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Guerre, les impasses Par Montserrat Sens |
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Entretien avec Melvin Goodman* |
| Les efforts de ces dernières années visent à créer une double expansion de l'OTAN : d'une part, augmenter le nombre des Etats membres, d'autre part, étendre son théâtre d'opérations. Cela est contraire à son mandat et aux buts pour lesquels cette alliance a été conclue et s'est maintenue en Europe. L'administration Clinton dirige cette nouvelle orientation et impose ses vues aux gouvernements européens. Cependant, je ne suis pas le seul, aux Etats-Unis et ailleurs, à estimer cette stratégie erronée et conduisant à un véritable désastre. |
| Les Etats-Unis vivent des temps difficiles en matière de politique extérieure. Il n'y a pas d'analyse sérieuse. Ils naviguent à vue. Les Européens aussi : ils n'ont aucune vision des implications de cette nouvelle défense atlantique et n'ont pas posé les jalons d'une défense européenne. Au Kosovo, l'OTAN est sorti de son mandat, de sa propre légalité. Madeleine Albright en est une des principales responsables. L'article 5 de la Charte de l'OTAN ne s'applique pas à ce conflit. Mais agir au Kosovo est indispensable en ce moment pour l'administration américaine, pour organiser la grande pompe de Washington autour des 50 ans de l'OTAN. Une occasion rêvée de montrer qu'il faut entériner une nouvelle doctrine de l'Alliance qui justifient le rôle humanitaro-militaire des troupes de l'OTAN au Kosovo et rendre légitime sur n'importe quel champ d'opération pour le siècle à venir. |
| Le choix des moyens et du lieu pour parer de nouveaux habits l'Alliance atlantique est plutôt malvenu. Les opérations militaires sont loin d'être un succès. Un désastre humanitaire se déroule sous nos yeux, mais je n'approuve pas cette position obstinée de maintenir une solution strictement militaire pour résoudre le conflit. C'est un cauchemar que Milosevic a commencé, mais le plan d'opération de l'OTAN est un échec complet. L'idée provient sans doute du chef de la diplomatie américaine qui croit, depuis la Bosnie, que tout se règle en envoyant l'armée. Avoir choisi les Balkans pour justifier l'OTAN de demain relève d'une politique incorrecte, qui méconnaît le contexte international actuel. L'OTAN vit une crise de transition qui n'aurait pas dû voir le jour. Elle affronte des problèmes qui peuvent mettre en jeu sa cohésion. Il est tout à fait incroyable d'augmenter l'Alliance d'Etats pauvres et faibles qui ont d'autres chats à fouetter, surtout sur le terrain économique, que réorganiser et augmenter leur budget militaire. Les Polonais ou les Tchèques n'ont aucune crainte à avoir des Russes. Personne ne les menace et surtout pas Moscou. Pourquoi donc avoir insisté sur leur entrée dans l'Alliance ? Madeleine Albright est aveugle, elle continue à penser le monde en pleine guerre froide. ” |
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* Melvin Goodman est professeur et chercheur au National War College, l'université de la "Défense de l'armée américaine". Il collabore notamment au Centre de politique internationale (CIP) qui promeut l'amélioration des relations entre Cuba et les Etats-Unis et la démilitarisation de l'Amérique centrale. Il contribue à l'analyse des thèmes de défense pour le Christian Science Monitor et le New York Times. Spécialiste de la diplomatie soviétique et russe, il a écrit la Retraite de Gorbatchev et la fin de la guerre froide. |