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Des livres pour la jeunesse Par Bernard Epin |
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| Trois albums qui réinvestissent à leur manière l'art de l'inventaire thématique en l'appliquant aux fictions les plus échevelées : Des animaux fantastiques : dragon, centaure, sirène, griffon, licorne... l'imagination galope dans l'espace et le temps et du côté des représentations tous les coups sont permis. Ce sont donc des centaines d'histoires qui se trouvent répertoriées, mises en parallèle, chahutées, magnifiées, dans une mise en pages ouverte sur toutes les lectures. Car on ne fait jamais deux fois la même lecture de ce bel album (Nathan 120 F). |
| Ma vallée : un de ces formats géants qu'adore Claude Ponti pour proposer une sorte de guide-album-photo explorant cadre de vie et relations affectives d'un petit Touim's, dernière créature née de son imagination aux délires savamment maîtrisés. J'avoue mon inconditionnalité ! (L'Ecole des Loisirs, 140 F). On s'éclate avec les pastels ébouriffants de Riff dans un répertoire des figures à vocation horrifique auxquelles Rascal ajoute un gag final hors panoplie : Si tu aimes avoir peur (Pastel, 78 F). |
| A côté de ces grands formats, un petit album modeste et rare : Comme chaque matin. A sa manière d'assembler bouts de fils de fer, bouts de bois, bouts de tissus, Christian Voltz impose un langage minimaliste particulièrement efficace, en parfaite concordance avec le récit. Un de ces petits riens du quotidien où il faut chercher sous les apparences répétitives le grain de sable, la fêlure, par lesquels tout bascule dans l'aventure a priori hors de portée. La couleur d'une cravate mal assortie... et M. Léon existe enfin aux yeux des autres (Le Rouergue, 68 F). |
| Deux albums pour la luxuriance imaginative : dans Emerveilles, des "brisures de légendes" et autres "rognures de sagas" venues de Martinique, pour lesquelles Patrick Chamoiseau a remplacé le "il était une fois" par un "on a vu (ou cru voir)" induisant toutes les vérités-menteries d'un écrivain enchanteur qui ensemence le français des métissages sémantiques les plus réjouissants. Les peintures de Maure et la postface en disent plus (Gallimard, 94 F) ; le Tibet de Peter Sis : récits de voyage et histoires fabuleuses inextricablement liées par des souvenirs d'enfance. Ce Tibet, c'est l'Amérique des rêves fous, c'est la remise à nu de fantasmes emmagasinés dans la mémoire intime. Jamais, sans doute, cet artiste n'est allé aussi loin dans l'exploration de son univers mental à travers des transpositions d'une fulgurante beauté (Grasset-Jeunesse, 110 F). |
| Avec la collection "Il suffit de passer le pont", c'est la rencontre même du lecteur avec un univers poétique qui fait récit. La parité image-texte fonctionne non comme une explicitation de l'une par rapport à l'autre, mais plutôt comme une source de questionnements nouveaux où la représentation graphique très distancée contraint les mots à s'échapper de la page. Il y a Le Baudelaire, Le Verlaine et... Le Boby Lapointe. Et nous aussi ! (Mango, 99 F). |
| Quelques romans, enfin. Avec la nouvelle collection "Le furet enquête" (Albin Michel Jeunesse, 35 F), tout comme dans "Souris noire" chez Syros, il s'agit ici de faire fonctionner les rouages du polar dans un contexte d'aujourd'hui dont les récits fournissent des grilles de lecture sans complaisance. Le héros, un anti-baroudeur de 14 ans, flanqué de quelques comparses inchangeables, anime une série d'enquêtes au hasard de ses voyages dans l'Hexagone. Et surtout en fonction de choix narratifs d'écrivains maîtres du genre, comme Frank Pavloff, Fajardie, Jean-Hugues Oppel. Les six premiers titres parus méritent des suites. |
| Car le polar et ses banlieues n'ont pas fini de fournir des clés singulières pour rejoindre les grandes interrogations de ce temps. Témoin, la série de sensibilité écologiste Planète verte que dirige Yves Frémion en Bibliothèque verte. L'ami Gérard Streiff qu'on n'attendait pas dans ces parages s'y hasarde non sans documents sérieux dans ses bagages, pour lancer quelques jeunes héros dans les dessous à entrées multiples de l'assèchement de la mer d'Aral (le Chalutier du désert). Une catastrophe écologique majeure qui appelle ce genre de roman d'avertissement, où l'aventure ne fait que commencer. Et où l'auteur sait secouer les indignations. Les lecteurs de regards le savent ! |
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