Regards Janvier 1999 - La Planète

Algérie
Un dollar par jour, en moyenne, par Algérien

Par Pierre Barbancey


Entretien avec Hamed Aït Amara*

Plan d'ajustement structurel, privatisations, licenciements... Quelle est la situation économique de l'Algérie ?

 
Hamed Aït Amara : La chute des prix du pétrole remet en cause, comme en 1986, les équilibres économiques de l'Algérie et fait peser la menace d'une nouvelle aggravation de la crise économique et sociale.

La situation sociale résulte du plan d'ajustement mis en place en 1995 au moment du réajustement pour lever la contrainte du remboursement. Ces rééchelonnements sont assortis de conditions qui sont, en réalité, un véritable programme de libéralisation, d'ouverture économique, de privatisations et de réduction budgétaire. Tout cela a entraîné une baisse considérable des revenus réels de la population. Environ la moitié des revenus ont été réduits par les programmes d'ajustement.

Ces programmes prévoyaient également des restructurations industrielles, en réalité la fermeture d'un certain nombre d'entreprises, des licenciements de centaines de milliers de salariés. Tout cela a amené la détérioration de la situation sociale.

Les autres paramètres comme la santé, l'habitat ou la consommation d'une façon générale, ont régressé et ont plongé des couches très importantes de la population dans la pauvreté. La moitié de la population algérienne se trouve au seuil de pauvreté, avec un dollar par jour. C'est une situation sociale grave.

 
L'Algérie a-t-elle les possibilités, les moyens de suivre une autre voie ? Peut-elle s'en sortir ?

 
H. A. A. : Le poids de la dette est considérable. L'encours de la dette est passé de 20 milliards au milieu des années 80 à 31 milliards de dollars vers 1997-98. La croissance du stock de la dette n'a évidemment pas empêché le transfert de sommes considérables vers l'extérieur, au titre du paiement de la dette, réduisant les possibilités d'investissements du pays, réduisant ses ressources, de telle sorte que la machine économique n'a pas pu être relancée. Nous sommes dans une période de récession. C'est la conséquence de l'ajustement. Il était facile de stopper la machine, mais, maintenant, il est beaucoup plus difficile de la faire redémarrer. Dans le même temps, la situation sociale s'est dégradée: le système éducatif, la santé... Avec la perspective d'une nouvelle chute du prix du pétrole, il est à craindre que, d'ici deux à trois ans, une situation identique à celle de 1986 se reproduise.

 
La France et l'Europe peuvent-elles jouer un rôle positif pour le redémarrage de l'économie algérienne ?

 
H. A. A. : La France et les pays européens doivent prendre conscience que cette dette étrangle le peuple algérien. Qu'elle freine le redémarrage de l'économie, le redémarrage de la demande. Dans une certaine mesure, cela rejaillit sur les possibilités d'exportation des pays riches. La dette a donc aussi des répercussions négatives sur les pays industrialisés qui se privent de débouchés, des possibilités d'aider au développement des pays du Sud qui apporteraient une amélioration des rapports Nord-Sud.

 


* Universitaire algérien, économiste et sociologue.

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