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Festival du vent
Par Daniel Herrero et Néry |
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Voir aussi Nouvelles du vent |
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A Calvi, chaque année, fin octobre, Festiventu propose ses ébats (aériens et nautiques) et ses débats, colloques, expositions à propos du vent.
600 artistes, sportifs et scientifiques échangent leurs savoirs et leurs talents devant un large public.
Musique, théâtre de rue, rencontre de plasticiens, espace d'animations pour les enfants autour des thèmes de l'air et de l'imaginaire, le Festival du Vent privilégie aussi l'environnement et les technologies nouvelles.
Nous en avons...
vent grâce à Daniel Herrero, le rugbyman-poète, et au chanteur Néry.
Dans la baie de Calvi (vrai, le soleil dût y naître !) les vents et leurs serviteurs, " connexionneurs " et ventilés du bocal prennent langue sous les arbres graciles de la pinède. Un souffle mal répertorié, sorte de turbulence généreuse, oriente les pas des sportifs et des scientifiques vers les palanquées d'enfants avides de rêves qui batifolent dans la clairière bombée de la Padule. Ici, des acrobates, des cerfs-volants facétieux, des abeilles sans dard, des montgolfières nonchalantes vous mettent la tête en bas et les sens dessus dessous. Ici les explorateurs de tous les astres tiennent conciliabules et joutes oratoires pendant qu'ailleurs, dans une bulle, sur la terrasse ou sur le zinc de Saint Thomas, on " phosphore " sur les sautes d'humeur des anticyclones ou sur l'efficacité des gréements millénaires des barques d'antan. Pourtant le Festiventu à Calvi, cette année plus que jamais amouraché du Libecciu, ne serait pas cette fête rare sans les liens sans cesse tissés par des musicos et des saltimbanques au talent ciselé et aux coeurs d'or. Infatigables, intarissables, ils accompagnent les pathétiques moments où l'on doit choisir... son apéro, mais aussi les courtes nuits des festivaliers adorateurs d'Eole. Le Festiventu est un repère accueillant, ouvert aux contrebandiers des habitudes et aux agresseurs de neurones assoupis. il ouvre fièrement sa porte aux apôtres les plus impertinents des soirées de folie. Oui... ici, les hommes ne se reposent guère et festoient copieusement ! Le partage et la convivialité marquent chaque jour et même chaque nuit où une armée de maigrichons humoristes aux doigts agiles sourit de tout et de n'importe qui. Le Festiventu 98 fut un cru madré et pétillant qui laisse longuement en bouche de belles conversations. Bien sûr, il fut corsé, grâce à cet assemblage original de talents et de saveurs venus de tous les terroirs. Et puis, comme un regard éperdu jeté sur les palombes blanches qui traversent les cols de Balagne, on célébra le cinquantième anniversaire de la déclaration des droits de l'Homme en compagnie des citoyens du monde de la Fédération internationale des droits de l'Homme. Mais n'oublions qu'il fallait pour le " tout possible " et l'écoute optimale la ténacité hors norme d'une équipe franche drivée aux coeurs et aux tripes par Serge Orru et François Cavanna, éternels archers des ferveurs humaines. Cette année, comme toujours, il fut de droit pour chacun d'offrir ses maigres richesses en retour de ce que la Corse offre d'éclats lumineux et de parfums d'hospitalité... si loin des odeurs de poudre ! Daniel Herrero
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Bulles d'orage
Viens en Corse à Calvi y'a des gens un peu dingues qui organisent un Festival du Vent, des cerf-volistes, des musicistes, des scientificistes, des parapentistes, des théâtristes et des graphistes... " Houlala ! Qu'est-ce que c'est que ce rendez-vous de babs dans cette ville que je ne connais pas, il va encore y avoir de la massue et du djembé ! ? Allons voir il paraît qu'il y a du soleil. C'était en 1992. J'imaginais une immense falaise au-dessus de la mer, du soleil et des gens souriants, penchés dans le vide et qui lançaient des tas de trucs dans le vent: des poèmes, des cerf-volants, une brosse à cheveux et des feuilles d'impôts transformées en avion. Quand je suis arrivé, il n'y avait pas de falaise mais il y avait la mer, des dunes, du vent tiède et des gens très très concentrés qui préparaient le plus sérieusement du monde des trucs de dingues: des bulles d'orage, des conférences sur les voiles solaires, des trapèzes qui vous donnent le vertige, moi je venais chanter et je me sentais tout petit ! Je me souviens d'un soir où nous étions un grand nombre installés en bordure de la pinède où, ruchonnant autour d'une marmite de sangria, nos rires s'élevaient. Soudain une voix s'exclame: " Levez les yeux, regardez, vous voyez le point lumineux là haut dans le ciel ?... eh bien, c'est la station Mir ! " " Comment il sait ça, lui ? " " Ben c'est tout simplement le gars qui l'a envoyé là-haut !! " " Non !!!??? " " Vladimir Smirniennikov ou koffff, je sais plus bien mais en tout cas c'est lui ! " Néry : |
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Nouvelles du vent
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Comment écrire le vent ? La mer, la terre, les escales et les traversées ? Comment ouvrir la grenade-univers pour réinventer le monde et tout ce qu'il contient, pour nous réinventer ?
Edmond Agabra nous entraîne dans le sillage du vent, avec le don d'un conteur oriental devenu clairvoyant à l'école de la caméra.
Un voyage hypnotique où langage et image n'en font qu'un, où les cerfs-volants captent une énergie venue d'ailleurs pour nous la rendre sous la forme resplendissante de ses nouvelles.
Les contraintes du genre ne lui font pas peur et l'on sort de ce voyage heureux que l'Aventure n'a jamais été abolie...
Dans ses villes sans nom, ses ports de fortune " que le vent tient dans sa main modelant leur paysage ", déversant sur leurs habitants des rêves fous, " mistral, tramontane et sirocco, fils d'Ouranos ou de Typhon " jouent avec le destin des hommes.
Voici le quartier des affaires, au moment où il perd " sa lumière comme un blessé son sang ", à la fermeture des bureaux.
La fiancée du vent n'est pas loin, vieille femme seule dans un sous-sol sordide, à qui le vent fou a arraché tous les êtres chers.
Des personnages énigmatiques multiplient les points de vue, le pragmatique américain Jeremy Jefferson dit Bubble bâtit son royaume des courants d'air dans l'industrie de l'éphémère ballon, Cholem et Hannah, émigrés russes en Israël, font leurs premiers pas sur la terre sainte, Louisette vit sa pénitence dans une cuisine peuplée de crabes, Pierre se meurt sous le vent glacé de l'hiver, devant sa porte bleu de ciel, bleu de mer...
Et qu'est-ce que deux fenêtres folles amoureuses l'une de l'autre peuvent se dire ? Rien d'insensé.
Un seul mot peut résumer ce recueil où l'étrange hante le quotidien: l'émerveillement.
Gardons nos yeux grands ouverts sur ce monde comme une grenade, car c'est notre " regard qui donne un sens au monde ".
Julia Moldoveanu.
Edmond Agabra, la Grenade de monsieur M., l'Harmattan littératures, 1998.
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