Regards Mai 1999 - Vie des réseaux

Brèves

Par Pierre Courcelles, Xavier Delrieu


A trop attendre quelque chose, on finit par être déçu lorsque, finalement, elle devient accessible. C'est la douloureuse expérience que vivent, notamment à Paris, les abonnés de Cybercâble, l'accès Internet via les réseaux câblés de la Lyonnaise des Eaux. Le débit est très en dessous des performances qui étaient annoncées, des mails se perdent en chemin... Pas de panique cependant, Cybercâble annonce que ces dysfonctionnements devraient disparaître très rapidement. Mais, en bonne logique commerciale, ils auraient dû être évalués avant les raccordements...

 

Aux dernières nouvelles, le projet de loi sur l'audiovisuel aura été examiné en Conseil des ministres le 21 avril. Ensuite débattu en Commission dans la première semaine de ce mois de mai. Enfin, inscrit à l'agenda de l'Assemblée nationale les 18, 19 et 20 mai. Le projet aurait fait l'objet d'un consensus au sein de la gauche plurielle. Au RPR et à DL on militera pour la privatisation de France 2. Manière de prendre date. Il ne faut pas, en effet, se faire d'illusion, la grande chaîne publique sera servie aux intérêts privés à la prochaine alternance de majorité. Le "profil audimat" qu'a pris France 2 dans les dernières années ainsi que les problèmes posés par son financement et les pressions exercées par la Commission européenne l'y mèneront "naturellement". Selon le texte soumis au Conseil supérieur de l'Audiovisuel et au Conseil d'Etat, le secteur privé sera assujetti à une plus grande transparence au nom du "pluralisme et de l'indépendance de l'information". Le CSA verra ses pouvoirs renforcés et pourra exiger "des informations sur les marchés publics" obtenus par les "opérateurs ou leurs actionnaires". Cela concerne Bouygues (TF1), Vivendi (Canal ) et la Lyonnaise des Eaux (M6).

 

La baisse du prix des PC est repartie de plus belle aux Etats-Unis. On peut ainsi acheter des machines pour moins de 600 dollars. Microworks propose même un PC à 300 dollars. Mais il faut dire que cet ordinateur est pour le moins austère : il ne possède ni écran ni lecteur de disquette. Reste aussi que ces unités centrales attirant en général les néophytes désargentés, l'assistance technique pourrait coûter extrêmement cher à ces fabricants. D'autant plus que les manuels et autres modes d'emploi ont été les premiers à faire les frais de la guerre des prix.

 

Notre planète comptait 147 millions d'internautes à la fin de l'année passée, alors qu'ils n'étaient que 61 millions deux ans plus tôt. Ce résultat serait plutôt encourageant s'il ne devait être accompagné d'une précision d'importance : 92 % d'entre eux sont concentrés dans 15 pays seulement. Les Etats-Unis sont, bien sûr, toujours en tête avec 76 millions d'internautes, suivis, de loin, par le Japon (9,75 millions), le Royaume-Uni (8,1 millions), l'Allemagne (7,14 millions) et le Canada (6,49 millions). La France n'arrive qu'en septième position avec ses 2,8 millions d'utilisateurs.

 

Les réseaux se développent peu à peu dans le monde entier. Ainsi, le régime iranien vient d'autoriser l'utilisation d'Internet. Mais sous surveillance des ayatollahs : le surf se pratiquera dans 1 000 mosquées de la région de Téhéran reliées aux réseaux afin d'offrir un accès gratuit au web. C'est en fait tout le monde arabe qui est en train de faire son apparition sur la toile, l'Iran n'étant que l'exemple le plus spectaculaire.

 

Le procès Microsoft devrait reprendre le 10 mai. Mais, durant les quelques semaines de suspension, les tractations entre le géant de l'informatique et les dix-neuf Etats ayant porté plainte n'ont pas connu de temps mort. En fait, Microsoft se retrouve dans une situation quelque peu paradoxale : l'entreprise se porte très bien mais son image de marque est en train de se ternir, notamment depuis la révélation qu'un mouchard est intégré dans Windows. C'est pourquoi la firme tente de mettre un terme à ce procès qui dure depuis plus de six mois, en recherchant un accord, à l'image de celui que vient de signer Intel. Microsoft a donc proposé que chaque fabricant d'ordinateurs puisse retirer de l'écran l'icône d'Internet Explorer, le navigateur Internet de Microsoft, et puisse de même promouvoir d'autres logiciels. Mais, manifestement, ces propositions ne suffisent pas : les procureurs réclament que Microsoft renonce à ses droits sur toutes les versions de Windows et, mieux encore, que les codes sources du système d'exploitation soient rendus publics ! Rien que ça !

 

Le commerce sur Internet étant appelé à se développer, certaines entreprises commencent à peaufiner leur stratégie. C'est notamment le cas de la FNAC, qui voit avec une certaine crainte, justifiée, le débarquement imminent d'Amazone, la librairie on-line made in USA qui est devenue en quelques années la référence mondiale en la matière, mais aussi BOL, la librairie de Bertelsmann-Havas qui vient d'être mise en ligne. Le site de la FNAC va donc être entièrement reconçu, afin de faire face à la concurrence qui risque d'être très sérieuse, tant les promesses de ce type de commerce sont séduisantes.

 

Le bogue de l'an 2000 continue à faire parler de lui. Ce sont maintenant les assureurs qui commencent à avoir des sueurs froides. Personne ne sachant exactement ce qui se passera le 31 décembre 1999 à minuit, ils ne veulent pas faire les frais des énormes risques financiers qu'implique ce simple changement de date. La situation est d'autant plus compliquée qu'il y a déjà quelques années que les risques ont été clairement explicités. Les assureurs ne veulent assurément pas perdre leur argent pour des sociétés qui se sont mal préparées. Le coût global du passage à l'an 2000 pour l'économie française est estimé 170 milliards de francs par le journal la Tribune. Les grandes entreprises françaises se sont préparées au saut informatique. Mais les 86 000 PME beaucoup moins. Le MDEF est en train de se mobiliser sur ces risques.

 

Intel ne règne plus en maître incontesté dans le monde des processeurs pour les PC. AMD (Advanced Micro Devices) vient, en effet, de lui ravir la première place comme fournisseur avec 43,9 % de part de marché contre 40,3 % à Intel et 15,8 % à Cyrix. Il faut néanmoins se garder de conclusions qui pourraient être trop hâtives puisque les deux entreprises ne se battent pas tout à fait sur le même terrain. AMD est présent sur plus de 50 % des PC à moins de 1 000 dollars (25,4 % pour Intel), alors que sur le marché des plus de 1 000 dollars, Intel est intégré sur les deux tiers des machines.

retour