|
Accords
Par Odette Casamayor |
|
Voir aussi Insistance européenne , Fidel Castro et la globalisation |
|
Le mois prochain, les pays (1) de la région Caraïbes adhéreront à un accord de libre échange, excepté Haïti et Cuba.
Adhérents ou pas, les gouvernements de ces pays souhaitent organiser régionalement leurs relations.
L'union économique dans la Caraïbe ne devrait plus tarder.
Une réponse urgente aux pressions de l'Union européenne, qui entend repenser ses rapports avec les pays en voie de développement.
La réunion de chefs d'Etat du Cariforum, célébrée du 20 au 22 août dernier à Saint-Domingue (République dominicaine), a été placée sur le signe de l'intégration caribéenne. Thème central: la définition d'une stratégie commune face aux pressions exercées par les pays industrialisés afin de changer la politique de coopération commerciale. Les participants au Cariforum ont déclaré leur intention d'oeuvrer pour que les accords de Lomé IV, dont le terme est prévu pour février 2000, demeurent inchangés et soient prorogés. Ils ont précisé que la libre entrée de produits européens dans les territoires ACP doit être négociée avec une augmentation du montant de l'aide financière aux projets d'industrialisation. Et ce, afin que l'agriculture et l'industrie de ces pays sous-développés puissent supporter la concurrence avec les produits européens. Mais c'est la signature de l'accord de libre-échange entre la République dominicaine et le Caricom qui constitue le résultat le plus probant de la réunion des nations caraïbes.
|
|
Une stratégie commune face aux pressions des pays industrialisés
Cet accord, effectif à partir du 1er janvier 1999, une fois approuvé par le Congrès des pays concernés, favorisera l'intégration de 14 millions de consommateurs. De plus, toutes ces nations ont décidé de voter d'une même voix dans les assemblées des grandes organisations internationales: ONU, Unesco, Organisation des Etats américains (35 membres). C'est sans conteste un pas très significatif vers la consolidation d'une union économique dans la Caraïbe. Un projet qui rencontre une grande résistance, issue non pas de conflits militaires, religieux ou ethniques, mais de l'isolement et de la méconnaissance commune dans lesquels ont historiquement vécu les peuples caribéens, à la différence de l'Afrique. L'heure de surmonter ces obstacles, produit de longs siècles de colonialisme, est sans doute arrivée.
|
|
25 millions de consommateurs potentiels
Des accords comme celui de Saint-Domingue contribuent à éliminer des préjugés, comme ceux de la langue et de la culture, qui s'interposent entre les nations des Caraïbes et retardent leur intégration. " C'est maintenant que nous nous rendons compte qu'il y a beaucoup plus de choses qui nous unifient que de choses qui nous séparent ", a reconnu le secrétaire général du Caricom, Edwin Carrington. D'autre part, les chefs d'Etats réunis à Saint-Domingue ont soutenu et approuvé unanimement l'admission de Cuba au sein de l'association des nations caraïbes. Sur ce plan-là, Kenny Anthony, président du Caricom, considère que, dans le processus d'intégration de la Caraïbe, " la présence de Cuba est un élément vital ". Le plus grand défi auquel se heurte actuellement le gouvernement cubain, c'est son absence dans tous les processus d'intégration qui se mettent en place dans la région. M. Carrington a précisé que les nations caraïbes restent attentives à l'ouverture politique cubaine, mais rejettent toute politique d'isolement envers la plus grande île des Caraïbes. De son côté, le président dominicain, Leonel Fernández (en poste depuis 1996), qui vient de rétablir les relations diplomatiques avec Cuba en avril dernier, ne rejette pas l'idée de l'établissement d'un traité de libre-échange entre les deux Etats. Il considère que la République dominicaine et Cuba sont en mesure d'entamer un tel engagement, malgré leurs différents systèmes économiques. Des échanges commerciaux à caractère informel ont régulièrement lieu entre Cuba et d'autres pays de la Caraïbe. Avec la République dominicaine, ces opérations atteignent 60 millions des dollars par an. Fidel Castro a encouragé les pays présents à la réunion du Cariforum à investir dans le tourisme cubain, dont le développement exige des infrastructures toujours plus performantes. Aujourd'hui, le tourisme représente quelque 18% des recettes d'exportation de Cuba. Le " líder maximo " a tenu également à rassurer ceux qui voyaient en Cuba un dangereux concurrent en matière de tourisme. Il a précisé que son pays n'entrera pas en concurrence avec ses futurs partenaires commerciaux et que le tourisme à destination multiple pourrait devenir le moteur propulseur de l'intégration régionale. L'intérêt des pays des Caraïbes pour l'incorporation de Cuba aux systèmes d'intégration de la région est partagé par l'Union européenne, qui lorgne avec gourmandise sur les onze millions de consommateurs de la grande île (en plus des 14 millions du Cariforum, soit un potentiel total de 25 millions de consommateurs). Les Cubains, c'est une première, ont été invités aux réunions sur l'avenir de la Convention de Lomé qui a eu lieu en septembre à Bruxelles. |
