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COLLIMATEUR Par Philippe Breton |
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| Comme toute guerre, celle du Kosovo a été propice à la suspension des normes habituelles de la démocratie dans le domaine de l'information, normes dont on sait qu'elles ne sont déjà pas excessivement contraignantes en temps ordinaire. Nul ne doutait à ce moment-là qu'il y avait de la propagande dans l'air et que les médias occidentaux étaient sensibles aux sirènes des communicateurs de l'OTAN. Mais le sentiment majoritaire était que, grosso modo, cette guerre-là était un bon cru du point de vue de l'honnêteté et de l'objectivité des journalistes et des spécialistes de la communication. Seules quelques voix s'étaient élevées, immédiatement couvertes par le tumulte d'une réprobation hautaine et indignée. Nous avions déjà dit à ce moment-là combien les questions posées par Régis Debray et d'autres paraissaient essentielles pour garder la tête froide et se faire une véritable opinion en dehors de tout conditionnement propagandiste. Il se pourrait bien en effet que, contrairement à l'idée répandue, cette guerre-là ait été l'occasion des manipulations les plus efficaces que l'on ait vu depuis bien longtemps. L'un des enjeux les plus importants et les plus politiquement chargés concerne le nombre exact de victimes des crimes de guerre commis par les forces régulières et para militaires serbes pendant le conflit. On pourra trouver cette comptabilité macabre, voire indécente, mais il faut s'y résoudre car là réside finalement un des noeuds du problème (il y a en a évidemment d'autres) car c'est au nom des atrocités commises sur les civils kosovars que la machine de guerre occidentale s'est mise en branle officiellement et qu'a été construite la légitimité du conflit aux yeux des opinions occidentales. Pendant la guerre, les médias ont relayé, sans grand recul critique, les "informations" qui évoquaient un "génocide", comparable à celui commis par les nazis, la disparition "des hommes" du Kosovo (bien qu'il y en eut toujours beaucoup sur les images montrant les théories de personnes déplacées), les "centaines de milliers de disparus" pour lesquels on craignaient le pire, la terre du Kosovo "parsemée de charniers", les "trains de déportés". |
| Pendant ce temps-là, l'OTAN bombardait à qui mieux mieux toutes sortes de cibles militaires et civiles en Serbie, provoquant des milliers de victimes. Puis, au fur et à mesure que le conflit a avancé, on a évoqué, notamment le gouvernement anglais, la perte d'au moins "45 000 morts civils". La révision des chiffres à la baisse avait commencé. Il y a quelques semaines, Bernard Kouchner, pro-consul de la province, a parlé des "11 000 civils kosovars tués par les Serbes". Il s'est immédiatement attiré les foudres des officiers de la KFOR, qui savent de quoi ils parlent, et, surtout, des responsables du Tribunal pénal international (TPI) de la Haye. Ces derniers s'en tiennent aux faits et aux 340 corps de personnes dont il est avéré qu'elles ont été tuées par les troupes serbes (en dehors des combattants de l'UCK tués au combat). |
| Ce chiffre très prudent mais réaliste est probablement une sous-estimation de la réalité et c'est, de toutes façons, autant de crimes qu'il faudra punir. Mais, en tout état de cause, nous sommes loin, très loin, sans aucune commune mesure, du "génocide" que les médias ont évoqué pendant toute la guerre, afin, essentiellement, de la justifier, instrumentalisant ainsi à des fins de propagande la légitime indignation de l'opinion et l'analogie avec la barbarie nazie. Erreur d'appréciation massive ou cynisme organisé des officines de communication de l'OTAN afin de masquer les vraies raisons du conflit ? |
| En tout cas, il appartenait aux médias d'être vigilants et non pas de se comporter comme l'outil fidèle de l'un des protagonistes. Ils ne l'ont pas fait, et ont ajouté à ce déshonneur manifeste ce qu'ils n'étaient pas obligés de faire en plus, à savoir lyncher et tenter de salir la réputation de ceux qui simplement mettaient en doute ces informations (c'était précisément le cas de Régis Debray) et qui étaient traités à cette occasion de "révisionnistes", comparables à ceux qui nient la réalité du génocide commis par les nazis. Les communicateurs de l'OTAN ont montré qu'ils étaient orfèvres en matière de "révision" de l'histoire en train de se faire. Il appartient à tous les démocrates, à tous ceux qui croient dans le fait qu'un monde meilleur passe par une information, sinon objective, au moins discutable et contradictoire, de tout faire maintenant pour que l'histoire de ce conflit s'écrive désormais en dehors des contraintes de la propagande. De ce point de vue, c'est maintenant que le travail commence... |
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