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ARTS DU TEMPS Par Sylviane Bernard Gresh, Bernard Epin et Lise Guéhénneux |
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| GINA PANE |
| Par Lise Guéhenneux |
| Il y a des ouvrages médiatisés, boursouflés qui, une fois l'événement passé, retombent tels des soufflés et finissent leur vie à traîner sur les tables basses des salons. D'autres, au contraire, passent inaperçus, et, une fois la pseudo-actualité "dépassée" – il faudrait plutôt, en l'occurrence, parler d'arrosage médiatique promotionnel – se posent comme une évidence parmi les ouvrages qui comptent vraiment. Tel est le cas de l'ouvrage dédié à l'artiste plasticienne Gina Pane, et plus particulièrement à ses actions. Cet ouvrage fait partie d'une collection de petites monographies éditées par les éditions Fall qui ont l'avantage d'être accessibles financièrement, sans que le format ne vienne nuire à l'apport énorme d'informations, autant textuelles que visuelles. L'artiste Gina Pane a disparu en 1990 et l'étude porte sur les douze années durant lesquelles elle réalise des performances et des actions "in situ", c'est-à-dire dans un contexte extérieur tel celui du terrain dans une vallée perdue où l'artiste réalise seule et sans témoin une action qui se place en décalage par rapport à l'objet artistique déjà reconnaissable et nommé. Le processus prime sans pour autant que le travail plastique soit relégué à une simple idée. |
| Le texte de la critique d'art Anne Tronche, sait présenter, pour qui n'est pas familier de l'art contemporain, ce travail d'une façon parfaite, alliant la simplicité du verbe à une description précise et passionnante des actions et performances. L'auteur sait également placer l'oeuvre de Gina Pane dans le bouleversant contexte des années soixante-huit, tout en ne cessant d'être au plus proche du travail de l'artiste. Gina Pane est de ces artistes que l'on a classés trop vite dans la continuité des performances des actionnistes viennois, réagissant à la condition humaine par le traitement infligé au corps pendant la période nazie. Mais le rituel et la mutilation ne prennent pas le pas sur l'essentiel, un essentiel qui est peut-être moins spectaculaire. Anne Tronche montre comment la démarche de Gina Pane n'est pas le fait d'un comportement béhavioriste ou "junguien", mais qu'elle s'ancre dans une réflexion théorique envisageant l'art construit, une construction qui cherche les limites des champs et des domaines des langages, des formes et prend en considération le corps comme la matière dans le processus mouvant du principe de réalité. L.G. |
| Anne Tronche, |
| Gina Pane : actions, |
| Fall édition, 141 p., 120 F |
| LIS-MOI ÇA ET BONNES VACANCES! |
| Par Bernard Epin (Prix de l'Assemblée nationale 1999 pour le Grand Livre du jeune citoyen, illustrations de Serge Bloch, paru l'an dernier aux éditions Rue du Monde) |
| C'est mes cheveux |
| Mon préféré, les quatre petits albums de Todd Parr, artiste américain dont le Seuil nous propose la découverte. Cernant des rouges, des jaunes, des bleus, des verts de haute intensité, de larges traits noirs étonnamment souples, qui signifient juste ce qu'il faut pour introduire des variations désopilantes dans la représentation de divers types de coiffage. Beau et intelligent, ça peut donner des idées aux plus petits. n |
| Seuil-Jeunesse, 49 F |
| La planète bizarre |
| Une, parmi les nombreuses réussites de cette collection de petits livres cartonnés pour les petits, où l'on rompt délibérément avec la panoplie obligée des oursons, moutons, chatons, quelles que soient les réévaluations graphiques qu'ils continuent d'inspirer. Drôle de planète où les chats pondent des oeufs, les vaches vivent dans les arbres,... et où le jeu avec l'insolite et la lisibilité immédiate n'excluent en rien la recherche esthétique. C'est vrai pour toute la collection "Tête de lard".. n |
| Ed Thierry Magnier, 39 F |
| Edouard l'émeu |
