Regards Mars 1999 - Edito

La double parité
La double parité, quand le nouveau vient du Parti communiste

Par Henri Malberg


C'est du côté communiste qu'est venue la surprise. Les commentateurs quasi unanimes ont pris acte de l'importance de l'initiative de la double parité – femmes, hommes – personnalités communistes et personnalités du mouvement social et intellectuel antilibéral – dans la liste aux Européennes. L'information s'est installée comme un fait politique, un événement. Les gens en parlent. Les formations politiques en prennent acte. Il est visible pour chacun qu'il ne s'agit pas d'un effet d'annonce mais de quelque chose qui porte loin et déplace les rapports entre la politique et le peuple.

 

Pourquoi ?

C'est que l'initiative du Parti communiste rencontre une des questions les plus profondes de la vie du pays. Elle va chercher loin, là où elle a été intériorisée, la crise de la politique. La France n'est pas devenue un pays apolitique. Elle est en attente d'un signal et les partis politiques sont mis au pied du mur. Il leur est dit en quelque sorte : vous ne pouvez plus à vous tout seuls parler en notre nom. Et, derrière cette méfiance, il y a l'expérience, les échecs historiques "des politiques" qui n'ont pas réussi à changer la vie. Le sentiment d'une coupure entre la politique et la vie. Et plus grave encore, les appétits, les dérives financières. Et puis, le positif, le sentiment de chaque individu d'être adulte, d'être informé, de pouvoir juger aussi bien que ceux de "là-haut" !
Ces sentiments populaires ont entraîné dans le mouvement social – on pense à décembre 1995 – et dans le mouvement intellectuel qui explore de nouveaux chemin de la transformation sociale, l'affirmation d'une autonomie.
Mais cette autonomie n'est pas indifférence à la chose politique. Des forces du mouvement social et intellectuel cherchent une expression politique sans vouloir se constituer en parti, sans vouloir être récupérées ou instrumentalisées, et en cherchant l'efficacité. Dans des matières essentielles, ce courant est très proche des réflexions et des recherches du Parti communiste mais il ne s'y reconnaît pas. Il ne se reconnaît pas non plus dans le Parti socialiste, les Verts de Cohn-Bendit ou les formations d'extrême gauche. En prenant acte de cette situation, ce qu'il fait depuis un moment déjà, en respectant ce mouvement social et intellectuel, en cherchant à se mettre à son service, le Parti communiste s'en est rapproché ces dernières années .
C'est cette situation, cette attente, cette sorte de maturation qui font que l'initiative du Parti communiste a tellement fait événement, remué et parfois même ému tant de gens. Certes tout cela fait débat chez les communistes et dans le pays. Mais beaucoup de gens comprennent que c'est aussi une main tendue vers eux, personnellement.
J'ai entendu beaucoup de gens me dire : c'est bien ce que vous faites, et me parler aussi bien de Geneviève Fraisse que de Yasmina Boudjenah, de la tête de liste Robert Hue que de Fodé Sylla, de Marie-George Buffet que de Maurice Kriegel-Valrimont...
Oui, voilà bien un événement !

 

Un signal est donné

Pourquoi cela vient-il du Parti communiste et pas des Verts ou de l'extrême gauche ou des socialistes ? Pourquoi ce "tour d'avance" comme on a pu le lire ? On a envie de rappeler ici que la recherche de réponses populaires larges, vient de loin dans l'histoire du Parti communiste, front antifasciste, front populaire, résistance. Plus récemment, on y a beaucoup discuté de l'idée que le rassemblement ne pouvait se faire autour du Parti communiste. Et, tirant la leçon du programme commun, pas non plus seulement par des accords entre partis politiques. Ainsi une pensée chemine sur la recherche de rassemblements inscrits dans le mouvement de la société elle-même. La liste de double parité prolonge cette réflexion-là.
Il y a plus. C'est le Parti communiste qui avait poussé pendant longtemps le plus loin la notion de parti politique organisé avec le centralisme démocratique. Au point que quand on parlait "du parti" chacun entendait parti communiste. C'est lui aussi peut-être qui avait poussé le plus loin la notion d'Etat, de solutions centralisées aux problèmes de la société avec la dictature du prolétariat, la planification et le parti dirigeant. Ainsi le parti qui a exploré jusqu'au bout la solution par en haut – même avec de bonnes intentions – se trouve peut-être aujourd'hui celui qui sent le mieux le sens de la crise politique, l'attente de citoyenneté et de démocratie.
En effet, les échecs et les impasses de toute une période ne montrent-ils pas qu'aucune avancée progressiste de la société ne peut se faire sans l'intervention et la maîtrise par le peuple lui-même ?
Peut-être se trouve-t-il ainsi à formaliser avant d'autres des réponses politiques à l'attente d'autre chose dans le rapport entre le pouvoir, les partis politiques et les citoyens.
Etonnant renversement que le parti considéré comme le plus sectaire se révèle le plus ouvert.
Et tant mieux si un signal est ainsi donné à ceux qui désespèrent de la politique et donc de la démocratie.
Et tant mieux si cela fait aussi du bien au Parti communiste. Après tout, son rayonnement et son influence sont nécessaires à la gauche pour qu'elle ne déraille pas, et à la société pour donner un sens et un espoir à tant de difficultés et tant de luttes. Et à l'Europe pour l'ancrer à gauche.

 

Bienvenue au nouvel Huma

Dans quelques jours, nous serons des centaines de milliers à aller acheter le nouvel Huma, avec attente, espoir, émotion. Et curiosité. Il y a dans ce moment que connaît la vie du pays besoin d'un grand journal de contestation de la société comme elle va, de relais de tout ce qui lutte, cherche, invente, et de construction d'un nouveau projet. Et puis un journal, c'est le plaisir de la découverte, c'est quelque chose de chaud. Enorme travail que représente l'invention d'un nouveau journal quand il s'agit du journal de Jaurès, du Front populaire et de la Résistance. Bonne chance !

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