Regards Mai 1999 - Points de vue

Europe, la recherche industrielle
Recherche industrielle et débat démocratique

Par Daniel Thomas*


Une évidence : la coopération scientifique et technologique avec ses voisins. Une nécessité absolue : construire des réseaux de coopération européenne. Les recherches fondamentales, technologique et industrielle, ne peuvent en effet se développer qu'à travers des réseaux de partenaires aux compétences scientifiques, aux activités (universitaires, industrielles) et aux localisations géographiques différentes. Les réseaux scientifiques ont longtemps été basés sur la similarité scientifique et culturelle, les réseaux européens actuels doivent s'appuyer sur des différences et des complémentarités.

Face à l'omniprésence des Etats-Unis et à la pugnacité de l'industrie japonaise, le développement d'une coopération européenne, sur la base d'une recherche industrielle nationale renforcée, est essentiel. Cette coopération peut entrer dans le cadre du cinquième Programme communautaire de Recherche et Développement (PCRD) mais prendre aussi sa place dans des accords multilatéraux plus souples. Le programme Euréka demeure une solution intéressante pour développer la recherche industrielle en Europe. L'expérience des PCRD montre l'efficacité de projets d'intérêt industriel. Par exemple, dans le programme Biotechnologies, un projet concernant des enzymes clefs, les lipases, a littéralement "enfoncé" la concurrence industrielle américaine.

Les sciences et technologies nouvelles ont aujourd'hui un caractère diffusant. Le schéma linéaire science-technologie-industrie pour chaque filière industrielle n'est plus pertinent, les recherches de base et technologiques s'appliquent à des domaines à la fois diversifiés et imprévisibles. Dans ce contexte, il est important de maintenir une recherche fondamentale et universitaire de grande qualité, y compris pour des raisons industrielles. L'essor d'une recherche technologique publique est aussi un élément stratégique essentiel à l'intérêt général.

Les nouvelles technologies de l'information et de la communication, les matériaux nouveaux ou les biotechnologies concernent la quasi-totalité des activités humaines et peuvent être liés aux aspects les plus quotidiens de la vie. Dans ces conditions, la technologie et la recherche industrielle concernent le plus grand nombre d'Européens à la fois comme travailleurs, consommateurs et citoyens.

Pratiquement toutes les activités industrielles étant concernées par des technologies nouvelles, les travailleurs européens et leurs organisations doivent être étroitement associés à la définition des conditions de leur diffusion. Les choix technologiques et les impacts, positifs et négatifs, des innovations technologiques sur la société sont un des enjeux majeurs du débat démocratique. Le nécessaire développement d'une recherche industrielle sur la base d'une coopération européenne rénovée et ouverte sur le monde n'est pas contradictoire avec la transparence d'un débat démocratique qui implique le plus grand nombre.


* Professeur à l'Université de technologie de Compiègne, Président du Comité d'évaluation du programme "Capital humain et mobilité" de l'Union européenne.

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