Regards Février 1999 - Vie des réseaux

Grève des internautes
Ecran noir


Internet reste un luxe pour un bon nombre de foyers français. Si le prix de l'abonnement à un fournisseur d'accès a considérablement chuté en quelques années (il est aujourd'hui d'environ 100 F pour une connexion illimitée), il n'en va pas de même pour le coût de la facture téléphonique qui l'accompagne. Combien d'internautes, oublieux du temps qui passe, ont dû payer des notes de plus de 1000 F à France Télécom ? C'est pourquoi, le 13 décembre dernier, la France a connu sa première "grève de l'Internet", à l'initiative de l'ADIM, "Association des Internautes Mécontents" (http://adim.citeweb.net ou http://altern.org/adim). Elle visait à protester contre les tarifs pratiqués par l'opérateur historique qui, un an après la déréglementation des télécoms, est toujours en situation de monopole sur les communications locales. Son succès, mitigé quant au nombre de grévistes qui peut être estimé à 10 %, tient avant tout au fait de la prise de conscience d'un certain nombre de politiques. On a vu ainsi le ministre de l'Economie, Dominique Strauss-Kahn, et le secrétaire d'Etat à l'Industrie, Christian Perret, réclamer à l'Autorité de Régulation des Télécoms (l'ART) "une solution qui soit à la fois respectueuse de la concurrence et plus favorable aux internautes".

De son côté, Laurent Fabius, président de l'Assemblée nationale, proposait, dans un entretien au journal Libération, le 8/1/99, un "forfait connexion de 100 F pour 100 heures par mois". Mais, plus largement, cette grève a révélé un paradoxe qui pourrait bien poser problème : tous les acteurs du secteur sont en effet favorables à une baisse des tarifs, des internautes aux ministres, des opérateurs aux fournisseurs d'accès.
Alors, pourquoi, devant un tel consensus, la situation n'évolue-t-elle que si lentement ? A l'aube de la grande explosion d'Internet en France, même France Télécom aurait tout intérêt à baisser ses tarifs. Le manque à gagner serait immédiatement compensé par l'arrivée de nouveaux abonnés. L'opérateur a même présenté des projets afin de réduire le coût des communications pour les utilisateurs du net. Mais l'ART les a refusés, au motif qu'ils constitueraient un abus de position dominante de la part de France Télécom.
Un opérateur qui désire s'installer sur le marché des communications locales, et donc de l'Internet, doit louer les lignes téléphoniques à France Télécom qui est propriétaire du réseau matériel. Or, si France Télécom baisse ses tarifs en deçà de leurs coûts, il empêche automatiquement d'autres opérateurs de s'installer sur ce créneau puisqu'ils ne pourront jamais rivaliser (on se souvient des tergiversations pour brancher tous les établissements scolaires l'an passé). Autrement dit : on refuse de baisser les prix au nom d'une concurrence qui n'existe pas.

Les internautes qui réclamaient un forfait à 200 F à l'image de celui de l'accès aux réseaux via le câble (qui n'est donc pas tributaire de la tarification téléphonique) risquent de devoir encore patienter. A moins que les fournisseurs d'accès ne prennent eux-mêmes l'affaire en main en payant une redevance à France Télécom pour l'utilisation des réseaux locaux. Ils pourraient alors proposer des forfaits incluant le service d'accès et les communications locales.
En attendant, la grève devait reprendre le 31/1/99. Une réunion, le 5/1/99, entre France Télécom et l'ADIM n'a, en effet, pas satisfait les représentants des internautes : "ni par les réponses directes à nos demandes ni par l'orientation générale de France Télécom en matière d'Internet." Les demandes tenaient en trois points principaux :
1. extension de Primaliste Internet ;
2. fin de la première minute indivisible ;
3. forfait Internet.
A suivre.

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