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La bataille de l'eau Par Jean-Marie Legay* |
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Voir aussi Les agences de l'eau |
| Une part importante de l'eau disponible devient non potable. |
| Les tissus des êtres vivants comprennent 75 % d'eau en moyenne, beaucoup plus chez une méduse, beaucoup moins chez un chêne. Chez l'Homme c'est environ 70 %, 45 litres d'eau chez une personne de 65 kg. Face à ces exigences, l'eau est une ressource limitée, finie, mais renouvelable. Le stock d'eau de la Terre est en continuel échange du fait de sa consommation et de son réapprovisionnement. Ce stock ne peut donc pas être constant ; il varie dans sa globalité et dans sa répartition : eau de mer et lacs salés, eau douce souterraine, eau douce de surface. Il varie également selon les régions : certaines peuvent manquer d'eau pendant que d'autres en ont trop ou la même région subir la même année inondations et périodes de sécheresse. |
| 70 % d'eau dans les tissus de l'Homme, plus chez une méduse, moins chez un chêne... |
| Les besoins en eau des plantes et des animaux sont plutôt quantitatifs, sa qualité est, sauf cas extrêmes (présence exagérée de sels de sodium, de magnésium, etc.), d'importance moindre que pour l'Homme. Pour ce dernier, les besoins ne sont pas seulement physiologiques (quelques litres suffiraient par jour), mais sociaux et économiques : à la consommation domestique (hygiène, cuisine) s'ajoute la consommation agricole et industrielle. Les besoins à couvrir équivalent à plusieurs centaines de litres par personne et par jour, au moins 150 m3 par an et par personne, et bien plus dans certains pays. Le plus grave problème, à divers degrés mais partout, est celui de la qualité de l'eau. Pour de nombreuses raisons : la consommation a augmenté du fait de la croissance démographique et de l'élévation du niveau de vie ; le recyclage naturel de l'eau est plus tendu ; les surfaces de zones vierges où l'eau pouvait filtrer lentement se sont réduites ; les transformations de zones humides (par drainage) en surfaces agricoles ont privé les nappes souterraines de vastes bassins de décantation et filtrage ; l'usage croissant de produits polluants provenant de l'activité industrielle ou agricole a multiplié les sources de contamination. Une fraction importante de l'eau disponible est en train de devenir non potable. Or l'Homme est très sensible à la qualité de l'eau, en particulier celle qu'il consomme directement. Il en use chaque jour ; il y a accumulation des effets. Et cela sous deux aspects. |
| Des bactériesdes minéraux et des résidus |
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L'aspect bactériologique est fondamental : l'eau est un vecteur idéal de germes, dont certains très dangereux. Pasteur avait cette formule lapidaire : "Nous buvons 80 % de nos maladies." Cet enjeu de santé publique concerne quelque deux milliards d'individus. Disposer ou non d'un ou deux litres d'eau potable par jour est l'une des toutes premières inégalités entre les hommes, les régions, les pays.
