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Exposition Par Julia Moldoveanu |
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| Les nouvelles de Roumanie frappent par leur loufoquerie, sinon par un grotesque incluant une bonne dose d'étrange, de miracle frôlant la fraude, de maladives cérémonies autour de la maladie du siècle prolongeant, dans une malédiction collective, le penchant vers le sordide et le sang des créatures à longues incisives qui hantent encore les encres... communicatives désabusées. Et encore, Eliade, et encore, Cioran, et encore, Anne de Noailles, et encore, Brancusi, et encore, Brauner, et encore Ionesco, et encore Tzara, et encore Istrati, et encore... |
| Comment un jeune artiste roumain peut-il sortir de ce sortilège ? Continuation ou rupture ? |
| Alexandra Gulea, jeune artiste roumaine, nous enfonce encore plus dans cette mythologie. Par une bizarre coïncidence, son exposition intitulée "Les chiens dans la ville" se trouve à côté du restaurant Le chien qui fume, rue du Pont-Neuf. |
| Le choix artistique d'Alexandra Gulea, c'est la continuité dans la rupture. Car il y a peu d'artistes peintres roumains qui aient eu le courage de s'emparer d'un sujet de société avec une telle force. Par peur de tomber dans la narration, par de vieilles craintes bien explicables d'un réalisme bien connu. Alexandra Gulea est libérée de ces craintes-là, car très jeune. Rien ne l'empêche donc d'approcher sans tabous ce sujet à la Une des journaux et surtout dans tous les cahiers de charges de la Mairie de Bucarest : après 1989, la prolifération des chiens errants met en danger la paix de la cité. Pullulement qui atteint les dimensions absurdes des Rinocéros de Ionesco. |
| C'est comme ça que l'artiste nous fait découvrir ce monde d'errance où l'animal et l'humain se répondent, dans un cauchemar de gris qui annoncent l'Enfer. Une suite dantesque d'êtres ambigus, vivant de fulgurances, une ville torturée torturant à son tour, un monde de douleur sans fin, de faim sans parole, de plaies et de capture. Le mystère de la rédemption filtre ça et là, dans un coin de lumière, une tache de couleur oubliée quelque part rappelant le sourire d'un enfant. La réalité nous tombe dessus dans cette agglomération d'êtres multipliés à l'infini, tous maintenus au premier plan. Il n'y a pas d'horizon, qu'une verticalité écrasante. Tous à la Une, "Les chiens de Bucarest", humains, trop humains, dans leur chienne de vie... |
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Alexandra Gulea,
"Les chiens dans la ville", Galerie du Pont-Neuf, 31, rue du Pont-Neuf, 75 001 Paris. Jusqu'au 5 mars. |
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