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La presse en revue Par Maryse Souchard, Laetitia et Sébastien Châtillon * |
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| La presse d'extrême-droite subit de plein fouet les effets de la scission du Front national. National Hebdo "le seul journal qui soutienne la campagne du Front national" (N.H., 18-3-99) est totalement inféodé à J- M. Le Pen et a, du coup, perdu une partie de son lectorat. Il lance une souscription "pour aider National Hebdo à participer pleinement à la campagne des européennes. (...) C'est le moment de se battre pour faire comprendre aux Français qu'ils doivent envoyer au Parlement européen de Strasbourg des députés français qui défendent la souveraineté française, combattent l'euromondialisme et dénoncent la future Commission européenne." (N.H., 1-4-99). Présent et Minute ont essayé de se cantonner à une neutralité prudente mais connaissent aussi d'importants problèmes financiers : "Pour survivre, Minute appelle ses lecteurs à l'aide" (Minute, 31-3-99). J.-M. Le Pen ne pardonne pas son absence de soutien inconditionnel à Présent qui a dû réduire sa pagination de moitié. Quant au FN-MN, il présente à ce jour le lourd handicap de ne posséder aucun organe de presse relayant ses idées. |
| Enjeux politiques |
| La crise du Front national est intervenue en plein lancement de la campagne des élections européennes, scrutin qui lui était jusque-là favorable (11 députés européens) et a remis en cause l'objectif initial de "dépasser la barre des 20 %". Yvan Blot, rallié spectaculairement à J.-M. Le Pen après avoir soutenu B. Mégret, charge ce dernier de tous les maux. |
| Le Front national est divisé politiquement en deux listes, qui sont en concurrence avec les listes de la droite "souverainiste" (Pasqua, de Villiers, Millon) ; ces dernières espèrent capter une partie de l'électorat frontiste. |
| Par ailleurs, la bataille juridique se poursuit pour récupérer les comptes bancaires, obligeant les candidats à lancer des souscriptions pour financer leur campagne. Au cours d'une conférence de presse, J.-M. Le Pen dénonce le "bankstérisme" de la Société Générale qui bloque les comptes du FN dans le différend judiciaire qui l'oppose au FN-MN ; en se plaçant dans la logique classique du "complot", il invoque "un véritable coup de force des puissances d'argent, et de puissances secrètes, voulant lui interdire de défendre et promouvoir des idées dans lesquelles se reconnaissent des millions de Françaises et de Français." (N.H., 11-3-99). |
| Le FN-MN doit absolument dépasser le seuil fatidique des 5% pour rembourser ses frais de campagne et surtout pour acquérir une légitimité politique, mais semble avoir essentiellement en vue les municipales de 2001. Le thème de la campagne est donc pour l'instant principalement axé sur l'insécurité, avec les "50 propositions pour rétablir la sécurité" présentées le 18 février à Paris, même si B. Mégret a exposé une certaine conception de l'Europe basée sur "l'identité" et la "puissance" dans un ouvrage paru à l'automne, la Nouvelle Europe pour la France et l'Europe des nations. Le FN, pour ne pas être pris de court, a demandé à Marie-France Stirbois de concocter également 50 mesures (N.H., 25-2-99). |
| Europe et guerre du Kosovo |
| L'extrême-droite exploite son fonds de commerce traditionnel décliné sur le mode européen : "L'Europe et l'immigration. La France menacée d'invasion." (N.H., 18-2-99) ; "Europe. Pour une préférence nationale" (N.H., 11-2-99). Toutefois, le FN apparaît privé d'un axe programmatique solide, avec le départ de la plupart des cadres issus du Club de l'Horloge qui avaient élaboré les 300 mesures pour la France. L'ouvrage récent de J.-M. Le Pen les Lettres françaises ouvertes constitue une tentative brouillonne de faire appel à la fibre nationale de certaines personnalités, de droite comme de gauche, autour de références à "la souveraineté de l'Etat, l'indépendance de la Nation et l'identité du peuple". La guerre dans les Balkans constitue une aubaine pour se démarquer médiatiquement. Dans Le Parisien (6-4-99) il déclare : "Aujourd'hui, je suis pour la Serbie nationaliste, contre la dictature que les Américains imposent sans aucun scrupule à l'ensemble du monde." Lors de son discours à la Convention nationale du FN le 28 mars, il adoptait un ton menaçant : "Je crains bien qu'en supprimant les nations et les guerres nationales, on ait préparé de belles guerres civiles" (N.H., 1-4-99). |
| Cette guerre donne l'occasion à la presse d'extrême-droite de se déchaîner. Minute titre en Une du 31 mars 99 : "Les Serbes nous protègent de l'invasion islamiste. Aujourd'hui le Kosovo, demain la France", avec un interview du général Pierre-Marie Gallois et une lettre de Vladimir Volkoff "J'ai honte d'être français". Or, ils font partie, avec Jean-Claude Valla, directeur de la rédaction de Minute, des signataires de l'appel "Non à la guerre" présenté dans le même numéro, et dont National Hebdo du 8 avril 1999 se fait également l'écho. Cet appel constitue une tentative de la "Nouvelle droite" (Le Monde, 1-4-99), dans sa stratégie de brouillage des repères politiques, de recherche de cautions à gauche, lui permettant de composer un nouvel arc de cercle idéologique. Une vigilance redoublée s'impose. |
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* Militants anti-fascistes. |