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Optimisme pondéré Par Xavier Delrieu |
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| Entre 1973 et 1997, les habitudes culturelles des Français ont profondément changé et ont été marquées par un fait massif : ils regardent beaucoup plus la télévision. La durée moyenne d'écoute hebdomadaire est passée de 16 à 22 heures dans les foyers équipés en récepteurs (96 % contre 86 % en 1973). Mais, heureusement, la télévision n'a pas éliminé d'autres pratiques. Ils sont encore 69 % (72 % en 1973) à se brancher tous les jours sur une radio. En près d'un quart de siècle, la proportion de Français qui écoutent un disque au moins une fois tous les deux jours est passée de 15 % à 40 %. En revanche, s'ils étaient 55 % à lire tous les jours la presse quotidienne, ils ne sont plus aujourd'hui que 36 %. |
| C'est donc en grande partie le taux d'équipement en appareils audiovisuels qui semble avoir fortement influencé la consommation culturelle qui s'est faite principalement au détriment de la presse, même si, pour tempérer cette opposition si aisée entre l'écrit et l'écran, il est à noter que les Français sont de très gros consommateurs d'hebdomadaires. Le livre connaît, quant à lui, une situation assez ambiguë : nous sommes de plus en plus nombreux à lire, mais les gros lecteurs sont de plus en plus rares. Il ne faut pas, cependant, tirer de trop hâtives conclusions. En effet, entre 1973 et 1997, les Français ne sont pas devenus des adeptes du tout-culture à domicile : la fréquentation des équipements culturels est dans l'ensemble supérieure à ce qu'elle était en 1973. Certes, la fréquentation du cinéma a baissé, même si en 1997 on a enregistré une importante montée des entrées – essentiellement due au succès du Titanic et des Visiteurs II. Par contre, nous sommes deux fois plus nombreux à être inscrits dans une bibliothèque (on peut sans doute voir ici l'effet bénéfique des médiathèques qui se construisent un peu partout) et l'intérêt que nous portons à notre patrimoine culturel, aux musées et aux monuments historiques est en pleine expansion. Ces données résultent de mutations socio-économiques de grande importance. Tout d'abord, la France rurale est en passe de rattraper le retard culturel qu'elle pouvait avoir il y a vingt-cinq ans, notamment en ce qui concerne la circulation du livre. Ensuite, le niveau d'étude moyen augmentant, il est naturel que les nouvelles classes d'âge s'intéressent davantage aux différents médias culturels. Enfin, nous sortons beaucoup plus que nous ne le faisions par le passé. On doit, ici, prendre en compte le changement radical que les retraités ont connu en vingt-cinq ans : la soixantaine n'empêche pas, au contraire, d'avoir une vie culturelle très active, d'autant que jamais les retraités n'ont eu un tel pouvoir d'achat. Pourtant, un gros point noir vient pondérer l'optimisme : les disparités sociales face à la culture sont de plus en plus flagrantes. Un seul exemple : 44 % des ouvriers sont allés dans une salle de cinéma dans les douze derniers mois alors qu'ils étaient 78 % en 1973 ! |
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