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Claude Monet Par Lise Guéhenneux |
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| Pierre Georgel, directeur du Musée de l'Orangerie à Paris, a saisi l'occasion du réaménagement du bâtiment pour faire place aux seuls Nymphéas. Pour cette exposition, aux tableaux offerts par Monet s'en ajoute une soixantaine du monde entier. Un ensemble qui ne sera plus réuni avant longtemps, pour ne pas dire jamais. |
| Les Nymphéas représentent un projet que l'on pourrait presque qualifier d'art total. Monet travaille à ce projet plus de trente années si l'on considère comme date de départ le moment où il fait l'acquisition d'une maison entourée d'un jardin à Giverny, et qu'il l'aménage dans le but de créer des motifs à peindre. |
| Espace |
| La première des 250 toiles dédiées au thème des Nymphéas est datée de 1897 mais le dessein est déjà mis en oeuvre à partir du travail de paysagiste que Monet effectue dans ce jardin. La situation géographique de Giverny correspond aux premières escapades permises par les lignes de chemins de fer partant de la gare Saint-Lazare vers les confins du Vexin français et normand. Si le paysage vu du train entraîne bien des découvertes et notamment celle du cinématographe, le paysage de Monet se situe au centre de tous ces paradoxes. Entre 1914 et 1916, le peintre fait construire à Giverny un atelier à éclairage zénithal qui résume les nouvelles exigences du temps et peut se rapprocher des premiers studios conçus comme des serres, construits par les pionniers du cinématographe. C'est ce bouleversement de l'espace/temps qui fascine Monet ainsi que le spectateur qui pénètre dans la salle ovale pour laquelle Monet conçoit vingt-deux panneaux marouflés sur les murs du pavillon de l'Orangerie. L'éclairage y est également zénithal et l'oeuvre agit comme le vaste panorama d'une lanterne magique tournant autour du spectateur. Comme pour la conception du jardin de Giverny, la végétation s'étale sur un plan vertical auquel répondent le double miroir de l'eau des bassins, les changements de lumière et les jeux d'eau où le plan des nénuphars vient rejoindre celui de l'image des saules pleureurs. Une oeuvre paysagiste qui réalise l'harmonie de la nature telle qu'elle est créée par les artistes japonais, alliance entre la représentation du monde comme une carte géographique, monde en réduction, représentation et spectacle jouissif d'une utopie créée par les artefacts. |
| Temps |
| Aujourd'hui et pour la durée de l'exposition, s'ajoutent, au don des vingt-deux panneaux fait par Monet en 1922 à l'Etat français, une soixantaine de tableaux provenant de collections publiques et privées de France et du monde entier dont 18 des 42 toiles exposées chez le galeriste Durand-Ruel en 1909, fait exceptionnel. La donation de Monet à l'Etat français reste la plus importante faite par un artiste de son vivant et cette exposition fête salutairement le quatre-vingtième anniversaire de l'annonce du peintre à Georges Clémenceau, dans une lettre du 12 novembre 1918, de l'aboutissement de ce projet décoratif, installé selon les désirs de l'artiste. Dans cette missive, Monet déclare également à Clémenceau qu'il veut signer les deux premiers panneaux terminés le jour de la Victoire. |
| Harmonie |
| Les cathédrales de Rouen, les peupliers, les meules de foin constituent autant d'autres séries auxquelles Monet travailla, mais ne dépassèrent jamais en nombre celle des Nymphéas qui occupa entièrement les dernières années de la vie de l'artiste. Il écrit en 1908 : "...sachez que je suis absorbé par le travail. Ces paysages d'eau et de reflets sont devenus une obsession. C'est au-delà de mes forces de vieillard, et je veux cependant arriver à rendre ce que je ressens..." (lettre de Monet à Geoffroy, 11 août 1908). |
| Liberté |
| C'est que Monet, alors, n'a plus rien à prouver qu'à lui-même, et c'est cette liberté d'improvisation où la peinture est à la frontière d'un monde intérieur et d'une réalité complètement moderne qui a fasciné tous les artistes des générations suivantes et continuent à fasciner le monde entier. Cette vaste fresque, immersion dans la peinture et réflexion sur la fragilité de la représentation et de la perception est, paradoxalement, un monument du patrimoine mondial aussi solide qu'une cathédrale, un arc de triomphe ou tout autre construction architecturale mégalomane. Les Nymphéas restent un manifeste exemplaire de la force de l'art et des artistes, malgré les doutes et les déceptions que le peintre peut énoncer à la fin de sa vie. Une exposition à voir seulement à Paris puisque l'installation des vingt-deux panneaux décoratifs de ce cycle ne sont pas déplaçables. |
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Monet, le cycle des Nymphéas.
Paris, Musée de l'Orangerie, Jardin des Tuileries, jusqu'au 2 août. La visite de l'exposition entre 10 h et 13 h se fait obligatoirement sur réservation ; elle est sans réservation à partir de 13 h (mais gare à la file d'attente...). Par téléphone : 0 803 808 803. Par Minitel : 3615 Billetel ou 3615 FNAC. Par Internet : http ://www. fnac. fr. Ou encore : dans les Fnac, Virgin, Carrefour, Printemps-Haussmann, Office de tourisme de Paris (127, avenue des Champs-Elysées, 75008 Paris), Musée d'Orsay (1, rue de Bellechasse, 75007 Paris) et à la Boutique Musée et Cie (49, rue Etienne-Marcel, 75001 Paris). Prix d'entrée : 49 F ; tarif réduit et mercredi : 34 F ; avec réservation : 55 F, tarif réduit le mercredi : 40 F. |
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