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La bataille de l'eau Par Gérard Le Cam* |
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| L'odeur du lisier a, d'abord, attiré l'attention. La pollution de l'eau et la hausse des taux de nitrates ont ensuite inquiété les Bretons. Les plantes cultivées en Bretagne ont besoin de 320 000 tonnes d'azote. Les déjections animales en fournissent 240 000 et on achète 160 000 tonnes d'engrais chimiques. L'excédent, 80 000 tonnes, génère des nuisances variés et souvent durables : taux de nitrate élevé de l'eau, envasement des plans d'eaux, algues vertes sur les plages, problèmes sanitaires dans la mytiliculture et la conchyliculture, nappes phréatiques polluées, taux d'ammoniaque élevé dans l'air, hausse des taux de métaux lourds et de phosphore dans les sols. Toutes pollutions aggravées par une répartition inégale des épandages et par des pratiques parfois répréhensibles. |
| Face à ce préjudice, les pouvoirs publics, la profession agricole, les élus se sont mobilisés. Le Plan de maîtrise des pollutions d'origine agricole entre l'Etat et la profession donne aux élevages, en contrepartie de leur intégration dans le système des redevances aux agences de l'eau, des aides en vue d'améliorer bâtiments et pratiques de fertilisation (70 000 francs par projet). Au 1er janvier 1998, 3 700 contrats étaient signés et plus de 11 000 diagnostics d'exploitation demandés. |
| Le programme Bretagne Eau Pure 2 associe les départements et l'agence de l'eau Loire-Bretagne pour reconquérir la qualité de l'eau par différentes actions : un programme de 1 400 millions de francs sur cinq ans pour la politique des bassins versants (plantations de haies, pièges à nitrates, indemnisations, aménagement des cultures) ; un volet de recherche et d'expérimentation ; des actions de sensibilisation, de formation, de réglementation, de contrôle et d'évaluation. La profession et les chambres d'agriculture se sont mobilisées pour responsabiliser et engager les agriculteurs à maîtriser l'épandage (ne pas dépasser les 170 kg d'azote à l'hectare). |
| La situation semble se stabiliser, des progrès notables ont même été enregistrés sur certains bassins versants. La bataille du lisier est cependant loin d'être terminée. La circulaire Voynet-Le Pensec entre en application, le traitement sera obligatoire pour les plus importantes unités (coût : 10 à 53 F le m3). |
| Les années à venir seront décisives pour l'agriculture durable ; la loi d'orientation agricole peut y contribuer, les deux parlementaires communistes bretons s'y sont particulièrement investis. La politique des marchés mondiaux (OMC) et la PAC seront déterminantes : la baisse des prix des denrées agricoles envisagée serait le principal obstacle à un comportement du monde agricole positif pour l'environnement. La prise de conscience est générale, les solutions techniques existent, les réglementations entrent en vigueur, reste à créer un contexte européen et national favorable au monde agricole. |
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* Sénateur des Côtes d'Armor. |