre les opérateurs historiques italiens et allemands (depuis, on sait que ce rachat a échoué). Pour le coup, lâché par son partenaire avec lequel il travaillait à un développement d'activités communes, France Télécom dut brusquement changer de stratégie.

Situation d'autant plus périlleuse que la présence de l'Etat dans son capital suscite toujours une certaine crainte chez les autres opérateurs, à une époque où les regroupements dans le monde des télécoms donne le tournis à toutes les bourses mondiales.

Mais qu'à cela ne tienne, alors que chacun pensait que l'opérateur allait tourner ses convoitises vers l'Europe du Sud, c'est vers la Grande-Bretagne qu'il porte ses ambitions.

C'est ainsi que le 26 juillet, France Télécom a pris 25 % du capital du câblo-opérateur britannique NTL, dont il devient l'actionnaire principal pour 5,4 milliards d'Euro.

Cet argent servira à l'acquisition d'un autre câblo-opérateur Cable and Wireless.

Cette nouvelle entité deviendra tout simplement le plus grand opérateur de télévision et de téléphonie câblée de Grande-Bretagne et d'Irlande. A l'heure où l'Europe continentale s'accorde à ne pas laisser un Murdoch trop s'immiscer dans ses télévisions privées et où les entreprises américaines tendent à considérer l'Angleterre comme une base de lancement pour leur développement en Europe, la situation est plutôt réjouissante. D'autant que le câble en Angleterre n'a rien à voir avec ce qui se passe en France. Ainsi, on comptait plus de 4 millions d'abonnés ce printemps chez nos voisins d'outre Manche (NTL et Cable and Wireless en totalisent 2,8 millions à eux seuls).

Mais le plus étonnant reste que le téléphone est la principale motivation à cet engouement pour le câble.

Alors qu'en France des expériences de téléphonie par les réseaux câblés sont menées depuis quelque temps dans des villes comme Annecy ou Nice, c'est le téléphone qui a assuré le développement du câble britannique.

Il est à noter qu'en France un grand nombre de collectivités locales n'ont toujours pas perçu le réel intérêt dans le câblage de leur ville, sans doute par manque d'information. C'est notamment le cas de nombreuses villes dites "pauvres" : elles ont d'autres priorités.

C'est pourquoi lorsque le téléphone sera disponible via le câble (communications moins chères et surtout au même tarif, quelle que soit la distance), on pourrait bien voir apparaître de nouvelles disparités. En tout état de cause, le câble, qui n'a jamais pu réellement se développer en France (il n'y a que 2,6 millions d'abonnés), va connaître de toute évidence un regain d'intérêt ces prochaines années.

Le simple fait que la télévision, le téléphone et l'accès aux réseaux puissent passer par le même tuyau représente un enjeu commercial qui ne laissera pas indifférents les câblo-opérateurs étrangers.

D'autant plus que France Télécom se voit contraint par la Commission européenne de revendre une grande partie de ses réseaux câblés afin de favoriser la concurrence. Un opérateur historique n'a en effet plus le droit d'exploiter deux boucles locales, ces derniers mètres de tuyauteries qui permettent d'acheminer toutes sortes de données (téléphoniques, télévisuelles, etc.) jusqu'aux prises. Or, France Télécom avait en charge celles du téléphone et du câble. Ainsi, au mois de juin, quelques réseaux de la banlieue parisienne ont été revendus à bas prix à... NTL ! Dorénavant, France Télécom est présent dans 10 des 15 pays de la Communauté européenne et c'est à l'étranger qu'il réalise 10 % de son chiffre d'affaire. L'opérateur espère atteindre les 25 % d'ici 2003.

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