Regards Septembre 1999 - La Création

LECTURES DU MOI
Henri Mitterand, quarante ans avec Zola

Par Suzanne Bernard


Henri Mitterand vient de publier le premier tome d'une trilogie consacrée à Zola. Sa fidélité à cet écrivain, sa quête constante, inlassable et de l'homme et de l'oeuvre, pendant plus de quarante ans, apparaissent exemplaires. Pas moins de 943 pages constituent le premier volet de la biographie d'un écrivain qui, à trente ans, avait déjà publié dix volumes et s'imposait avec audace à tout Paris.

“Déjà Zola me parlait quand je le lisais adolescent. A l'époque, l'Université était une dame très prudente qui se méfiait d'un écrivain fourvoyé dans des affaires politiques, et dont la réputation littéraire, au plan du réalisme, était sulfureuse. Il existait alors très peu de thèses, de travaux sur Zola. Je me trouvais devant une forêt vierge, un champ ouvert... ”

Après l'agrégation, Henri Mitterand s'embarque "dans l'aventure Zola". Au cours des années soixante, il se livre d'abord à un travail historique et éditorial, avec l'édition de Zola dans la Pléiade, puis celle de ses OEuvres complètes. "Je n'ai plus quitté Zola depuis."

Le fils de Zola, le docteur Jacques-Emile Zola, une personnalité remarquable, ouvre, à l'époque, ses archives aux chercheurs. Cette rencontre crée un rapport affectif avec le grand écrivain. Peu à peu, des aspects nouveaux de Zola apparaissent à Henri Mitterand. Il voit surgir un personnage inattendu, hors du discours pédagogique classique, qui se tient dans un univers autre, celui de l'imaginaire, avec parfois un peu de folie. Autant d'"avenues" inédites qui vont se prolonger, s'élargir avec le temps. “ Zola est un personnage multiple.

Ce n'est pas le vieux monsieur à barbiche et à lorgnon, figé, triste, genre professeur de morale pour école laïque, que l'on se représente généralement. Il y a un Zola décadent, un Zola pré-surréaliste, un Zola républicain, démocrate, et aussi un Zola qui prend des distances par rapport au parlementarisme quand il s'aperçoit que bon nombre de ses confrères, dans la bataille contre l'Empire, sont en fait des carriéristes. C'est dans cet esprit qu'il lance, dans l'affaire Dreyfus, un appel direct à l'opinion. Le personnage est beaucoup plus complexe et évolutif qu'on ne l'a dit. J'ai proposé des analyses plus proches des contenus de l'oeuvre de Zola que des archives connues. Dans les années 60-70, on découvrait la nouvelle critique, le rôle de la psychanalyse, de la sociologie, de l'anthropologie... J'ai profité de ces acquis. ”

Zola, qui a connu la misère, la faim, est resté toute sa vie fidèle à ses convictions républicaines et à sa compassion pour les classes malheureuses.

“Le personnage ne m'a jamais déçu, sur aucun point. Je ne l'ai jamais abandonné, même quand je travaillais sur d'autres auteurs. Il a exercé sur moi une influence “ professionnelle ” : discipline, rigueur du travail intellectuel. Je dis à mes étudiants : “ Travaillez comme Zola. Trois ou quatre pages rédigées chaque jour, cela fait une montagne ! ” ”

Autre influence importante, le souci d'indépendance de Zola dans l'examen des gens et des choses.

“Il ne respectait aucune censure, il n'obéissait à aucun dogme. C'est ce qui permet, comme il dit, la liberté de la “fouille”. Ainsi peut-on pénétrer dans l'intérieur charnel et psychique des êtres, ainsi que dans les secrets cachés d'une société. ” n Henri Mitterand,

Zola, t I, Sous le regard d'Olympia, 1840-1871

Fayard.

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