|
Moyen-Orient
Par Isabelle Avran |
|
|
|
"Objectifs atteints", annoncent Londres et Washington, "Victoire" pour Bagdad...
Après quatre jours de bombardements intenses contre l'Irak, le bilan était bien difficile à établir.
Washington et Londres parlent de "cibles militaires" et de "mission accomplie".
Bagdad évoque de son côté 73 morts, des centaines de blessés, et la destruction de sites civils - tels des hôpitaux et des maternités - et économiques.
L'ambassadeur d'Irak aux Nations unies évoque, lui, des milliers de victimes.
Qu'en est-il précisément ? Et qu'en est-il des bilans politique, diplomatique, militaire, de la stratégie des Etats-Unis et de leurs alliés britanniques ? Mesurer le sens et les conséquences de l'opération "Renard du Désert" implique de s'interroger sur les objectifs réels et multiples de Washington en Irak et dans la région.
Au-delà de l'avenir de l'Irak, celui des relations entre les Etats-Unis et le monde arabe est en jeu, comme celui du processus de paix israélo-arabe, et également du mode de décision internationale dès lors qu'il s'agit de sécurité.
Les raids américains s'inscrivent dans une série de coïncidences de calendrier. L'agenda de politique intérieure américaine, comme l'a souligné la presse quasi unanimement, et les menaces de destitution pesant sur le président William Clinton; mais aussi et surtout l'agenda des Nations unies et de son conseil de sécurité; celui du processus de paix israélo-palestinien, puisque l'annonce des bombardements contre l'Irak est intervenue au lendemain du voyage du président américain en Israël et en Palestine; celui du monde arabe et plus généralement musulman, alors qu'a débuté le 19 décembre le mois de Ramadan. Les Nations unies, tout d'abord. Son secrétaire général, Kofi Annan, n'a pas hésité à évoquer, à l'annonce des raids américano-britanniques, " un triste jour pour les Nations unies et le monde ". C'est en effet alors que le conseil de sécurité se réunissait le 16 décembre pour analyser le rapport du chef de la Commission spéciale des Nations unies (Unscom) chargée du désarmement de l'Irak, Richard Butler, que ses membres ont appris incidemment, sur CNN, le choix unilatéral et sans consultation de Washington et de son allié britannique. Un choix qui fait fi de la réunion à venir du Conseil de sécurité, de ses délibérations et de ses éventuelles décisions, et qui fait fi également de la voie diplomatique préservée par la communauté internationale.
|
|
Un choix qui fait fi de la réunion à venir du Conseil de sécurité
C'est sur la base des conclusions du rapport de Richard Butler que William Clinton a décidé de bombarder l'Irak. Un rapport que Richard Butler, au mépris de son statut et de ses mandants, aurait remis au président américain deux jours avant de le transmettre au conseil de sécurité. Faut-il voir dans cette primeur peu conventionnelle un signe d'allégeance ? Toujours est-il que nombre d'inspecteurs accusent Richard Butler, nommé à la tête de l'Unscom en juillet 1997, de faire de longue date le jeu de Washington qui annonce depuis plusieurs mois le recours à la force comme inéluctable, et de préférer l'arrogance du vainqueur au dialogue et à la persuasion dans la gestion des relations avec les autorités irakiennes. Son dernier rapport, écrit sans aucune consultation avec ses collaborateurs, met en avant une absence totale de coopération de l'Irak avec les représentants des Nations unies, depuis la dernière crise, à la mi-novembre. En fait, de quoi s'agit-il ? De la mise en exergue de trois incidents sur cent trente inspections. Cela suffit-il à justifier des bombardements ? Oui, a répondu William Clinton, qui affirme s'appuyer sur une précédente résolution du conseil de sécurité des Nations unies autorisant l'usage de la force et les frappes aériennes. Curieuse référence au droit international, puisque le président américain a préféré éviter de solliciter l'opinion et l'aval des membres du même conseil de sécurité sur la validité actuelle d'une telle résolution. Quant aux réalités militaires de ce choix, elles demeurent à démontrer.
