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Renaud-Barrault Par Raymonde Temkine |
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| La Bibliothèque nationale de France, sur son site François Mitterrand, présente, du 22 mars au 27 juin, une exposition consacrée au couple mythique du théâtre français. Si Jean-Louis Barrault y est plus en évidence, Madeleine Renaud y règne discrètement comme elle s'y employa au sein de la Compagnie qu'ils fondèrent ensemble, transfuges en 1946 de la Comédie-Française. Est-il une autre compagnie théâtrale pour s'être ainsi, pendant quarante-cinq années, perpétuée (1) avec peu de changements bien qu'avec un apport constant de sang neuf, dans un parcours chaotique comportant succès voire triomphes et rarement échecs, sauts d'obstacles, mises au tapis et rebondissements ? Et cette traversée mouvementée, passionnée – et passionnante – d'un demi-siècle, entraîne et brasse dans son sillage auteurs, metteurs en scène, comédiens, scénographes, musiciens, connus qu'ils célèbrent, découverts qu'ils ont révélé. Ceux-ci comme ceux-là contribuent toujours à de belles soirées de théâtre, déliés d'allégeance mais pas ingrats, sachant qu'ils leur doivent d'être eux-mêmes, donc différents. |
| L'exposition |
| L'exposition, à travers Barrault, ses rôles et ses mises en scène, ses amitiés également, s'il est plus qu'un autre présent, fait revivre tout ce monde du théâtre d'alors. Les commissaires, Noëlle Giret et Noëlle Guibert, respectivement conservateur général et directeur du département des Arts du spectacle de la Bibliothèque nationale de France, ont puisé les documents qui la constituent dans leurs propres réserves, d'une grande richesse, avec des apports de la Bibliothèque historique de la ville de Paris, de celles de la SACD, de la Comédie-Française, de l'INA ; à quoi s'ajoutent ceux de collections particulières, dont le prêt d'écrits et d'illustrations procure le plus intime, constituées par des artistes ayant travaillé avec Barrault ou leurs ayants droit. |
| Le regret qu'on peut avoir est celui de ne pouvoir consacrer à des écrits nombreux, de grand intérêt, tout le temps qu'il faudrait : derrière vous, on pousse ; presque le même problème devant des photos de spectacles de petits formats. Compensation, la projection sur une très grande toile d'un ensemble de diapositives. Après l'Atelier de Dullin, la Comédie-Française ; puis l'essor du couple fondant la compagnie qui porte à juste titre leurs deux noms, sa stabilité, ses succès sont dus à l'un et à l'autre, différents et accordés. Tout défile à travers les huit lieux théâtraux occupés, les longues tournées dans le monde entier ; et que d'artistes, auteurs en tête – Claudel le plus vénéré – affichés au tableau de service ! Exposition revigorante qui rafraîchit opportunément le souvenir d'un moment faste du théâtre. |
| Le catalogue (2) est un véritable livre : le grand format (23,4 X 30), 172 pages comportant 160 illustrations bien choisies. C'est un ouvrage collectif. Y ont collaboré les conservateurs, des auteurs joués par la Compagnie, la directrice des Cahiers Renaud-Barrault, Simone Benmussa, et un essayiste, historien du théâtre, Paul-Louis Mignon, par ailleurs auteur à part entière. |
| Le livre |
| En janvier, a paru aux éditions du Rocher Jean-Louis Barrault. Le théâtre total de Paul-Louis Mignon (3), qui, en 365 pages, embrasse toute la vie et la carrière de cet homme de théâtre d'une activité ardente et d'un courage à toutes épreuves – il en subit – qui toujours fonça à la poursuite de ses rêves pour les capter, leur donner forme et pouvoir les faire partager. Le véritable amour du théâtre, c'est ça. Voilà donc Barrault accompagné par un biographe, témoin attentif qui n'ignore rien de ce qu'il entreprit et réalisa. Quand il s'agit des pièces, toutes les précisions sont données, les distributions sont complètes, et ce document, qu'on pourrait dire exhaustif, se lit comme un de ces romans où l'auteur se prend au jeu et ne cache pas qu'il est mu par la sympathie. On trouve cela naturel, partageant l'admiration de Paul-Louis Mignon pour l'artiste personnage combattant. |
| Pendant la durée de l'exposition (23 mars-20 juin), se succéderont, à la BNF, tables rondes et lectures de textes. Notons le 16 juin la projection d'Hélène de Jean-Benoît Lévy (1936), film de la première rencontre entre Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault. |
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1. Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud, à quelques mois d'intervalle, meurent en 1994. Mais c'est en 1991 qu'ils doivent – avec quel déchirement ! – abandonner la direction de leur cher Rond-Point ; non les lieux que Madeleine et Jean-Louis viennent, jusqu'à leurs derniers jours, tristement hanter. 2. Renaud-Barrault, éditions Bibliothèque nationale de France, 250 F 3. Jean-Louis Barrault. Le théâtre total, éditions du Rocher, 145 F. Paul-Louis Michon a dirigé de longues années le Centre français du Théâtre. Autres publications : le Théâtre au XXe siècle (Gallimard, Folio-Essai), Jacques Copeau ou le mythe du Vieux-Colombier (Julliard). |