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ALTERNATIVE Par Alain Hayot * |
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Voir aussi Hommage à un créateur politique |
| Ces propositions pour l'enseignement supérieur et la recherche se veulent utiles à la réussite d'une politique de gauche. Elles s'inscrivent dans une visée ambitieuse : celle d'un projet communiste moderne susceptible de contribuer à bâtir une société d'émancipation humaine, dont la démocratie serait le moteur. |
| La recherche scientifique fait débat. En juin, la mission confiée par Lionel Jospin à deux députés socialistes, P. Cohen et J.Y. Le Déaut a donné lieu au colloque Quelle recherche pour demain tandis qu'une conférence mondiale de l'Unesco, intitulée La science pour le XXIe siècle, un nouvel engagement s'est ouverte à Budapest. Le rapport Le Déaut-Cohen, paru depuis, lance un cri d'alarme : "Il est indispensable que la France renforce sa politique d'emplois scientifiques", sans que les propositions qu'il avance semblent en mesure de répondre à cette exigence. |
| Quel avenir pour l'homme dans la perspective libérale ? |
| Quelques jours après, en pleines vacances estivales, le ministre de l'Education nationale et de la Recherche, Claude Allègre, annonce, en contradiction avec la volonté affichée de favoriser le développement scientifique, sa décision de ne pas construire en France le synchrotron de troisième génération et de participer au projet britannique Diamond piloté par Glaxo Welcome, troisième groupe pharmaceutique mondial. L'argument majeur du gouvernement, "cela coûte moins cher" ne tient pas devant le gâchis qu'entraînerait cette décision, prise en dehors de toute démocratie (voir l'article page 13). |
| La démonstration est faite une fois de plus que les mesures qui conditionnent la recherche dépendent étroitement de choix de société. L'alternative se situe entre une perspective libérale qui réduit les personnes, donc leur formation et leurs créations, à des coûts réductibles ou des marchandises potentiellement rentables ; et un objectif de développement et d'émancipation humaine, qui implique un partage des coûts et des ressources, des savoirs, des informations et des pouvoirs entre individus libres et égaux, capables de coopérer. |
| Cette ambition suppose, pour les domaines qui nous intéressent ici, de répondre à la double exigence de former les êtres humains aux métiers d'aujourd'hui et de demain, et de former les esprits à la citoyenneté. Les exigences contemporaines nous fixent pour ambition de garantir à moyen terme un enseignement supérieur pour tous, au moins à bac 2 et une université ouverte à tous en formation continue le long du cycle de vie. Le développement d'une recherche fondamentale est la condition d'un développement durable, d'une croissance maîtrisée, créatrice d'emplois, au service des individus dans l'élaboration et la satisfaction de leurs besoins sociaux et culturels. |
| Une dynamique qui dépasse l'autorité ministérielle |
| Un tel dessein ne saurait être mis en oeuvre par les seuls cabinets d'experts nommés par le ministre. La consultation de la communauté scientifique est impérative. Ne faut-il, de surcroît, aller plus loin en ouvrant le débat à toute la société et en construisant des articulations nouvelles entre la recherche et la société ? |
| Il s'agit de relier l'une à l'autre en tenant compte de leurs temps respectifs de réflexion et d'action, leurs urgences, leurs repères, leurs contradictions et leurs tensions particulières : les besoins de la société exprimés dans leur diversité ; la dynamique propre de la recherche. C'est une élaboration compliquée qui sous-entend de nombreux éléments de confrontation. La difficulté ne peut, en aucune manière, justifier que l'autorité ministérielle – ou gouvernementale – ait, seule, la responsabilité, la force ou même la capacité d'exprimer au nom de la société tout entière ce que doit être une activité de recherche évolutive et inscrite dans la durée. |
| Dans ce débat complexe, le PCF entend livrer un certain nombre de propositions constructives. Elles sont soumises à discussion. Elles complètent par exemple celles de la mission Le Déaut-Cohen. Elles peuvent servir de base à des actions dans les universités et les centres de recherche. |
| Coopérations nouvelles. Le plan Université 2000 a élargi l'accès à l'enseignement supérieur mais n'a pas été accompagné de l'effort correspondant dans la recherche et les universités nouvelles y participent peu. Le projet U3M doit inverser cette tendance. L'université moderne peut devenir le carrefour de la recherche et de la formation, grâce à des collaborations à un niveau inédit, dans un dispositif regroupant les établissements d'enseignement supérieur et les organismes de recherche spécialisés, caractéristique originale du système français. |
| La rupture avec la mise en concurrence des établissements publics serait nécessaire. Ce qui ne s'oppose ni à leur responsabilisation, ni à la décentralisation. Cette proposition vise à garantir la cohérence et le rôle moteur du service public et à lui permettre d'échapper aux pressions des mouvances libérales. |
