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Accords perdus Par Marina Da Silva |
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Entretien avec Moustapha Barghouti* |
| La période d'autonomie de cinq ans fixée par les accords d'Oslo s'est achevée le 4 mai. Bilan (1) : une situation proche de l'implosion pour les Palestiniens à cause du refus israélien d'exécuter ses obligations. |
| Les Palestiniens sont très affaiblis et les Israéliens, le Likoud ou les Travaillistes, ne sont pas disposés à laisser émerger un véritable Etat palestinien indépendant, tout juste une sorte d'autonomie avec un dispositif de contrôle très pesant. Cela va conduire, concrètement, à ce que l'on pourrait qualifier de consolidation d'un système d'apartheid, à la "bantoustanisation" de la Cisjordanie et de Gaza, soumettant les Palestiniens à l'assujettissement. A moins de changements significatifs dans la politique des travaillistes, – rappelons qu'ils n'ont pas respecté, dès le départ, le calendrier d'Oslo, que le nombre de colons entre 1993 et 1996 est passé de 110 000 à 145 000 en Cisjordanie et de 3 000 à 5 500 à Gaza, que ce sont eux qui ont élaboré le découpage des zones A, B, et C (2) – je ne vois pas de réelle démarcation entre les deux gouvernements. |
| A Gaza, un système de bantoustans contrôlés par les Israéliens |
| Je ne crois pas que la proclamation d'un Etat palestinien indépendant, qui est un objectif stratégique, devrait être utilisée tactiquement. Je ne considère pas que la déclaration soit importante, c'est la réalisation de l'Etat indépendant qui est déterminante. Cette déclaration sera de toute façon soumise à de nombreuses et fortes pressions internationales et je pense qu'il faudra, dans tous les cas, déclarer la fin de la période intérimaire. Je pense que les Palestiniens doivent en finir avec toutes les contraintes et restrictions que l'on a fait peser sur eux. Même unilatéralement, ils doivent imposer l'Etat sur le terrain. Fixer des dates pour les élections municipales et régionales. Déclarer la tenue d'élections pour le futur parlement palestinien, en incluant Jérusalem Est. Autrement, si nous attendons l'Etat palestinien à partir des négociations, il ne verra jamais le jour. Avec des positions israéliennes aussi intransigeantes qui bénéficient de l'appui inconditionnel des USA, il est très difficile d'entrevoir dès maintenant ce qui peut arriver à partir de ce qui est en train de se dérouler. Il y a un réel système de bantoustans, particulièrement à Gaza. |
| Pour une recomposition des forces et de l'énergie palestiniennes |
| Les Palestiniens vivent dans leurs bantoustans. Ils ont leur propre police, leurs propres fonctionnaires. Ils sont dépendants des Israéliens sur le plan politique et économique. Leur vie quotidienne est totalement contrôlée par les Israéliens. L'administration locale palestinienne sert de médiateur pour gérer l'adaptation de la vie quotidienne des Palestiniens avec le système de gouvernement israélien. D'un autre côté, Israël s'évertue à constamment détruire la possibilité physique de séparation entre les deux entités et là je pense qu'elle commet la plus grosse erreur de son existence. Je veux dire par là que cette politique idéologique et à court terme n'a pas de sens. L'enjeu démographique entre Palestiniens et Israéliens, par exemple, pèse toujours plus lourd. Actuellement les Palestiniens, pour la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem Est, sont environ 3.9 millions, la population juive en Israël est d'environ 4.8 millions, mais très rapidement, d'ici une dizaine d'années, les Palestiniens seront plus nombreux que les Israéliens. Sans Etat démocratique, viable et souverain, pour chaque peuple, les Israéliens seront contraints de pérenniser un véritable système d'apartheid, un Etat représentatif de ses citoyens impliquant la fin de l'idée d'Etat juif. La séparation ne peut se faire qu'avec un véritable Etat indépendant, pas avec cette sorte d'autonomie totalement contrôlée par Israël. Les Palestiniens en ont assez d'être traités comme des citoyens de troisième zone, de supporter toutes sortes de mesures discriminatoires. Je pense qu'on va assister dans les années qui viennent à une recomposition des forces et de l'énergie palestiniennes. |
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* Directeur de l'Institut sur la santé, le développement et l'Information de Ramallah. 1. A l'occasion du colloque "Actualités de l'Etat
palestinien" organisé à Paris le 26 mars 1999 par l'Institut de relations internationales et stratégiques
et le Monde diplomatique. 2. La Cisjordanie a été divisée en trois zones : la zone A sous autorité palestinienne. La zone B sous autorité administrative palestinienne mais où l'armée israélienne contrôle la sécurité. La zone C totalement sous contrôle israélien. Aujourd'hui, après la première phase
de retrait des accords de Wye Plantation d'octobre 98 – gelés par Benyamin Nétanyahou – la répartition est la suivante : zone A, 9,1 % ; zone B, 20,7 % ; zone C, 70, 2 %. Les accords appliqués, ces chiffres passeraient
respectivement à 18, 2 %, 21, 8 % et 60 %. |