|
L'Internet : économie et politique Par Frank MOULY |
|
Voir aussi Bibliographie |
| Il y a sans doute peu d'exemples de bouleversement économique et technologique aussi soudain et global que celui engendré par Internet. Inconnu du grand public il y a seulement cinq ans, ce réseau informatique mondial est en passe de devenir, au même titre que la téléphonie mobile, un produit de grande consommation qui aiguise tous les appétits, toutes les imaginations. Selon Médiamétrie, environ 4 % de la population française accéderait régulièrement à l'Internet, soit un peu plus de 2,5 millions d'Internautes, c'est-à-dire dix fois plus qu'il y a deux ans. Le profil sociologique de l'utilisateur tend également à se modifier. Les étudiants et les cadres supérieurs sont toujours particulièrement représentés. Toutefois, l'arrivée d'Internet dans les foyers est le signe d'une pénétration beaucoup plus profonde du réseau des réseaux dans la population française. |
| Nul ne songe aujourd'hui à voir dans Internet un feu de paille, une technologie gadget amenée à disparaître. Au contraire, tout semble indiquer que ce réseau constituera le squelette des fameuses autoroutes de l'information, concrétisation de la convergence entre le téléphone, la télévision et l'informatique. Issu du monde de l'université, Internet est aujourd'hui entré dans une ère industrielle. Plus encore, il constitue l'une des puissances réorganisatrices de l'économie libérale, l'espace où se redistribuent les cartes entre les grandes puissances économiques, la formalisation la plus aboutie du marché-monde. Incrédules au début des années 90, les grandes firmes de l'informatique et de la communication ont mis en oeuvre tous les moyens pour se tailler des parts d'un marché plein de promesses. Portés par la vague Internet, les bénéfices sont d'ores et déjà au rendez-vous : 50 % de hausse des bénéfices pour IBM au 1er trimestre 1999, 24 % de hausse du chiffre d'affaire pour Sun Microsystème et près de 2 milliards de dollars de bénéfices net pour Microsoft pendant la même période. Microsoft sera-t-elle l'une des rares entreprises à conserver sa position de leader après deux révolutions techniques (la micro-informatique et l'Internet) ? |
| Les géants de l'informatique ne sont pourtant pas les seuls à tirer profit de cette révolution. De nombreuses PME émergent et acquièrent parfois en quelques semaines une dimension et une notoriété mondiales. Le mythe de David contre Goliath revivifié par le réseau Internet prend corps, avec notamment le combat des "startups". Netscape Corporation ou RealNetworks face au Leviathan Microsoft. Pourtant, cette défiance profite encore aux plus grands groupes. Puisant dans une industrie informatique balkanisée une réactivité et une inventivité qui les a abandonnés, les plus grands groupes ont su mettre à profit cette contestation de leur position dominante par d'habiles politiques de prises de participation. Mieux, les ambitions de maîtrise de la chaîne d'information conduisent à des politiques de concentration verticale. Ainsi, après les acquisitions dans l'industrie logicielle, les partenariats forcés avec les constructeurs informatiques, Microsoft investit aujourd'hui massivement dans l'industrie du cinéma et de la télévision. Le récent rachat de l'agence photo française Sygma par Corbis, une filiale du groupe de Bill Gates, est particulièrement représentatif de cette volonté de contrôle de l'information. |
| Au-delà des questions économiques, la maîtrise de la dissémination des savoirs dans la société constitue à l'évidence un enjeu politique majeur. Et pourtant, après les engagements de principe du premier ministre lors de l'université d'été d'Hourtin de 1997, les propositions du gouvernement restent modestes : assouplissement de la législation sur l'encryptage des données, projet de baisse des coûts de communication. Pourtant, aucune véritable politique publique de réalisation des infrastructures de communication, comme par exemple au Canada, n'est aujourd'hui impulsée. Plus grave, le processus de "privatisation" des connaissances (des langages informatiques au génome humain) ne rencontre aucune réplique d'envergure publique et internationale. A côté d'initiatives et de projets, tels le système d'exploitation "Linux" et les logiciels libres qui contredisent sur le réseau cette logique, une volonté politique forte constituerait un point d'appui qui fait défaut aujourd'hui. |
|
|
|
Bibliographie Par PIERRE COURCELLES
|
|
Arendt Hannah, la Crise
de la culture. Gallimard, 1972.
Balle Francis, Médias et société, de Gutemberg à Internet. Montchrestien, 1997.
Barbier Frédéric et Bertho-Lavenir Catherine, Histoire des médias. Armand Colin, 1996.
Baudrillard Jean, Simulacres et simulation. Galilée, 1981.
Benjamin Walter, "L'oeuvre d'art à l'ère de sa reproduction mécanisée".In Ecrits français, Gallimard, 1991.
Bera Michel et Mechoulan Eric, la Machine Internet. Odile Jacob, 1999.
Bougnoux Daniel (dir.), Sciences de l'information et de la communication. Larousse-Textes essentiels, 1993.
