Regards Juillet/Août 1999 - La Cité

COLLEGE 2000
“ Les heures de remise à niveau ne doiventpas être financées par des heures supplémentaires ”

Par Françoise DUMONT *


Voir aussi Modernité de plus d'un siècle

L'orientation générale choisie par Ségolène Royal est positive, de l'avis de Françoise Dumont, responsable des collèges pour le Syndicat national des enseignants du second degré (Snes) "dans la mesure où elle ne remet pas en cause le principe du collège unique et maintient l'hétérogénéité des classes".

Le jugement se nuance quant au contenu. Les mesures annoncées "reconnaissent des besoins" en énonçant que l'hétérogénéité des classes exige des aides en faveur des élèves faibles, mais elles ne s'attaquent pas à la ghettoïsation de certains établissements, problème épineux que soulevait le rapport de F. Dubet, en lien avec les dérogations à la carte scolaire. Elles ne s'attaquent pas non plus au problème des effectifs par classe. Les travaux croisés peuvent être intéressants dans la mesure où ils concrétiseraient un projet interdisciplinaire mais nécessitent un vrai travail en équipe.

Comment élaborer ces travaux en commun et quels horaires leur attribuer ? Les mesures gouvernementales n'accordent pas vraiment d'importance à la concertation nécessaire à l'évolution du métier d'enseignant. Par exemple, la multiplication des réunions exige la concertation et pose des problèmes d'horaires, mais rien n'est prévu pour y faire face. Quant à la réduction du temps de travail pour les enseignants, elle est purement et simplement ignorée.

Souci de cohérence

La mise en oeuvre de ces mesures est encore autre chose. L'affectation de ces moyens se fera par dotation en heures supplémentaires. "Comment répartir 33 000 heures supplémentaires ? Un casse tête pour les chefs d'établissements. Une contradiction avec la mesure de Claude Allègre d'une seule heure supplémentaire imposable. Pour notre part, nous proposons que les évaluations servent de base à l'affectation de ces heures". Le Snes, poursuit Françoise Dumont, "est tout à fait d'accord avec l'application de la mesure des groupes de 8 élèves de sixième, mais comment assurer ce travail en heures supplémentaires, et puis comment lier les groupes et les classes complètes ? Ce devrait être le même enseignant qui fait cours à toute la classe et aux petits groupes, par souci de cohérence".

* Secrétaire nationale du SNES, responsable des collèges.

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Modernité de plus d'un siècle

Par Denis Cadenel


Hors du cercle des spécialistes, Michel Bréal, éminent linguiste de la fin du siècle dernier, est largement méconnu. Pierre Boutan nous remet en mémoire ses travaux et leurs multiples apports.

Non par goût du passé ou par souci d'érudition pointue, mais en montrant leur actualité. Ce qui l'intéresse, ce qui nous intéresse, c'est ce qui, dans les idées de Michel Bréal, rejoint les préoccupations d'aujourd'hui.

La question des contenus est toujours au carrefour des choix qui engagent l'enseignement vers l'élitisme ou la démocratisation.

Ces contenus sont inséparables du sens que le maître leur attribue et que l'élève leur donnera. On comprendra sans peine que la question de l'apprentissage de la langue et des langues est dans l'axe même de cette plaque tournante. Il n'en reste pas moins vrai que la démarche de Michel Bréal va bien au-delà.

Ses prises de positions, sur lesquelles Pierre Boutan ne s'épargne pas un regard critique, visent à construire une école de la République, aidant les plus démunis à accéder à ces savoirs que la bourgeoisie triomphante a grandement tendance à garder pour ses enfants, surtout ses fils. La compréhension des démarches anciennes est un éclairage utile pour mieux maîtriser les problèmes d'aujourd'hui : enseigner ne peut se passer de mémoire.

Pierre Boutan, De l'enseignement des langues, Michel Bréal linguiste et pédagogue, Hatier, Décembre 1998.

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