Regards Janvier 1999 - Vie des réseaux

Brèves

Par Pierre Courcelles et Xavier Delrieu


Depuis l'avènement du multimédia, les néologismes vont bon train.

Cependant, de plus en plus de substantifs sont empruntés à l'anglais. Deux principales raisons à cela: tout d'abord, nous ne sommes pas de grands créateurs de mots, à l'inverse de nos cousins du Québec, ensuite les puristes de notre langue réagissent presque toujours avec retard, bien après l'adoption par le grand public, lorsqu'une nouvelle technologie voit le jour. Ordinateur, qui n'a jamais été remplacé par computer, pourrait donc bien rester une rare exception.

 
L'argent du football commence à sérieusement agacer TF1 et Canal Plus.

Les deux chaînes privées dénoncent l'utilisation des images qu'elles ont très chèrement acquises par France Télévision. Le " droit à l'information " permet en effet à une chaîne de diffuser gratuitement une minute et demie de deux rencontres d'une journée de Championnat de France. Or Stade 2 sur France 2 ne s'en prive pas. Ce n'est pas tout: les droits télé de la Ligue des champions que deux clubs nationaux disputent (bientôt trois), connaissent une envolée spectaculaire que TF1 voudrait bien partager. Le problème n'est pas spécifique à la France, RTL Allemagne annonce que le football lui fait perdre près de 170 millions de francs par an...

 
14% des Français, c'est-à-dire 6,1 millions, se sont déjà connectés à Internet.

Soit une hausse de 2% en six mois. Il ne s'agit pas encore du spectaculaire décollage annoncé que nous devrions connaître cette année, mais nous sommes sur la bonne voie. Les connexions à partir du lieu de travail étant encore très importantes, près de la moitié, 2,4 millions de personnes, n'utilisent les réseaux que pour la fonction e-mail. Ceux qui se connectent sur le web le font avant tout pour effectuer des recherches, s'informer sur un produit ou consulter l'actualité.

 
Trois millions de particuliers ont souscrit à la deuxième tranche de l'ouverture du capital de France Télécom.

Ce succès devrait rapporter 36 milliards à l'Etat et 23 à France Télécom. Quelques chiffres peuvent expliquer cet engouement. Vendue 182 F l'an passée, l'action culminait à 498,50 F à la fin du mois d'août avant de retomber à 370 F, juste après la crise du début d'automne. Une bonne affaire donc qui a encouragé le public à casser à nouveau sa tirelire, même s'il y a de fortes chances pour que l'action ne connaisse pas une envolée similaire. Mais, à un prix de 390 F, l'action France Télécom reste une valeur sûre.

 
Alors que la guerre entre France Télécom et ses concurrents est repartie de plus belle à propos des tarifs d'interconnexions

que pratique l'opérateur historique, il est au moins quelques personnes à s'intéresser à tous ceux qui n'ont pas encore cédé aux sirènes du portable. Jean-Michel Hubert, président de l'Autorité de régulation des télécommunications, s'est en effet prononcé pour une baisse des tarifs entrants, c'est-à-dire ceux passant d'un téléphone fixe vers un mobile. Il n'est en effet pas tout à fait normal que ceux qui ne possèdent pas de portables financent en partie une bataille de tarifs sans en tirer quelques avantages.

 
Le cauchemar de tous les comptables vient de commencer: l'euro est aujourd'hui une réalité.

Ce n'est pas tant le changement de monnaie qui vient bouleverser des habitudes, mais plutôt cette période de transition de trois ans. Petit florilège des complications attendues: la parité entre monnaie et euro comporte six chiffres; après une conversion francs/euro, il est impossible de faire machine arrière puisqu'il y a des arrondis; il faut convertir les francs en euro si l'on veut acheter du dollar ou du yen, bon nombre de logiciels devront donc être totalement réécrits... En conséquence de quoi, 44% des entreprises ne se sentent pas prêtes pour l'euro.

 
Ouvert le 19 octobre dernier, le procès intenté par la justice américaine contre Microsoft continue,

et Bill Gates vient de marquer un point: l'un des vingt Etats américains engagés dans le procès, la Caroline du Sud, a renoncé à poursuivre son action. L'Attorney General de cet Etat a, en effet, jugé que l'acquisition de Netscape par AOL (voir article plus haut) montrait que la concurrence sur Internet était réelle et qu'il n'y avait donc plus d'objet à sa plainte contre Microsoft pour abus de position dominante. C'est aussi l'opinion de Bill Gates qui a déposé auprès du juge chargé du procès une demande d'assignation de documents concernant cette fusion.

 
Patrick Bloche, député socialiste de Paris, a remis, le 7 décembre dernier, le rapport que lui avait commandé Lionel Jospin

sur la présence de la France et de la francophonie dans la société de l'information. L'une des propositions de ce rapport poétiquement intitulé " Le désir de France " vise à renforcer " l'offre publique de contenus et de services sur Internet ". Ainsi, l'Etat est incité à lancer " quelques actions visibles telles l'Encyclopédie du XXIe siècle, l'exposition universelle numérique [...] des villas Médicis du XXIe siècle consacrées aux technologies de l'information ", ou encore une " grande base de textes littéraires français ", ainsi que la " totalité du droit français ".