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ESPRIT LIVRES Par Gérard Streiff |
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| Le Centre d'étude de la vie politique française (Cevipof) publie, depuis les régionales de 1992, dans la collection "Chroniques électorales", des ouvrages de synthèse sur les grandes consultations : ce fut le cas pour les législatives de 1993, les européennes de 1994, la présidentielle de 1995, les législatives de 1997. Voici à présent leur travail sur les régionales de l'an passé. |
| Pour Pascal Perrineau, ces élections furent "un symptôme manifeste de la crise de la représentation politique et s'inscrivent bien dans la “ tradition ” d'élections régionales sous influence nationale depuis 1986 (et sans véritable existence politique autonome), marquées depuis 1992 par une logique d'élections intermédiaires (et donc d'érosion de la coalition majoritaire) et par un courant profond de fragmentation politique (propice à la manifestation d'une protestation mais aussi d'un mouvement de retrait vis-à-vis de la “ politique officielle ”)". |
| L'ouvrage se présente en quatre parties : on s'y interroge d'abord sur "le fait régional", sur l'"introuvable espace public" que constituerait la région, en y rappelant les précédents scrutins de 1986 et 1992, en mettant en doute la pertinence de la notion de culture politique régionale, en travaillant les différences interregionales d'orientation politique et l'état de mobilisation électorale. |
| La seconde partie porte sur les résultats, sur l'abstention, et ce qui est appelé la victoire paradoxale de la gauche. |
| On y lira l'étude de Jean-Philippe Roy sur "le succès relatif de la gauche plurielle" et notamment ses considérations sur le score communiste (pp 136-139). Sont étudiés le dilemme des écologistes pris entre la stratégie nationale et les diversités locales, le crépuscule de la droite modérée, sa concurrence avec le FN et la crise entre le RPR et l'UDF. |
| La troisième partie met plus particulièrement l'accent sur l'Ile-de-France – et la "drôle de défaite de la droite francilienne" –, sur la Provence avec une gauche qui l'emporte d'une courte tête et sur Rhône-Alpes. |
| L'ouvrage enfin s'intéresse à l'élection des présidents de région. Pour Claude Patriat, la fragmentation politique et le processus de désignation des présidents auraient contribué à l'affaiblissement des régions, "confortant son statut de parent pauvre de la décentralisation : celui d'un syndicat interdépartemental à vocation restreinte". |
| Dans sa conclusion, intitulée "Elections réelles, élections imaginées", François Bazin montre comment l'interprétation généralement admise du résultat relevait plus d'un certain imaginaire politique – notamment concernant l'"échec"de la droite – que d'une stricte analyse chiffrée. |
| L'auteur conclut sur ces mots qui sonnent juste, en ces lendemains d'européennes : "La défaite rêvée de la droite aux élections régionales du 15 mars 1998 prépare le terrain pour d'autres échecs qui, ceux-là, seraient bien réels." L'étude comporte vingt-cinq pages d'annexes (tableaux, cartes) fort utiles. |
| Pascal Perrineau, Dominique Reynié, (sous la direction de), |
| Le Vote incertain, les Elections régionales de 1998, |
| Presses de Sciences Po, 300 p., 168 F |
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