| Sur le thème de la recherche de l'identité à travers le personnage d'un animal confronté à diverses épreuves d'identification ratées, jamais on n'avait rencontré l'émeu. Et pourtant, quelle richesse expressive chez celui que montre Rod Clément en gros plans débarrassés de tout décor inutile. Les face-à-face avec le lion ou le serpent révèlent des trésors d'humour raffiné et cet émeu-là mérite bien de rencontrer l'amour, y compris celui du jeune lecteur qui ne l'oubliera pas de sitôt.. n |
| Kaléidoscope, 79 F |
| Dans 3 500 mercredis |
| Les comptes du calendrier qui séparent l'enfance de la vieillesse, à travers une sorte de va-et-vient graphique dans le temps par lequel s'affirment des correspondances secrètes entre les âges extrêmes de la vie. Par sa lisibilité (des dessins de style enfantin alternent avec des figurines en bas relief peintes), par sa tonalité ludique, un album qui apporte du neuf dans le regard des enfants sur l'autre bout de la vie. n |
| Annie Agopian et Claire Franek, |
| Le Rouergue, 72 F |
| Pierre de lune |
| Après L'esclave qui parlait aux oiseaux et Zappe la guerre, la collection Histoire d'histoire continue de diversifier les procédés narratifs permettant de célébrer à hauteur d'enfance un grand moment de l'histoire humaine : ici, le trentième anniversaire du premier pas sur la lune (28 juillet 1969). L'aventure a fait rêver des enfants dont les enfants ont dix ans aujourd'hui et cultivent d'autres rêves intégrant l'histoire qui s'est faite : toucher une pierre de lune, rencontrer les héros vieillis de l'exploit. En marge, des documents bien choisis justifient l'ampleur du rêve bleu. n |
| Jean-Marie Henry et Marcelino Truong, |
| Rue du Monde, 80 F |
| Jojo pas le temps |
| Autre regard sur le temps qui passe. Avec ce Jojo qui ne lui est pas tout à fait étranger, Bruno Heitz propose une nouvelle fois aux enfants quelques regards en biais permettant de mieux voir la vie en face. Courir après le temps, c'est avancer plus vite en âge... alors vive l'escargot nous dit le rire de Jojo. n Circonflexe, 35 F Le dico des mots rigolos Classés comme dans un vrai dictionnaire (mais l'album gagne en hauteur ce qu'il perd en épaisseur), des mots qui se promènent entre abracadabra et zygomatique, suscitant au passage de bien réjouissantes images au maître es humour qu'est Puig Rosado. Michel Piquemal et Véard Moncomble ont la rigolade contagieuse en se regardant flanquer un bonnet d'âne au père Larousse, y compris dans les planches encyclopédiques obligées sur la faune, la flore, le corps... De Queneau aux rapeurs, les détrousseurs de la langue n'ont pas perdu leur temps. |
| Albin Michel Jeunesse, 79 F |
| Le château des singes |
| Sortie conjuguée du grand film d'animation de Jean-François Laguionie et du conte original en deux versions intégrales (format roman et album comprenant dessins et/ou images du film). Quelle qu'en soit l'entrée, c'est un récit dont la singularité des péripéties rejoint les archétypes des contes initiatiques, avec transgression des interdits ancestraux par un petit héros malicieux qui incite ses semblables à rebâtir un monde fraternel où il y a place pour tous. Histoire d'affirmer que ces singes-là descendent bien des hommes. n Casterman, 42 ou 79 F |
| Le Rabelais |
| Il faut se rendre à l'évidence : s'il n'est qu'un auteur à se bien porter du traitement en morceaux choisis, Rabelais est celui-là. Dix-neuf extraits relativement courts mais fort bien sélectionnés suffisent à faire passer le lecteur de cet album par tous les états où l'on se vautre reconnaissant dans le contentement de l'esprit et l'excitation des sens , dans le rire partagé et les transgressions de toutes les bienséances contrites. Ce Rabelais épanoui, populaire, pétant de santé, qui plonge à pleines brassées dans les couleurs et les formes resplendissantes, c'est celui d'Hervé Di Rosa qui ne pouvait pas ne pas le rencontrer un jour. |
| Mango Albums Dada, 99 F |