|
|
Crédibilité, intérêts stratégiques, installation durable dans le Golfe
Car les inspecteurs de l'Unscom le soulignent: l'Irak, quelles que soient les velléités guerrières et expansionnistes du régime militaire au pouvoir, est l'un des pays les moins armés, les moins menaçants et les plus contrôlés de la région. En six ans, le prédécesseur de Richard Butler, le Suédois Rolf Ekeus, est parvenu à un résultat remarquable. Aujourd'hui, l'Irak ne possède plus de possibilités d'armement nucléaire; l'Unscom a réussi à démanteler son potentiel d'armes de destruction massive. Quel est donc le " succès " militaire dont se réjouissent Washington et Londres après quatre nuits de bombardements en quatre cents missiles officiellement tirés sur les sites contrôlés par les inspecteurs ? Et quels étaient les réels objectifs américains, au-delà, donc, des références de William Clinton à la résolution onusienne ? D'abord, la crédibilité. Un diplomate américain le souligne, à force de crier au loup et de menacer de frapper l'Irak sans passer à l'acte, la superpuissance américaine risquait de passer pour un " tigre de papier ". Il fallait donc que le tigre, qui entretient dans la région plus de 20 000 hommes et plusieurs bâtiments de guerre, montrât ses griffes. Mais il ne s'agit pas que de crédibilité, par ailleurs mise à mal par l'afflux des critiques. Au moins aussi fondamentaux pour Washington: ses importants intérêts stratégiques dans la région. Des intérêts clairement apparus en janvier 1991 lors de la dernière guerre du Golfe. Six mois plus tôt, le 2 août 1990, après huit années de guerre contre l'Iran dont il sortait épuisé, l'Irak envahissait le territoire de son voisin koweïtien. Espérant s'assurer un débouché maritime dans le Golfe, Bagdad entendait également affirmer son leadership régional et peser sur les orientations de l'OPEP. Saddam Hussein, qui avait bénéficié du soutien de son allié soviétique comme de ses alliés occidentaux dans sa guerre contre l'Iran, et, au passage, du silence complice de la communauté internationale lors des massacres - et gazages - des populations kurdes, ne s'attendait évidemment pas à devenir le premier coupable désigné par les nouveaux promoteurs du nouvel " ordre international " de l'après-guerre froide, au nom d'un nouveau " droit international ". C'était compter sans les réorientations de la stratégie américaine. Tout d'abord, Washington ne voulait pas d'une réévaluation de la politique de l'OPEP, et surtout pas au profit des pays producteurs fortement peuplés qui, comme l'Irak, ont besoin d'exporter au plus fort taux. Sept ans et demi plus tard, cette option américaine est toujours en vigueur, et concerne tout spécialement cette région du monde qui recèle environ les deux tiers des réserves mondiales de brut. Mais de plus, Washington envisageait alors d'investir largement le marché régional et en particulier de trouver des débouchés pour son industrie d'armement. Les velléités expansionnistes du dictateur de Bagdad lui en avaient alors fourni le prétexte: la guerre du Golfe avait permis à Washington de faire financer par les riches Etats du Golfe - notamment le Koweït et l'Arabie Saoudite - le coût de son engagement militaire, de leur imposer l'achat d'armement dont ils n'ont par ailleurs aucun besoin puisque, troisième gain de la guerre du Golfe, les forces américaines se sont installées de manière durable dans la région. Autant d'objectifs qui demeurent aujourd'hui. Les récentes manoeuvres israélo-turco-américaines en Méditerranée, permises par les accords de coopération militaire israélo-turcs et auxquels les Etats-Unis ont tenu à associer la Jordanie, témoignent aussi de cette maîtrise militaire. Mais l'ensemble de ces objectifs imposent d'autres impératifs. D'une part, la nécessité de donner des gages à ces Etats arabes, tout en assurant une relative sécurité de la région. C'est l'un des principaux objectifs des négociations israélo-arabes qui se sont engagées en octobre 1991, même si celles-ci s'épuisent aujourd'hui sans perspective. D'autre part, la nécessité d'étouffer toute velléité hégémonique de l'ancien allié irakien. Saddam Hussein gêne évidemment Washington. Non pas tant du fait de son régime de dictature, dont les démocraties occidentales se sont accommodées quand Bagdad guerroyait contre l'Iran, ou s'accommodent sans complexes dans d'autres régions du monde. Mais parce qu'il est incontrôlable. D'où la volonté d'affaiblir coûte que coûte l'Irak. Plus de sept années d'embargo et de sanctions ont en effet asphyxié l'économie du pays et épuisé toute la population, seule punie des crimes reprochés au régime. Mais ces années n'ont pas pour autant affaibli Saddam Hussein. Les conséquences dramatiques des sanctions imposées après la guerre ont au contraire renforcé le consensus national.
