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L'ambition des communistes Par Henri Malberg |
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| Les médias, ces dernières semaines, n'imaginent pour le PCF qu'un horizon terne. Selon plusieurs commentateurs, il ne saurait être désormais que celui d'auxiliaire de gauche du Parti socialiste. Sauf à choisir le repli et la marginalité (1). |
| Ce sera ni l'un, ni l'autre ! Le Parti communiste veut "dégager vers l'avant", si j'ose dire. Car, rien ne prouve qu'il faille désormais adapter son horizon à une société où quelques firmes géantes – financières et industrielles – dominent toute la vie de la société. |
| Face à cette nouvelle féodalité, il existe une autre ambition qu'accepter la règle du jeu, le marché capitaliste mondialisé et limiter les dégâts. Régulation et réalisme. |
| Il faut tabler sur la force conquérante de cette idée : il faut remettre le monde à l'endroit. |
| Les bouleversements techniques, scientifiques et de la communication, la mondialisation appellent et permettent une société plus humaine, juste et solidaire. Le projet communiste, revivifié et dégagé des déformations qui l'ont défiguré, peut rencontrer des tendances profondes, comme le montre le "tour du monde des rebelles" dans notre supplément Forum. |
| Il y a un signal à donner et beaucoup de travail sur de nouvelles réponses. Il faut rechercher dans tout ce qui bouge aujourd'hui les signes des aspirations progressistes. Formuler et expérimenter des idées nouvelles pour que la qualité de la vie et le développement humain soient au coeur de toute chose et de tout combat. Pour contester le pouvoir de décision de quelques milliers de patrons arrogants sur les richesses produites dans le monde et sur les hommes. Et mettre en avant des idées et des objectifs qui retirent du pouvoir et des privilèges au capital et qui en rajoutent aux êtres humains, aux salariés, aux sans droits, à la jeunesse. Faire la guerre au chômage et faire d'un nouveau plein emploi un objectif de civilisation. Rendre aux citoyens le pouvoir de décision, sur la vie politique et sur l'économie et ainsi combattre la crise du politique. |
| Le siècle qui vient peut ne pas être celui du libéralisme sauvage ou du social-libéralisme qui en est une variante apaisée et trompeuse, mais celui de la reprise du combat pour transformer la société. Et il y a besoin aussi des communistes pour cela. Aussi mais pas seulement d'eux. |
| Et, du coup, le combat social et politique peut porter en avant des revendications brûlantes et faire reculer l'offensive du capital, ses profits, ses pouvoirs. |
| La présence communiste dans le gouvernement de la France est en ce sens un élément positif pourvu qu'il s'articule à un mouvement social et politique plus fort, plus exigeant. Les communistes, en effet, ne se fondent pas dans le gouvernement. Ils y participent et y travaillent du mieux que le permet le rapport de force politique et l'état de l'opinion. |
| Ces questions difficiles, complexes mais toniques, occupent les pensées et les débats des communistes. Leur 30e Congrès, annoncé pour février 2000, se trouve être un grand événement. |
| La question de la vie et de la pratique du Parti communiste lui-même fait débat entre communistes. Elle ne concerne pas seulement les membres du Parti communiste – comme on le verra aussi dans notre supplément Forum. Il ne s'agit pas de faire table rase de 80 années de combats, de richesses, de difficultés surmontées comme de difficultés accumulées, de blocages aussi. La vie, quoi ! |
| Mais il s'agit bien de répondre avec détermination et allant à des questions vitales aujourd'hui. Ce n'est pas la première fois que le Parti communiste se trouve devant des choix historiques de renouvellement de son orientation et de ses pratiques. On peut s'interroger : quelle forme de vie, de proximité du Parti communiste dans les quartiers, les entreprises, les écoles ? Quels lieux de débats et de décisions démocratiques ? Quelle conception des directions ? Et comment faire vivre la diversité des sensibilités, des expériences, des conceptions dans cet ensemble humain rassemblé librement ? |
| Enjeux de la rentrée |
| Mais la vie ne bat pas au rythme d'un congrès des communistes. Des questions urgentes essentielles se posent, des choix se font chaque jour. |
| Un débat politique s'est noué cet été entre les communistes, les socialistes, les Verts. On aurait tort de le prendre à la légère. Pour chacun, c'est le fond qui est en question. Il faut que les contradictions et les différences réelles dans la gauche ne soient pas estompées. Mais elles ne doivent pas conduire à l'éclatement. Chaque force politique est elle-même, elle veut faire avancer ses conceptions. Elle n'a pas à se soumettre aux autres. Mais ne doit pas jouer avec la question de la participation au gouvernement. Car l'échec de la gauche serait l'offensive immédiate de la droite et sans doute le pire. |
| Pour les communistes, il est maintenant essentiel de s'orienter vers la solution sociale et progressiste d'une série de questions. |
| Ce qu'on appelle l'embellie économique – beaucoup d'argent qui afflue dans les caisses de l'Etat et beaucoup de richesses supplémentaires dans la poche des capitalistes – a des causes diverses. Fruit de quelques avancées en matière de pouvoir d'achat et d'emploi et d'une relance de la confiance et de la consommation. Mais aussi fruit d'une brutale aggravation de l'exploitation capitaliste, sous la forme de la précarité du travail, des concentrations d'entreprises. Bref, au total, le partage des revenus en 1998, c'est les salaires augmentés de 4 %, les revenus du capital notamment foncier de 7 %, les revenus des plus-values financières de 20 %. Et la Bourse caracole à 30 % (2). |
| La répartition du surplus budgétaire doit indiquer un choix de gauche. Une diminution indifférenciée des impôts ne bénéficierait pas directement à ceux qui en ont vraiment besoin. Il faut au contraire orienter l'argent de façon productive vers le social et l'emploi. |
| Et puis, que de questions en suspens : les sans-papiers, l'attitude du pouvoir à l'égard des immenses concentrations en cours avec leur objectif déclaré de restrictions d'emplois, la question des privatisations... |
| Bref du pain sur la planche pour pousser jusqu'au bout et le temps qu'il faut la réflexion communiste. La situation est favorable à une avancée de la pensée. Elle est nécessaire et possible. Et puis l'urgence de l'intervention communiste qui doit encore mieux s'immerger dans tout ce qui bouge, lutte, cherche une issue. |
| Regards publie dès septembre chaque mois un supplément "Forum". Nous souhaitons contribuer d'une manière sérieuse, ouverte et loyale au mouvement des idées actuel en vue du Congrès du PCF. Au lecteur de juger, de dire. Et d'écrire. |
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1. Voir dans notre supplément Forum le point de vue
de l'historien Marc Lazar. 2. J.-C. Gayssot, l'Humanité du 26 août 1999. |