| La nouvelle comédie des mots |
| Pris au piège ! On va répétant avec véhémence que le livre n'est pas un produit saisonnier et voilà que, l'été aidant, on extirpe des nouveautés de la collection Page blanche (relookée poche, au dam des nostalgiques) justement ce livre-là, à siroter à l'ombre, l'esprit tout disponible. Une suite de courtes chroniques dans lesquelles Régine Detambel continue une exploration minutieuse de jeux avec le langage accumulés au cours des siècles, tant par l'imagination populaire que par ces bouffeurs de mots qui vous entraînent à dévorer des livres, de Perrault à Pérec, de Hugo à Allais... Le genre de livre dont chaque découverte vous donne envie de la partager avec le voisin... Lis-moi ça et bonnes vacances ! n |
| Gallimard, 39 F |
| LE CINEME DU YIDDISHLAND |
| Par Sylviane Bernard-Gresh |
| 1978-1999 : 22 ans donc que le Festival de Cinéma de Douarnenez, anciennement "Festival des identités nationales", nous emmène chaque année à la découverte d'un peuple à travers une sélection de films qui témoignent d'une culture, de ses créations, de son histoire et de ses revendications. Un voyage imaginaire vers une identité minoritaire, sans crispation identitaire ou mythe nationaliste. |
| Ce fut en 1978, le Québec et la Bretagne, en 1984, les peuples indiens d'Amérique latine, en 1989 (hasard ? l'année de Tienanmen !), les peuples de Chine et du Tibet, en 1996 (hasard ? l'année des sans-papiers à Saint Bernard !), les communautés immigrées en Europe. Le festival, loin de tout élitisme, du spectaculaire médiatique ou commercial, des mondanités et des tapis rouges, rassemble dans une atmosphère chaleureuse et conviviale, des cinéphiles, des habitués, des professionnels qui se rencontrent après les projections dans des débats improvisés, des "p'tits déj" autour d'un café-crêpe, des apéritifs débats : des amoureux du cinéma qui viennent de Bretagne, de France et d'ailleurs pour partager leur passion : en tout 15 000 à 20 000 entrées pour l'ensemble des projections. |
| Cette année, le Festival se consacre au Yiddishland, un pays "virtuel" qui n'a ni terre ni frontières, mais pour seul territoire une manière d'être, de sentir et de penser : le pays des gens qui parlaient le yiddish, cette langue née en Allemagne au Moyen Age, enrichie de ses rencontres avec d'autres cultures, et qui signifie "juif" : environ 10 millions de personnes habitant l'Europe orientale ou occidentale quelque part entre l'Ukraine et l'Alsace, avant le nazisme et la Seconde Guerre mondiale. Dès le début du siècle, le cinéma yiddish fut particulièrement prolifique : De 1906 date un documentaire, la Vie des Juifs de Palestine ; le premier film parlant de l'histoire du cinéma le Chanteur de jazz fut réalisé en 1927 par Alan Crosland. On connaît le Dibbouk de Michael Waszinynski (1937). On sait moins que de petits émigrants yiddishs fondèrent Hollywood, marquant toute notre sensibilité cinématographique. |
| Le Festival sera donc l'occasion d'explorer ce trésor inestimable sur une société aujourd'hui disparue, celle du "Shtetl", mais aussi de constater que cette histoire et cette culture continuent à féconder l'imaginaire contemporain : de Histoires d'Amérique de Chantal Ackerman (1988) à l'Homme est une femme comme les autres de Jean-Jacques Zilberman (1998) ; de savourer l'humour juif à travers certains films de Woody Allen, héritier de Charlie Chaplin ou des Marx Brothers ; de continuer à s'interroger sur la Mémoire et la Shoah avec des films connus ou moins connus : la Mémoire est-elle soluble dans l'eau ? de Charles Najman (1995), Zakhor de Fabienne Rousso-Lenoir (1996), ou Train de vie de Radu Mihaileanu (1998). D'autres films sur le Kurdistan, sur l'Algérie complètent cette sélection. n S.B.-G. |
| XXIIe Festival de cinéma de Douarnenez |
| "Gouel ar filmoù". |
| 10 au 17 juillet : 02 98 92 09 21. Internet : http://www.kerys.com |
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