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Enseignement supérieur
Par Jean-Claude Lagron* |
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L'université du troisième millénaire (U3M) constituait le thème du colloque (1) récent tenu à l'initiative du ministère de l'Éducation nationale, de la Recherche et de la Technologie et sous le patronage du Président du Sénat.
Le gouvernement a précisé ses orientations dans ce domaine à cette occasion.
Ses choix s'inscrivent dans un contexte nouveau, qu'il caractérise par trois éléments: une période durablement marquée par la décroissance démographique étudiante; les perspectives européennes ainsi que celles de la mondialisation; les possibilités inhérentes à la société de l'information et de la communication.
Les priorités avancées sont les suivantes: la rénovation des universités franciliennes laissées pour compte (2) par le plan précédent (U 2000), l'amélioration des conditions d'accueil des étudiants, la mise en place d'un réseau d'équipements nationaux, la coordination des formations entre le secondaire et le supérieur, enfin, l'organisation péri-universitaire de recherche et développement et le rapprochement avec les grandes écoles. Ces orientations gouvernementales semblent répondre positivement à des défis essentiels. Elle font cependant apparaître des contradictions importantes. Dans son intervention d'ouverture du colloque, le Premier ministre a insisté sur la nécessité de poursuivre la démocratisation de l'accès à l'enseignement supérieur. L'objectif de consacrer un quart des financements d'U3M aux conditions de vie et de travail des étudiants est positif. Cependant, cette intention de démocratisation n'est-elle pas contradictoire avec l'affirmation de la perspective d'une décroissance des effectifs étudiants, d'autant que le plan social étudiant, annoncé à plusieurs reprises, semble en panne de réalisation concrète ? Est-ce possible sans une diversification plus affirmée des formations, notamment des filières technologiques universitaires ? La volonté de situer les réformes de l'université française dans les enjeux mondiaux et européens, peut-elle se réaliser au détriment de l'accès massif d'une classe d'âge aux formations supérieures ? Peut-elle aboutir sans une diversification et un élargissement sensibles des programmes de mobilités et d'échanges pour les étudiants, les enseignants et les personnels de recherche ? Dans le prolongement d'U 2000, le plan U3M sera fortement relayé par l'intervention des collectivités locales. De nombreux élus locaux ont souligné que l'implication des collectivités locales ne peut être que complémentaire à l'indispensable responsabilité de l'État dans ce domaine. Ainsi, une université de qualité, participant à la réussite de tous, suppose aussi des conditions d'encadrement, un environnement - notamment de recherche - qui permette d'assurer des formations de haut niveau sur l'ensemble du territoire national. Enfin, le souci que les investissements de recherche et de formation supérieure débouchent sur l'innovation et l'emploi ne peut être que soutenu. Cependant, la crise grandissante d'insertion professionnelle des jeunes diplômés et les carences du secteur industriel en matière de recherche appellent des mesures significatives spécifiques. L'institution d'un impôt libératoire à la recherche, acquitté par les entreprises, assurant le financement d'un service public d'innovation et de développement technologique, le conditionnement des aides de l'État au bénéfice des entreprises à des objectifs d'emploi, la mise en place dans chaque université d'un service d'insertion professionnelle, me semblent être des mesures qui donneraient un sens concret aux objectifs avancés à la Sorbonne. En même temps que se tenait ce colloque, les personnels de la recherche manifestaient, les étudiants de certaines universités exprimaient leurs craintes à propos de projets ou de décisions élaborés sans eux. Ni les uns ni les autres n'ont été invités à la table des débats. Les enjeux d'enseignement supérieur et de recherche, grandes questions nationales, doivent faire l'objet d'un débat à la hauteur de leurs enjeux. Pour cette raison, il convient de construire avec les acteurs - tous les acteurs - les réponses appropriées aux besoins de la société.
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| Au premier trimestre 1999, un colloque sur les thèmes de l'enseignement supérieur et de la recherche se tiendra à l'initiative du PCF. |
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* Ingénieur au CNRS. 1. " Quelle université pour le troisième millénaire ? " De U 2000 à U3M, colloque des 3 et 4 décembre 1998, grand amphithéâtre de la Sorbonne. 2. Le schéma U 2000 engagé à la fin des années 80 pour la construction et la rénovation des universités françaises a mobilisé 40 milliards de francs à parité entre l'Etat et les collectivités locales. Le plan U3M mobilisera sans doute au minimum 60 milliards de francs.
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