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Arts du temps Par Pierre Courcelles |
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| Rainer Rochlitz est de ceux qui ont pris part (et continuent de la prendre) au débat sur l'art contemporain. Philosophe de formation, c'est par l'esthétique qu'il intervient et qu'il tente de mettre un peu de raison dans la polémique. Entreprise qui peut paraître par avance perdue, les outils de l'esthétique étant incapables, pour certains critiques, historiens de l'art et philosophes même, de travailler les questions de l'art contemporain, voire de l'art moderne. On dispose aujourd'hui d'instruments variés (sociologiques, psychanalytiques, historiques, anthropologiques, techniques, etc.) qui, ensemble ou isolément, se substitueraient à l'esthétique que disqualifierait sa propension à établir des normes fondant le jugement esthétique. Plus précisément, l'esthétique, "refondée", peut-elle retrouver une part de son ancienne prééminence perdue au profit du jugement idiosyncrasique, ce dernier n'étant jamais que l'énoncé d'une "préférence personnelle pour une oeuvre ou un art" qui "ne relève pas de l'argumentation". |
| Dans le débat sur l'art contemporain, le jugement idiosyncrasique domine massivement et, libre de tout lien conceptuel, proclame volontiers son inouïe volonté de s'imposer comme modèle. On l'a vu, particulièrement, dans les calamiteuses contributions de Jean-Philippe Domecq aux dossiers ouverts par la revue Esprit sur l'art contemporain (en 1991 et 1992). En 1994, Rainer Rochlitz publiait une étude bien venue, Subversion et subvention. Art contemporain et argumentation esthétique (Gallimard, collection Essais, 1994, 238 p.). Aujourd'hui, c'est l'Art au banc d'essai. Esthétique et critique (1). Ce livre propose une prolongation et le développement de quelques éléments conceptuels du précédent, notamment ceux qui relèvent de l'expérience et de la connaissance esthétiques. C'est aussi l'occasion pour l'auteur de délimiter les champs d'intervention et les caractéristiques des discours de la critique (d'art) et de l'esthétique, après avoir dégagé les principes selon lesquels l'oeuvre d'art acquiert définition et statut. |
| Enfin, il apporte au débat un ensemble d'analyses critiques sur les théories et les thèses développées au cours des dix-vingt dernières années par trois philosophes américains : Monroe C. Beardsley, Arthur Danto (2), Nelson Goodman (3), et le Français Gérard Genette (4). A la lecture du livre de Rochlitz, on ajoutera deux autres. Celle de l'Intelligence du sensible. Essai sur le dualisme cartésien de Pierre Guenancia (5) qui comporte un très utile chapître sur l'idée de "représentation" chez Descartes : "L'idée et l'image". Celle de Modes d'emploi. Artistes de notre temps, de Werner Spies (6). Il s'agit d'un recueil d'articles publiés dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung par l'actuel directeur du Musée national d'art moderne-Centre Georges-Pompidou et qui a eu peu d'occasion de se manifester depuis sa nomination pour cause de fermeture de son musée. On y trouve examinés les travaux de plus d'une vingtaine d'artistes modernes et contemporains : de Max Ernst à Rebecca Horn. |
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1. Rainer Rochlitz, l'Art au banc d'essai. Esthétique
et critique. Edi.Gallimard/Essais, 1998, 473 p., 150 F. 2. Les ouvrages d'Arthur Danto sont publiés aux éd. du Seuil. Dernier ouvrage paru : Après la fin de l'art, 1996. 3. Les ouvrages de Nelson Goodman sont publiés aux éd. Jacqueline Chambon et aux éditions de l'Eclat. Dernier ouvrage paru : l'Art en théorie et en action, éd. de l'Eclat, 1996. 4. Les ouvrages de Gérard Genette sont publiés
aux éd. du Seuil. Dernier ouvrage paru : l'OEuvre
de l'art. Tome 2, La relation esthétique, 1997. 5. Ed. Gallimard/Essais, 1998, 380 p., 150 F 6. Edi. Gallimard/Art et Artistes, 1998, 217 p., 120 F. |