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Pour une Europe à gauche Par Henri Malberg |
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Le 13 juin, les peuples de 15 pays d'Europe vont voter pour élire les 626 députés au Parlement européen, 87 pour la France. A l'approche du scrutin, le débat se fait plus rude.
Ces élections sont à coup sûr fortement politisées. Bien plus que les précédentes. |
| L'envie de peser sur les choix |
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Au fil des événements, les peuples d'Europe ont commencé à prendre conscience qu'une grande partie de leur destin se décidait là.
A force d'entendre dire que la commission européenne a décidé ceci, qu'à Strasbourg, Bruxelles ou La Haye, il s'est décidé cela – souvent des mauvaises nouvelles mais pas toujours – beaucoup se mettent à penser qu'il faut peut-être jeter un coup d'oeil sur ce qui se passe dans cette galaxie. D'autant que les événements ont plutôt cassé l'autorité des experts et technocrates arrogants qui dirigent les affaires. Le poids des marchés financiers sur la politique européenne commence à être vécu comme une menace. Ainsi, l'envie de comprendre et l'envie de peser sur les choix fait son chemin. Demain, l'énorme appareil européen, docile à la pensée unique des lobbys financiers, devra compter plus que jamais avec les peuples d'Europe. C'est tant mieux. |
| Contre la guerre dans les Balkans |
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Les événements tragiques de Yougoslavie ont amplifié ces sentiments. Beaucoup pensent que les intérêts de grande puissance des Etats-Unis ont prévalu sur les intérêts des pays d'Europe et des peuples des Balkans. L'idée se fait que, si les peuples d'Europe avaient traité eux-mêmes cette affaire, beaucoup de souffrances auraient pu être évitées et de meilleures réponses trouvées.
Demain, "comment et par quels moyens, l'Europe peut-elle devenir synonyme d'échange, d'entente et de paix et non plus de nationalismes et de guerres ? Comment avancer vers une union de nations solidaires qui s'émancipent des Etats-Unis, une union où chaque peuple puisse apporter le meilleur de soi-même afin d'amener des solutions neuves aux problèmes communs ?" La question ainsi posée par Robert Hue dans le journal de la liste "Bouge l'Europe !" traverse le débat électoral. A l'heure où ces lignes sont écrites, le pire est encore possible. Les Etats-Unis, par gouvernement anglais interposé, viennent de relancer l'idée d'une guerre terrestre. Mais des forces puissantes se sont mises en marche pour une issue politique. On négocie, semble-t-il, sérieusement. Comment ne pas souligner dans Regards, mensuel communiste et mensuel intellectuel, l'importance de ce qui s'est passé vers la mi-mai avec "l'appel européen pour une paix juste et durable dans les Balkans" (1) ? Ce texte est une prise de position sur les causes de la situation et sur les solutions permettant de sortir de la tragédie. Il est signé par plusieurs dizaines d'intellectuels autrichiens, belges, danois, anglais, italiens, suédois et un large éventail d'intellectuels français. De plus, à la suite d'une intervention de Pierre Bourdieu, un appel est lancé en vue d'un travail collectif interdisciplinaire et international concernant les conditions de la paix en Europe. Nous nous réjouissons que des membres du Comité de direction de Regards fassent partie de ce collectif. Il faut noter dans le même moment l'appel de 23 personnalités réclamant du premier ministre un débat sur la guerre dans les Balkans (2). L'expérience a toujours montré, sur notre continent, que l'entrée en lice des intellectuels dans le combat politique était le signal d'un profond mouvement de société. Enfin, acte politique majeur, Robert Hue, Gregor Gysi, Lothar Bisky, Fausto Bertinotti, Julio Anguita se sont adressés ensemble au conseil des chefs de gouvernement et d'Etat européens pour demander qu'on donne toutes ses chances à la paix en arrêtant les bombardements et en ouvrant des négociations. C'est, à l'échelle de l'Europe, le premier acte de cette envergure politique. |
| Le contenu politique d'un vote |
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A gauche comme à droite, l'événement que constitue la liste conduite par Robert Hue marque la vie politique française. Cette liste a notre préférence, et nous souhaitons que chaque lecteur qui partage cette conviction profite des jours qui restent pour lui gagner des voix.
L'enjeu que porte ce bulletin-là est évident. Il pèsera dans la construction européenne. Et dans la vie politique française. Le Parti communiste montre avec cette liste qu'il veut permettre l'expression politique de mouvements profonds comme le féminisme, le courant de luttes sociales, le courant culturel et artistique, et répondre à leur attente dans le respect de leur autonomie à l'égard des partis. Dans les débats de la campagne, ces candidats dialoguent entre eux et avec le public. Comme une équipe, diverse et cohérente à la fois. Critique face au libéralisme, exprimant les souffrances de la société et porteuse d'idées progressistes fortes pour une nouvelle Europe. Il n'est que lire dans ce numéro les pages qui relatent une rencontre entre six artistes candidats sur la liste. La vivacité et la fraîcheur des propos font comprendre la dynamique qui s'est mise en marche. |
| L'avenir du pays |
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L'avenir du pays sera marqué par les résultats du 13 juin. Il faut en France empêcher le retour de la droite dont il ne faut pas oublier qu'elle est majoritaire avec l'appui de tout ou partie de l'extrême droite.
Mais il y a aussi un problème au sein de la gauche plurielle où les pressions pour une dérive social-libérale sont fortes. C'est vrai en France, où il faut dire clairement au gouvernement que sa politique doit mieux répondre au besoin de changements. C'est encore plus vrai en Europe où la construction européenne se fait sous l'emprise des dogmes du libéralisme alors que 11 pays sur 15 sont dirigés par les partis socialistes. Le vote pour la liste conduite par Robert Hue sera le signe clair de la volonté d'un nouvel élan à gauche en France et d'une construction de gauche de l'Europe. En effet, pour voter le plus à gauche possible, il faut non seulement contester mais ne pas renoncer au terrain de la construction d'une politique nouvelle qui fasse reculer les marchés financiers. |
| Demain au Parlement européen |
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Il y a besoin de constituer au Parlement européen une force qui conteste nettement la domination des marchés financiers sur l'Europe. Il y a besoin d'y constituer un grand front progressiste et pour une Europe pacifique. Un succès de la liste Bouge l'Europe ! peut jouer un rôle décisif en ce sens.
Ainsi, pour le Parti communiste français qui a été l'initiateur de cette démarche, il y a bien plus qu'un simple événement électoral. Il s'agit de l'avenir du combat en Europe. Il ne peut être le fait des seuls communistes. Et, en même temps, comme l'ont voulu avec eux les candidats féministes, antiracistes, du mouvement social et des gens de culture, il ne peut pas se faire sans donner plus de force au Parti communiste. |
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