L'aspect chimique est l'autre volet de la qualité de l'eau. On a pensé à utiliser l'eau de mer, mais les techniques de dessalement actuellement connues sont très coûteuses, surtout sur le plan énergétique. Le coût de l'eau douce ainsi obtenue serait prohibitif. La situation minérale dans son ensemble, pour une eau destinée à la consommation humaine, fait l'objet d'analyses portant sur le calcium, le magnésium, l'ammonium, le sodium, le potassium, le manganèse, l'aluminium, le fer, le cuivre, le zinc, et par ailleurs les carbonates, bicarbonates, chlorures, sulfates, nitrites, nitrates, phosphates, fluorures. La teneur en gaz dissous, l'oxygène et l'anhydride carbonique, peut également être déterminée. D'autres anomalies peuvent apparaître plus ou moins régulièrement. Les pesticides agricoles, employés de façon excessive, peuvent dépasser leurs objectifs et rejoindre la nappe souterraine, dont l'eau peut devenir dangereuse. Il peut en être de même de résidus radioactifs, de déchets pétroliers, de sels de plomb provenant des canalisations des installations domestiques elles-mêmes, etc. C'est alors par la voie physiologique normale que certains excès ou certaines déficiences induisent leurs effets, et comme il s'agit d'effets cumulatifs, ceux-ci peuvent mettre du temps à se manifester. Dans la pratique, l'eau distribuée n'est pas constamment analysée en détail. On se contente de certains tests sur certains échantillons ; on tient compte des observations des goûteurs d'eau ; on se sert d'indicateurs pour décider une enquête plus approfondie. Si un excès de nitrate fait craindre la présence de produits organiques et d'une possible contamination bactérienne, on lance une enquête chimique et bactériologique. |
| Comment protéger les ressources et améliorer les stocks d'eau |
| Certains scientistes déclarent froidement que c'est sans importance, qu'on peut polluer l'eau et qu'on la dépolluera ensuite. Cela ferait probablement marcher le commerce. Cela ne ferait pas progresser l'hygiène publique et on voit poindre un système à deux vitesses : ceux qui boiront de l'eau sale et d'autres qui boiront de l'eau propre ! Face à ces enjeux biologiques, écologiques, sociaux, économiques, ne serait-il pas plus raisonnable de protéger nos ressources et d'améliorer les stocks d'eau disponible pour en faire l'une des premières richesses de notre patrimoine ? |
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* Professeur émérite, université Claude-Bernard Lyon I. |
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Les agences de l'eau
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Créées en 1964, les agences
de l'eau jouent un rôle central. Chacune est responsable d'un grand bassin hydrographique : Adour-Garonne, Artois-Picardie, Loire-Bretagne, Seine-Normandie, Rhin-Meuse, Rhône-Méditerranée-Corse. Elles collectent des redevances d'eau et d'assainissement proportionnelles aux
pollutions des collectivités, des entreprises, des agriculteurs, etc. Elles les redistribuent à ces mêmes acteurs de l'eau, sous forme de subventions ou de prêts à taux zéro, en fonction des investissements consentis. Intéressant pour les acteurs, intéressant pour la communauté, ce système de mutualisation a beaucoup contribué à lutter contre les pollutions de l'eau et à les prévenir.
Chaque agence détermine
sa politique au travers d'un
programme pluri-annuel. Nous
en sommes aujourd'hui aux VIIes programmes qui couvrent la période 1997-2001. Les programmes évaluent les besoins, déterminent les travaux et fixent les redevances en conséquence, permettant une politique cohérente à long terme. Cette politique est soumise à l'approbation du conseil d'administration de l'agence ("l'exécutif") et au Comité de bassin (le "Parlement"), organismes composés majoritairement d'élus, de représentants des usagers et de personnalités compétentes. Des représentants de l'Etat y siègent aussi. Associant tous les acteurs de l'eau, les agences constituent une structure démocratique.
La loi sur l'eau de 1992 a chargé chaque Comité de bassin de
l'élaboration d'un SDAGE (Schémas directeurs d'aménagement
et de gestion des eaux).
Il s'agissait de définir les orientations fondamentales d'une gestion équilibrée de la ressource en eau dans chaque grand bassin hydrographique, en établissant un bilan et en formulant un certain nombre d'objectifs et d'actions à entreprendre. Approuvés en 1997, les SDAGE ont prouvé les grandes compétences des personnels des agences. Ils sont aujourd'hui déclinés en SAGE, au niveau des bassins locaux.
L'efficacité des agences est unanimement reconnue. Par la Conférence internationale sur l'eau et le développement durable, en mars 1998 à Paris. Par l'Europe qui, dans une directive-cadre, reprend à son compte ce découpage en grands bassins, cette organisation en agences et ce travail des SDAGE. (Malheureusement, cette directive demande de remplacer le système de mutualisation par l'application du principe pollueur-payeur.) Enfin, par Mme Voynet qui déclarait il y a peu que "l'efficacité des instances bassin n'est plus à démontrer". |