| Recrutements amplifiés, mobilité favorisée. Il y a urgence à engager une politique massive de recrutements d'enseignants du supérieur et de personnels des organismes de recherche pour combler les besoins croissants en matière de recherche et de formation et rattraper le retard de la France sur les pays comparables en nombre de chercheurs par habitant, retard aggravé par le vieillissement des équipes et les départs massifs à la retraite. De nombreux jeunes chercheurs ne trouvent pas d'emploi correspondant à leur qualification. Ce problème concerne l'emploi public qui accuse de graves insuffisances et l'emploi privé où les retards sont considérables. |
| En effet, la moitié des recherches s'effectue dans les entreprises, mais celles-ci embauchent très peu de jeunes docteurs (en nombre pourtant croissant) et le doctorat n'est pas reconnu dans les conventions collectives, ni rémunéré à sa valeur. |
| Impôt libératoire, recherche industrielle. C'est à la puissance publique d'aider à surmonter tous ces handicaps. |
| Lors du débat concernant la loi sur l'innovation, les groupes parlementaires communistes ont proposé de remplacer le crédit d'impôt recherche par la création d'un impôt libératoire dont seraient exonérées les entreprises qui justifieraient d'une activité de recherche et de l'embauche en CDI de jeunes docteurs. Les sommes collectées ainsi par l'Etat seraient affectées à la recherche industrielle par l'intermédiaire d'un établissement public décentralisé, qui aurait pour mission de favoriser la recherche industrielle, l'innovation, la coopération avec les PME-PMI, et de créer une interface entre recherche publique et recherche industrielle. |
| Enfin, la généralisation dans toutes les universités d'un service, comme il en existe dans les grandes écoles, et géré démocratiquement, favoriserait l'insertion des jeunes diplômés. |
| Evaluation efficace et démocratique. Le besoin se fait sentir d'une d'une structure d'évaluation efficace et démocratique de la recherche française, intervenant sur l'ensemble de ses champs d'activité. Pour ce faire, nous proposons d'élargir les compétences et la composition du Comité national de la recherche scientifique. |
| Décentralisation. Des structures décentralisées plus proches des citoyens s'imposent, aussi proposons-nous de revaloriser le rôle des différents conseils des établissements universitaires et de recherche en y associant mieux les étudiants ; d'attribuer aux collectivités territoriales, particulièrement aux régions, un rôle significatif dans l'élaboration des schémas régionaux de développement des universités et de la recherche ; de mettre en place un Conseil européen pour l'enseignement supérieur et la recherche, permettant de démocratiser les programmes européens. |
| Moyens à la hausse. Quels moyens la collectivité nationale entend-elle consacrer à la formation et aux activités de recherche ? Si elles sont considérées comme un investissement et non comme un coût (c'est notre position), elles exigent un effort de l'Etat autant que des autres partenaires, notamment des entreprises. Nous proposons de porter la contribution de l'Etat à la formation à 5 % du PIB et, dans ce cadre, de doubler le budget de l'enseignement supérieur public. Et de porter l'effort national de recherche à 3 % du PIB. |
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* Responsable des questions de l'enseignement supérieur et de la recherche pour le PCF. |
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Hommage à un créateur politique Par Jacques Perreux
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Notre ami Jacques Kergoat est mort le 22 juillet.
Sociologue, directeur de Politique, la revue, il a exercé des responsabilités nationales au PSU, avant de rejoindre en 1972 la LCR. Auteur de recherches sur l'histoire du Parti socialiste, du mouvement ouvrier et du syndicalisme en France, il fonde Politique, la revue en 1992, puis Ressy, "recherches, société, syndicalisme", lieu d'échanges entre mouvement social, partis politiques et université.
Regards était souvent en contact avec Jacques Kergoat, notamment depuis qu'il avait créé la Fondation Copernic (1) dont il disait dans nos colonnes qu'"il était utile et urgent de mettre en place un centre de recherches et d'élaboration, qui fasse, pour les partisans de la transformation sociale, le travail que faisaient de leur côté les libéraux de gauche avec leur fondation (2), leur revue, leurs colloques {...}. Qu'on s'y mette à notre manière, avec des groupes de travail formés de spécialistes, de hauts fonctionnaires, d'universitaires et de syndicalistes, de chercheurs et d'associatifs, de politiques {...}.
Jacques Kergoat donnait l'impression, par sa détermination, son énergie et aussi son respect de la pensée de l'autre, d'avoir "la foi qui soulève les montagnes". A ceux qui s'étaient engagés dans l'aventure Copernic, il disait : "il ne faut pas abandonner la culture de résistance, mais lui donner une signification propulsive". Jacques s'en est allé trop tôt, mais son objectif est devenu un bien commun.
1. Regards n° 41, décembre 1998.
2. La Fondation Saint-Simon. |