Regards Mai 1999 - Lectures

Partage du savoir
Un chien, une antilope, un porc épic. Des hommes.

Par Françoise Amossé


Il aime raconter des histoires, celles qui jalonnent, comme des repères philosophiques, les discussions entre père et fils, entre amis. Pour mieux se comprendre.

Par exemple : "Les animaux de la forêt se réunirent un jour pour se donner un chef. A l'issue d'un scrutin très ouvert, le chien fut élu roi des animaux. Pourtant, en dépit de la transparence du vote, l'antilope ne manqua pas d'exprimer sa réserve. Bien plus, pour elle, le chien était tout simplement indigne de prétendre à de tels honneurs étant donné ce qu'il est. Personne ne daigna lui accorder une quelconque attention, le peuple étant souverain. Quelques semaines plus tard, le jour de l'intronisation, l'antilope s'est amenée avec un os dans son sac. Et c'est au moment même où le nouveau roi devait traverser la cour d'honneur pour prendre possession de son trône qu'elle le sortit et le balança. Le chien se précipita sur l'os, sous les hurlements de l'assemblée indignée".

Ce qu'il faut comprendre ? C'est simple. On'Okundji Okavu Ekanga vous dira que l'antilope ne s'est pas trompée, que le chien n'est pas capable de traverser la cour, c'est-à-dire l'histoire, le regard rivé sur l'objectif. Et le chien, c'est encore tout ce qui résiste au changement... Pour goûter aux "entrailles du porc-épic", essai scientifico-philosophique du docteur en philosophie, prêtre, enseignant congolais susnommé, qui s'est livré à cet essai au titre osé, il suffit d'avoir à coeur le devenir de l'Afrique et d'être empli de curiosité envers la pensée africaine contemporaine.

Une nouvelle éthique pour l'Afrique est à la fois une analyse critique des rapports de porteur de valises culturelles, estime l'auteur, que le continent entretient encore trop avec "le père" (voir p. 32 de Regards) et l'énoncé d'une série de pistes pour que ce même grand continent parvienne à un développement majeur et authentique. Comment l'Afrique assume-t-elle la technoscience, avec quels yeux, quelle inventivité propre ? C'est le défi du sens, masqué sous les symboles, des uns et des autres. Justement : la technoscience peut-elle se développer en Afrique dans le double respect de la nature et de la culture ? Comment articuler entre eux le microcosme qu'est l'homme et le macrocosme, l'univers, dont on devrait réapprendre à écouter le langage symbolique ? Un ouvrage original qui occupe brillamment son rang dans la collection "Partage du savoir", dirigée par Edgar Morin.

 

On'Okundji Okavu Ekanga,
Les Entrailles du porc-épic, Une nouvelle éthique pour l'Afrique,
Grasset éditeur, 130 F.

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