Breton Philippe, Histoire
de l'informatique.
La Découverte, 1987.
Breton Philippe et Proux Serge, l'Explosion de la communication. La Découverte, 1989.
Breton Philippe, l'Utopie
de la communication.
La Découverte, 1992.
Caron François, les Deux Révolutions industrielles du XXe siècle. Pocket-Agora, 1998.
Cazeneuve Jean (et alii),
les Communications de masse. Denoël, 1976.
De Certeau Michel,
l'Invention du quotidien.
Les arts de faire. UGE, 1980.
Debray Régis, Cours
de médiologie générale.
Gallimard, 1991.
Debray Régis, Manifestes médiologiques. Gallimard, 1994.
Du Castel François,
la Révolution communicationnelle. Les enjeux du multimédia. L'Harmattan, 1995,
Dufour Arnaud, Internet. PUF-Que sais-je ?, 1995.
Ellul Jacques, la Technique
ou l'enjeu du siècle.
Economica, 1990.
Flichy Patrice, les Industries de l'imaginaire. Pour une analyse économique des médias. Presses Universitaires
de Grenoble, 1980.
Flichy Patrice, Une histoire
de la communication moderne. Espace public et vie privée.
La Découverte, 1991.
Gates Bill, la Route du futur. Robert Laffont, 1995.
Guillaume Marc (dir.), Où vont les autoroutes de l'information ? Descartes & Cie, 1998.
Guillaume Marc, l'Empire des réseaux. Descartes & Cie, 1999.
Habermas Jürgen, la Technique et la science comme idéologie. Gallimard, 1973.
Habermas Jürgen, Morale et communication. Cerf, 1986
Habermas Jürgen, Théorie de l'agir communicationnel, Fayard, 1987 (2 tomes).
Hafner Katie et Lyon Matthew, les Sorciers du Net.
Les origines de l'Internet.
Calmann-Lévy, 1999.
Huitema C., Et Dieu créa
l'Internet. Eyrolles, 1995.
Lamizet Bernard et Silem Ahmed, Dictionnaire encyclopédique des sciences de l'information et de la communication. Ellipses, 1997.
Lazar Judith, la Science de la communication. PUF-Que sais-je ?, n° 2634, 1992.
Levy Pierre, les Technologies de l'intelligence. L'avenir de la pensée à l'ère informatique.
La Découverte 1990.
Levy Pierre, l'Intelligence
collective. Pour une
anthropologie du cyberspace. La Découverte, 1994.
Levy Pierre, Cyberculture. Rapport au Conseil de
l'Europe. Odile Jacob, 1997.
Ligonnière Robert,
Préhistoire et histoire des ordinateurs. Robert Laffont, 1987.
Mattelart Armand, Multinationales et systèmes de communication. Anthropos, 1976.
Mattelart Armand et Michèle, Penser les médias.
La Découverte, 1986.
Mattelart Armand, la Communication-monde. Histoire des idées et des stratégies.
La Découverte, 1992.
Mattelart Armand, l'Invention de la communication.
La Découverte, 1994.
Mattelart Armand et Michèle, Histoire des théories de la communication. La Découverte/Repères, 1995.
Mattelard Armand, Histoire de l'utopie planétaire. De la cité prophétique à la société globale. La Découverte, 1999.
McLuhan Marshall,
la Galaxie Gutemberg.
Mame, 1967.
McLuhan Marshall,
Pour comprendre les médias. Mame-Seuil, 1968.
Miege Bernard, la Société conquise par la communication. Presses Universitaires de Grenoble, 2 vol., 1996 et 1997.
Mileo Thierry (dir.), les Réseaux de la société de l'information. Rapport au Commissariat général du Plan. Eska et Aspe, 1996.
Musso Pierre (dir.), Communiquer demain. Nouvelles technologies de l'information et de la communication. Datar/L'Aube, 1994.
Musso Pierre, Télécommunications et philosophie
des réseaux. La postérité
paradoxale de Saint-Simon. Presses Universitaires
de France, 1997.
Negroponte Nicholas, l'Homme numérique.
Robert Laffont, 1996.
Nora Dominique,
les Conquérants du cybermonde. Calmann-Lévy, 1995.
Pratt Vernon, Machines à penser. Une histoire de l'intelligence artificielle. PUF 1995.
Rheingold Howard,
les Communautés virtuelles. Addison-Wesley , 1995.
Sfez Lucien,
Critique de la communication.
Le Seuil, 1988.
Sfez Lucien (dir.), Dictionnaire critique de la communication. Presses Universitaires de France, 2 vol., 1993.
Virilio Paul, Esthétique de la disparition. Balland, 1980.
Virilio Paul, l'Art du moteur. Galilée, 1993.
Virilio Paul, la Vitesse de libération. Galilée, 1995.
Wolton Dominique, Penser la communication. Flammarion, coll. Champs, 1997.
Wolton Dominique, Internet et après ? Une théorie critique des nouveaux médias.
Flammarion, 1999. |