Regards Février 1999 - Lectures

L'esprit livres
L'édition 1998

Par Gérard Streiff


"Le nombre de titres parus en France bat des records en 1998", remarquait récemment le journal le Monde. Bonne nouvelle, dira-t-on, que cette production d'ouvrages qui n'en finit plus de progresser. Une hausse d'au moins 15 % sur 1997. Pour le seul mois de novembre sont sortis 3425 titres, 27 % par rapport à l'année précédente, 50 % sur 1993.

Or, dans le même temps, le chiffre d'affaires de l'édition française a stagné, même s'il s'est redressé au troisième trimestre 1998. Un redressement qui a concerné essentiellement le livre pour la jeunesse, les bandes dessinées, le poche et l'ouvrage pratique. En vérité, il s'est vendu plus de livres qu'en 1997 mais le prix moyen des ouvrages a baissé et le retour d'invendus (25 %) atteint un chiffre record.

Curieusement (?), les ventes les plus spectaculaires fin 1998 ont concerné le plus souvent des oeuvres – ou des auteurs – qui ont été l'objet de vives polémiques. La Domination masculine, de Pierre Bourdieu (Seuil) s'est vendue à 70 000 exemplaires ; Marguerite Duras, de Laure Adler (Gallimard) à 80 000 ; le roman de Marie Desplechin Sans moi (L'Olivier) à 100 000 ; et les Particules élémentaires, de Michel Houellebecq (Flammarion) à 230 000.

Toujours pour 1998, du côté de l'édition, le processus de concentration s'est accéléré. Si l'on recense 3 600 éditeurs, Havas et Hachette se partagent 50 % du marché et 180 éditeurs produisent 75 % des nouveautés.

Le secteur des sciences humaines et sociales traverse une période difficile. Si des "petits" comme La Découverte ou Syros se sont fait absorber par Havas, des maisons plus cossues comme les PUF flirtent aussi avec la crise : entre 1990 et 1997, le nombre d'exemplaires vendus par titre est passé de 5762 à 3509, soit une chute de 40 %.

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