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L'écrivain et l'Histoire Par Gérard Streiff |
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| "Au milieu (du) vacarme, l'écrivain ne peut plus espérer se tenir à l'écart pour poursuivre les réflexions et les images qui lui sont chères, disait Camus. Tout artiste aujourd'hui est embarqué dans la galère de son temps." Entre littérature et politique, comment l'écrivain français s'est-il positionné au cours du siècle ? Cet ouvrage fait suite à un colloque organisé par la BPI au Centre Pompidou en mars 1996 sous la direction d'Antoine de Baecque. Il comprend notamment six interventions sur : "Jacques Copeau et le théâtre populaire dans les années Vichy" (Serge Added), "La lettre aux directeurs de la Résistance de Jean Paulhan" (Anne Simonin), "Engagement/désengagement dans la France de l'après-guerre" (Emmanuelle Loyer), "Ecrivains noirs et colonialisme" (Françoise Verges), "Les écrivains et le gauchisme" (Christophe Bourseiller) ou encore "L'intellectuel communiste comme intellectuel défiguré" par Caroline Ibos, maître de conférences à l'Université de Tours et à l'Institut d'études politiques de Paris. Pour l'essentiel, elle se limite à la figure communiste des années cinquante. " L'appartenance à un parti peut certainement s'inscrire dans une stratégie rationnelle pour des intellectuels qui, instrumentalisant leur position universitaire, scientifique ou artistique à l'intérieur de l'organisation, économiseraient ainsi les coûts qu'exige la conquête de la notoriété et maximaliseraient le rendement symbolique de leur activité. Il y a toutefois une dimension plus irrationnelle et plus angoissée du philocommunisme des intellectuels français." C'est cette dimension que l'auteur, à partir notamment des expériences de Morin ou de Prenant, présente et interprète. Son étude privilégie une approche psychologique de l'engagement communiste (la honte, l'amour, la haine) au détriment de l'enjeu proprement politique (la violence de l'anticommunisme méritait peut-être d'être plus souligné). Reste que sa définition de l'"homo communistus", son évocation de "la violence à n'en pas croire" de la rhétorique de l'époque, valent d'être connues. En fin de volume, une table ronde s'interroge sur "les nouvelles et indispensables manifestations" de l'engagement aujourd'hui. Jean-Philippe Domecq estime pour sa part que "la littérature n'est jamais autant dans son élément que lorsque, précisément, elle dispose de peu d'éléments d'explication autour d'elle". L'ouvrage comporte une solide bibliographie. |
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Les Ecrivains face à l'Histoire (France 1920-1996)
BPI / éditions du Centre Georges-Pompidou, 244 pages, 100 F |
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