|
|
La population seule punie des crimes reprochés au régime
Les récents raids de Washington visaient-ils à déstabiliser Saddam Hussein ? Apparemment, cet objectif n'est pas atteint: au lendemain des bombardements, Saddam Hussein crie victoire et rend hommage au courage de sa population et à la solidarité des peuples voisins. L'opposition irakienne elle-même a condamné les raids. Les Etats-Unis envisagent-ils l'émergence d'un nouvel homme fort plus favorable à leurs intérêts ? Ils le savent: l'opposition chi'ite, au Sud, et kurde, au Nord, de même que ses représentants en exil, est affaiblie et divisée. Même si Londres et Washington continuent à la financer massivement, ils savent qu'elle a perdu une grande part de sa crédibilité. En partie d'ailleurs pour cette raison. En revanche, sans renoncer à cette carte, multiplier les représailles contre l'Irak, frapper la garde rapprochée de Saddam Hussein en mettant en accusation la politique de l'homme fort de Bagdad, c'est peut-être aussi faire le pari de la division au sein des proches du régime et au sein de l'armée, pour que se révèle, à terme, l'homme " providentiel ". Pari à haut risque. Pour l'Irak et sa population, bien sûr. Mais aussi pour toute la région. L'avenir de l'Irak est on ne peut plus incertain. Washington et Londres continuent à faire peser sur Bagdad la menace de nouvelles frappes aériennes. Certes, ils sont loin d'avoir fait l'unanimité, loin de rassembler le consensus qui s'était opéré en 1990-91. A cette époque, les Etats-Unis avaient obtenu du conseil de sécurité des Nations unies une série de résolutions ouvrant la voie à la fois à l'embargo et à l'option militaire. Affirmant leur hégémonie, ils étaient parvenus pour la première fois à coaliser autour d'eux la quasi-totalité des Etats arabes, y compris la Syrie - et à l'exception notable de la Jordanie. La Chine, quelques mois après les événements de Tian Anmen, était trop affaiblie sur le plan politique sur la scène internationale pour faire prévaloir son opposition. L'URSS avait trop besoin de soutien économique et financier pour faire entendre une voie dissidente. La France, favorable a priori à l'option diplomatique, avait fini par se rallier à la coalition, dans l'espoir d'obtenir une place dans la gestion politique de l'après-guerre, notamment dans le cadre d'un éventuel processus de négociations. On sait ce qu'il en a été. Les divisions sont apparues cette fois beaucoup plus clairement. La condamnation, fût-elle à mots couverts et diplomatiques, est d'abord venue du secrétaire général des Nations unies lui-même. Au conseil de sécurité, la Chine a condamné. La Russie aussi, qui réclame le départ de Richard Butler, et dont la Douma menace par ailleurs de ne pas ratifier le traité de désarmement Start II qui devait être examiné en janvier prochain sous la pression du premier ministre Evgeni Primakov. La France, enfin, a sévèrement critiqué les conséquences des bombardements, même si elle a accusé Saddam Hussein de porter la responsabilité première de la spirale qui y a conduit. En Grande-Bretagne même, une partie de la presse qualifie le gouvernement de " caniche " des Etats-Unis, alors qu'une majorité de l'opinion, selon les sondages, se dégage contre les raids. L'Europe est divisée. Certes, le nouveau ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer, fait preuve d'un " réalisme " opportun en montrant sa compréhension à l'égard des Etats-Unis. Mais l'Italie, la Grèce, les Pays-Bas, ou même le Vatican ont critiqué sévèrement l'option américaine. Les Etats arabes, et notamment l'Egypte, contrairement à 1990-91, mettent en avant la politique américaine de " deux poids, deux mesures " qui prévaut dans la région et condamnent majoritairement le recours à la force au détriment de la voie diplomatique. Pour autant, les brèches massives, près de huit ans plus tard, dans le consensus établi en 1990-91, n'ont pu empêcher Washington de bombarder. Et un constat s'impose, certes guère nouveau: c'est la politique qui fait le droit, et non l'inverse. En la matière, la force n'est pas une variable totalement négligeable. D'où les interrogations mais aussi les propositions de compromis qui s'expriment d'ores et déjà dans ce que la France, notamment, appelle pudiquement "l'après-crise". Sur