Regards Mars 1999 - Points de vue

L'Europe a les idées courtes

Par Lysiane Alezard*


La construction européenne prend corps autour de deux idées – l'union économique par l'euro et la garantie de la paix. A y regarder de plus près, le traité d'Amsterdam semble pourtant suivre le vieil adage, "si vis pacem, para bellum" (Si tu veux la paix, prépare la guerre, NDLR). Ce serait sans compter avec les aspirations croissantes à vivre dans un monde plus juste, un monde meilleur.

Les récentes frappes américaines et britanniques sur l'Irak ont montré une évidence, qui vaut aussi pour l'Europe : l'emploi de la force ne résout rien. Elles ont également révélé ce que pourrait être une défense européenne interventionniste entièrement sous la coupe des Etats-Unis. Les projets en cours de discussion en sont-ils si éloignés ? - A la veille de son 50e anniversaire en avril, l'OTAN peaufine un nouveau "concept stratégique", qui, comme le confirmait récemment Madeleine Albright, doit lui permettre d'élargir son champ d'action aux nouvelles menaces du XXIe siècle. L'Alliance affiche ouvertement ses velléités de se substituer à l'ONU : "...La force de l'OTAN, c'est sa capacité à pouvoir agir d'elle-même." Ne faudrait-il pas plutôt réfléchir à revaloriser l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) qui, si elle devenait plus et mieux une caisse de résonance des opinions publiques, représente, elle, les pays de toute l'Europe et de l'Amérique du Nord ? Elle a besoin de plus de moyens pour mener à bien ses missions. Quant au projet de défense européenne défini par le traité d'Amsterdam, comment va-t-il permettre de construire une sécurité commune indépendante fondée sur d'autres valeurs que la guerre et l'intervention ? Son article J 7 stipule que "La politique de l'Union (...) n'affecte pas le caractère spécifique de la politique de sécurité et de défense de certains Etats membres, elle respecte les obligations qui, pour certains Etats membres dont la défense commune est réalisée dans le cadre de l'OTAN, (...) et elle est compatible avec la politique commune de sécurité et de défense arrêtée dans ce cadre."

Tout n'est pourtant pas définitivement réglé ! Ainsi, la seule perspective, évoquée par le nouveau ministre allemand des affaires étrangères, Joshka Fischer, que l'OTAN abandonne sa stratégie d'utilisation en premier de l'arme nucléaire (pilier de la dissuasion) a semé le trouble, pour le moins !

En France, les contradictions entre la détermination à construire une politique étrangère et de sécurité commune et la nécessité de prendre en compte les conséquences de la Chute du mur de Berlin sont de plus en plus fortes. Du président Chirac à P. Quilès, président de la commission de la défense, les dirigeants français estiment que l'OTAN ne doit pas devenir une Sainte-Alliance. Dans le même temps, les députés ont, dans leur majorité, voté le budget militaire 1999 qui prévoit une forte augmentation des crédits alloués à l'OTAN ( 32%) et le maintien des programmes de nouveaux armements nucléaires.

C'est dire si les citoyens européens ont besoin de se faire entendre, qu'ils soient déjà dans l'OTAN ou candidats à le devenir.C'est dans cet esprit que divers mouvements et organisations de paix d'Allemagne et de France ont décidé d'appeler à une marche "pour une Europe pacifique et solidaire", le 4 avril prochain à Strasbourg. Ouverte à tous les Européens, cette initiative peut permettre de construire une nouvelle conception de la paix et de la sécurité en Europe. Le moment n'est-il pas venu d'envisager un concept de sécurité qui ferait de l'Europe un continent moteur en matière de coopération et de désarmement ?


* Dirigeante du Mouvement de la paix.

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