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Individualistes, les jeunes ? Par Véronique Tessier* |
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| En 1998, lorsque nous demandions aux jeunes que nous rassemblons à quoi ils aspiraient, quels étaient leurs projets, beaucoup ont répondu : "avoir mon bac", ou encore "trouver un appartement pour partir de chez moi", "réussir mes études". Rien d'étonnant à cela, avant de s'intéresser au devenir de la société, il faut trouver sa place dans cette même société. Ceux qui se retrouvent à la JOC bougent avec leurs copains pour faire changer les choses, ou donner un peu d'eux-mêmes. Sont-ils des marginaux ? Je ne le crois pas puisqu'une enquête réalisée par la Cofremca à la demande de la JOC sur les jeunes et la solidarité montre que 47 % des jeunes sont prêts à soutenir une personne victime d'une injustice et que 88 % savent qu'ils ont quelqu'un sur qui compter en cas de nécessité. Ils sont par contre plus questionnants sur les grandes organisations et les structures, et comptent plus sur les liens d'amitié et familiaux, mais ils considèrent que les personnes les plus crédibles pour pousser la solidarité sont celles qui sont concrètement sur le terrain. Et eux ils y sont ! |
| Comme Frédéric, apprenti dans une grande entreprise franco-anglaise, qui, avec les autres apprentis de sa boîte, a agi pour que leurs frais de transport soient pris en charge. "Au début j'en ai parlé aux copains apprentis, j'étais le seul à faire 80 km aller-retour. On parlait beaucoup des droits des apprentis, et on a réalisé que nous avions les mêmes droits que les ouvriers dans l'entreprise. Au début, les copains n'étaient pas chauds parce qu'ils ne voulaient pas de prime pour eux. Je leur ai fait comprendre que ce n'était pas seulement pour nous qu'on le faisait mais pour ceux qui viendraient après ." |
| C'est encore Laëtitia, lycéenne dans le Pas-de-Calais, qui a bougé pour que le coût des livres scolaires soit mieux pris en compte dans le lycée, et que cela ne soit pas un frein à la formation pour tous. "Je pense que l'école devrait être gratuite. Ça ne devrait pas être un obstacle. C'est toujours les mêmes qui trinquent. Le coût des livres, ça va de 400 à 1 000 francs. C'est en seconde que ça revient le plus cher. Certains ont des difficultés à payer." |
| Ou encore Sonia, en CDD à temps partiel à EDF, qui avec les jocistes d'Alençon et d'autres associations de la ville ont réclamé des transports moins chers pour les personnes en situation d'emplois précaires. "Nous ne voulions pas que cela soit complètement gratuit. Les gens auraient encore dit que nous étions des assistés, qui ne bossent pas et qui veulent tout gratuit. Nous voulions que soient prises en compte les variations de nos revenus." |
| Frédéric, Laëtitia, Sonia, trois façons d'être jeunes en 1999 et de ne pas vouloir se laisser aller à la fatalité, à l'attentisme ou au chacun pour soi. Avec leurs copains de la JOC ou d'ailleurs, ils nous démontrent que les choses peuvent bouger. C'est ce qui est profondément inscrit dans le projet de notre mouvement : permettre à des jeunes de se construire, de bâtir des projets pour eux, mais aussi avec d'autres. Leur permettre de devenir des acteurs responsables de la société, pour que chacun y ait sa place. La JOC peut être un révélateur, mais les jeunes de milieu populaire portent déjà cela en eux. |
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* Responsable nationale de la JOC (jeunesse ouvrière catholique) |