l'Unscom, tout d'abord, que Richard Butler a largement contribué à suicider: quel pourra être son rôle renouvelé ? Quel nouveau mandat ? Plus généralement, quels mécanismes nouveaux non plus de désarmement mais de contrôle de la production d'armement de l'Irak est-il possible d'imaginer ? Sur l'avenir de l'Irak ensuite. La question de la fin de l'embargo semble à nouveau à l'ordre du jour. Mais Washington continue à faire savoir qu'il n'en veut pas. De plus, de quelles contreparties un tel changement s'accompagnerait-il ? D'aucuns parlent déjà d'un renforcement de la résolution dite "pétrole contre nourriture" et du contrôle de la rente pétrolière. La communauté internationale, incapable d'aider une véritable opposition démocratique, a-t-elle l'intention de placer durablement l'Irak sous tutelle ? Au-delà, l'option militaire américaine en Irak risque de générer des conséquences graves à court et long termes dans toute la région. Décidés au lendemain de son séjour en Palestine et en Israël, les raids sur Bagdad minent la crédibilité déjà très approximative de William Clinton et, avec elle, les espoirs ténus de reprise, même partielle, des pourparlers israélo-arabes ou plus précisément israélo-palestiniens. Plus encore, bien sûr, ceux d'une paix négociée pouvant garantir la sécurité des peuples de la région.
|
|
Les conséquences de l'option américaine dans la région
Entamées à Madrid fin octobre 1991, ces négociations se sont d'emblée inscrites non pas dans le cadre des Nations unies et du respect du droit international, mais dans une approche fondée sur le rapport de forces. En même temps, de même que la Déclaration de principes négociée secrètement à Oslo et signée à Washington en septembre 1993, l'ensemble du processus se fonde sur le principe de " l'échange de la paix contre les territoires ". Reste à faire respecter ce principe. On est là au coeur des approches dissemblables de la communauté internationale, et en particulier des Etats-Unis, vis-à-vis de l'Irak et d'Israël. Le refus de Benyamin Netanyahou de renoncer à construire une nouvelle colonie à la lisière de Jérusalem avait abouti à la suspension de tout le processus durant plus d'un an et demi. La négociation de Wye Plantation, en octobre dernier, avait relancé la machine. Mais une machine bien grippée. Champion d'une orientation ultranationaliste, prisonnier de ses alliances à l'extrême droite, le premier ministre israélien fait du refus le maître mot de sa politique: refus d'un Etat palestinien, sinon limité à quelques enclaves sans pouvoir ni viabilité, refus d'un partage de souveraineté à Jérusalem, refus de restitution des territoires arabes occupés depuis 1967... Sur le terrain, il multiplie les faits accomplis de la colonisation et les provocations, étouffant la population palestinienne de bouclage en bouclage. En même temps, Benyamin Netanyahou tient, à l'extérieur et en particulier à son partenaire américain, un discours de paix qui ne peut passer que par la mise en accusation de l'autre partie à la négociation, la partie palestinienne. Cette contradiction de moins en moins tenable est apparue clairement lors de la négociation de Wye River, elle-même négociée depuis de longs mois par l'administration américaine, au prix de lourdes concessions préalables de l'Autorité nationale palestinienne. Il aura fallu à William Clinton lui-même et à son équipe neuf jours d'investissement total et le recours au roi Hussein de Jordanie pour que le premier ministre israélien se résigne enfin, après plusieurs faux départs, à signer un texte qui ne constitue quasiment rien d'autre que la reprise d'engagements antérieurs. A une exception majeure près: au nom de la sécurité israélienne, Washington officialise les liens entre la CIA et les services palestiniens. S'il ne faut en espérer aucun gage de démocratie, cet arrangement revient en même temps à imposer à Tel-Aviv ce dont il ne voulait pas: la médiation d'un tiers sur le terrain. Quant aux difficultés mêmes des négociations de Wye River, elles ont aliéné, partiellement du moins, l'inconditionnelle sympathie américaine pour son allié israélien. Le voyage de William Clinton en Israël et en Palestine témoigne de cette évolution. Arrivant par le tout nouvel " aéroport international " (sic) de