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Planète livres Par François Mathieu |
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| Soyons curieux ! |
| Les clichés et autres préjugés sur l'Allemagne ont la peau dure et leurs relais sévissent partout, y compris là où l'on attend plus d'intelligence. Quand, dans l'hebdomadaire de François Cavanna, Charlie Hebdo, brocardant l'autre chef du FN, Luz ne trouve pas mieux que de lui placer dans la bouche les répliques: "Danke, merci" et "Je suis Herr Bruno Mégret, vous entendez!" , il entretient l'idée si profondément ancrée dans l'inconscient de nos concitoyens : Allemands = extrême droite ... pour ne pas dire autre chose! |
| Dans un livre, dont le titre va malencontreusement à l'encontre de son projet – Pour en finir avec l'Allemagne – le journaliste Bernard Brigouleix entreprend de démonter une à une ces petites phrases que véhicule notre inconscient, quand ce n'est pas notre conscience. Il s'attaque ainsi aux idées que l'Allemand serait notamment belliqueux et militariste, nostalgique d'un passé antidémocratique, qu'il aurait "un certain goût de l'ordre", qu'il serait beaucoup plus "travailleur" que d'autres. Et démontre – avec de grandes connaissances et beaucoup de sympathie – que l'Allemagne et les Allemands, leurs réalités politiques, économiques et culturelles, sont tout, sauf ce que nous dictent des fantasmes hérités de nos aïeux. Cela ne va pas, en particulier quand l'auteur entre dans les explications politiques, sans certains côtés irritants auxquels nous ont habitués Alfred Grosser, Joseph Rovan et une germanistique française majoritaire qui s'est faite le truchement béat des gouvernements ouest-allemands successifs. Mais qu'importe, Bernard Brigouleix nous donne force matière à satisfaire notre curiosité, une curiosité qui seule peut nous aider à dépasser un peu nos préjugés. |
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Bernard Brigouleix,
Pour en finir avec l'Allemagne, Gallimard, 170 p. 75 F |
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