|
1. Sauf Porto Rico (Etat libre associé aux Etats-Unis) et les départements français d'outremer. Petit lexique. Caricom: Marché commun de la communauté de la Caraïbe. Ses membres sont d'anciennes colonies britanniques (Antigua et Barbuda, Bahamas, Barbade, Belice, Dominique, Jamaïque, Grenade, Guyana, St Kitts & Nevis, Ste. Lucie, St. Vincent et Grenadines, Trinidad & Tobago), sauf le Surinam, qui a été récemment accueilli au sein du Caricom. Le Cariforum est intégré par les Etats bénéficiaires de la convention de Lomé IV: les pays membres du Caricom, Haïti et la République dominicaine. Lomé: La convention de Lomé a été établie en 1975 et modifiée en novembre 1995. Elle permet aux quinze nations caribéennes signataires (le Cariforum) la libre entrée dans l'ensemble des pays de l'UE de la majorité de leurs produits. Ils bénéficient également de l'aide financière de l'Europe pour leurs projets du développement.
|
|
Insistance européenne
|
|
Au printemps 1998, la commission européenne a reconnu l'échec des vingt dernières années d'échanges commerciaux et de coopération avec les pays ACP (71 pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique), au cours desquelles une culture de la dépendance s'est sub- stituée au développement industriel.
L'Europe cherche à redéfinir ses relations avec le monde sous-développé et propose une révision radicale de la convention de Lomé, signée en 1975 et déjà modifiée en 1995.
Les politiques de coopération et des aides au développement cèdent progressivement la place aux nouvelles propositions, présentées par quelques ministres des Affaires étrangères européens qui prônent une plus grande ouverture des marchés des pays ACP aux produits de l'Union européenne.
Panique chez les ACP ! Cette nouvelle politique européenne se traduit par l'encouragement à la création de zones de libre commerce inter-régionales en Afrique, Caraïbe et Pacifique prévues pour l'an 2005.
C'est ainsi qu'il a été demandé aux pays africains de s'organiser en cinq régions de libre commerce.
Ironie de l'histoire: cela rappelle fâcheusement la politique menée par le chancelier allemand Bismarck en 1884, qui a conduit à la division de l'Afrique, ce qui a simplifié et accéléré sa colonisation.
La redéfinition des relations de l'Europe avec le monde sous-développé constitue un important défi pour les ACP qui se trouvent ainsi obligés d'avoir recours à l'intégration régionale.
Mais, comment mettre en place ces projets dans des pays où les problèmes historiques, économiques et sociaux, ethniques et religieux ont creusé des abîmes pratiquement infranchissables ?
|
|
Fidel Castro et la globalisation
|
|
Invité comme observateur, le président cubain a expliqué, dans son allocution au Cariforum, que la globalisation " est inévita ble ".
Mais il a précisé qu'il n'est pas encore trop tard pour opérer une transformation qui permette " la survie de l'espèce humaine ".
Le " líder maximo ", qui s'apprête à fêter dans quelques semaines le 40e anniversaire du triomphe de la Révolution, a reconnu qu'il ne s'agit plus simplement d'un enjeu idéologique, mais de sauver l'humanité, menacée par la globalisation et le néolibéralisme.
Fidel Castro a souligné que l'aide au développement aurait pu atténuer les " effets nocifs des tendances actuelles de l'économie mondiale " sur les pays pauvres.
Par ailleurs, il a rappelé que la prétendue réciprocité commerciale représente une injustice historique.
Dans le monde actuel, où la Caraïbe affronte le danger de la marginalisation, les pays riches tentent de transformer les plus pauvres et les plus petits en d'immenses zones franches, a-t-il précisé.
Le leader socialiste a aussi évoqué la grande crise économique qui menace les Etats-Unis, et dont les conséquences, selon lui, " seront encore plus graves que celles de la terrible dépression économique de 1929 ".
D'ailleurs, elle atteindra tous les pays du monde, en raison des ravages de la globalisation.
Visionnaire et apocalyptique comme Don Quichotte, Castro a conclu: " ces événements se succèdent à une vitesse surprenante et personne n'est préparé pour les éviter, car on ne prête pas assez d'attention aux véritables problèmes de l'Homme ".
n O.
C.
|