Gaza contre l'avis de Benyamin Netanyahou, présent au Centre des congrès lorsque les élus de l'OLP ont réitéré l'amendement des articles de la Charte palestinienne qui prévoyaient la destruction de l'Etat d'Israël, le président Clinton a critiqué la politique de colonisation israélienne et a fait référence aux droits légitimes du peuple palestinien. Un premier tournant. Reste qu'il a quitté le sol de la Palestine historique sans obtenir la moindre garantie israélienne quant à l'application de l'accord de Wye River, dont la seule ratification a pourtant été plusieurs fois ajournée. Pire encore: il a promis une aide, toujours sans garantie, de 1,2 milliard de dollars à Israël. Absence de garanties d'un côté, option militaire de l'autre ? C'est en tout cas, coïncidence précise de calendrier aidant, la perception qu'en ont les Palestiniens. A tout le moins, ceux de la rue, à qui l'Autorité nationale demandait la veille de brandir des drapeaux américains... L'attitude adoptée depuis lors par le gouvernement de Netanyahou ne peut que renforcer une telle lecture. Pour sauver une majorité en difficulté, ce dernier donne de nouveaux gages à son aile droite la plus extrémiste. Il menace d'élections anticipées, en avril ou en mai prochains, et a fait voter par son gouvernement le gel de l'application de l'accord de Wye River. Jusqu'à présent, outre l'ouverture de l'aéroport de Gaza, seuls 2% de territoires sur les 13% prévus par l'accord ont été restitués. Pas de début de construction du port, pas de voie de passage entre la Cisjordanie et Gaza, pas de libération des prisonniers politiques. En outre, Benyamin Netanyahou prétend ajouter de nouvelles conditions à l'application de cet accord d'étape. Parmi celles-ci: que le Président Yasser Arafat renonce à proclamer un Etat palestinien indépendant en mai 1999. Cependant, alors que Yasser Arafat a montré, au prix de bien des concessions que le choix de la paix et du compromis historique avec Israël constituent bien une option stratégique, la proclamation de cet Etat demeure, dans le rapport des forces imposé, l'une des rares cartes dont dispose la partie palestinienne. De plus, elle s'inscrit dans la logique même des accords d'Oslo: l'échange de la paix contre les territoires, une paix fondée sur la reconnaissance des droits de chacune des parties et la reconnaissance de l'indépendance de l'Etat palestinien, les perspectives de développement et de coopération garantissant tellement plus sûrement la sécurité de tous que le régime de la terreur imposé par l'occupation. Les plus farouches opposants israéliens à ces accords d'Oslo n'ont-ils pas mis en avant, précisément, leur rejet d'un Etat palestinien auquel ceux-ci conduisaient ? Or, les négociations sur le statut final du territoire palestinien devraient aboutir au plus tard en mai 1999.
|
|
Les difficultés de l'application des accords de Wye River
Entre le récent rapprochement avec Washington et la colère de la rue qui se sent trahie, la marge de manoeuvre du président Arafat est donc fort étroite. Et c'est à Saëb Erakat, en charge des négociations au sein du gouvernement palestinien, qu'est revenu le soin de condamner les raids sur Bagdad et d'en appeler à une solution politique. Washington, croyant pouvoir dissocier les dossiers, fait une grossière erreur politique. Certes, il affaiblit là Yasser Arafat de son soutien populaire, espérant retarder la proclamation d'un Etat dont il craint les conséquences sur le terrain en cas de prétentions annexionnistes israéliennes. Mais, dans un cas comme dans l'autre, tout montre que seule une solution politique et diplomatique a quelque chance d'aboutir à une solution durable. L'Europe peut encore intervenir, pour favoriser une solution pacifique où le droit aurait encore sa place. Divisée quant à l'option militaire en Irak, elle doit surmonter ses divergences dans l'approche de l'après-crise: sortir l'Irak du sous-développement où le maintient l'embargo, tout en développant le contrôle des productions d'armement; conditionner son aide à Israël (notamment l'application des accords économiques préférentiels) à l'application par Tel-Aviv des accords signés. De tels signes seraient un gage d'espoir pour tous ceux qui, dans la région, veulent encore croire la paix possible. |