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Futurs en tête
Par Jean-Pierre Kahane* |
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L'humanité élabore actuellement une foule de connaissances, et elle se trouve placée devant une foule de problèmes nouveaux.
Mais la correspondance entre les problèmes et les connaissances ne va pas de soi.
Comment formuler les problèmes ? Quelles connaissances sont susceptibles d'apporter des solutions ?
L'humanité ne peut survivre qu'en maintenant et en développant sa capacité à élaborer les questions et les réponses, et c'est l'affaire de tous les êtres humains. La tâche de l'enseignement est, d'une part, de fournir des références communes, d'autre part, de léguer les connaissances actuelles, sous forme différenciée, aux générations futures. Les références communes évoluent, et cela se traduit dans les programmes des enseignements obligatoires. Les connaissances avancées se multiplient, et c'est la raison de fond qui justifie des enseignements supérieurs variés et nombreux. Les tendances à l'allongement des études et à l'accroissement du nombre des étudiants sont irrépressibles. Elles ont pourtant un défaut grave: celui de retarder l'entrée dans la vie active. Seuls des étudiants en très petit nombre sont salariés en tant qu'étudiants. Or les étudiants ont un rôle social: celui d'acquérir et de transmettre des connaissances qui font partie du patrimoine culturel de l'humanité et qui sont susceptibles d'être investies dans l'ensemble des activités humaines. Il s'agit donc d'un travail, utile, et qui, en principe, à un certain niveau, justifie un salaire. Le rêve que ce travail soit mieux reconnu et s'articule le plus tôt possible à la vie active, sous des formes variées. En particulier, les étudiants pourraient éprouver leurs connaissances en se chargeant de groupes de travail ou d'animation auprès des plus jeunes: la participation à l'enseignement est à la fois un travail socialement utile et, à titre individuel, une excellente manière d'assimiler ce que l'on apprend. Il s'agit là d'un programme à long terme. Les besoins de formation sont immenses, en France et sur le plan mondial, et ils ne se limitent pas à un âge de la vie. Mon rêve est que, systématiquement, la formation que l'on reçoit s'articule à une formation que l'on dispense. Le charme du métier d'enseignant-chercheur est que, bien souvent, la formation que l'on dispense est une motivation pour se former ou se reformer soi-même. Inversement, chaque métier engendre des connaissances qui méritent d'être transmises, chaque travailleur est un enseignant en puissance. Est-ce là une vision d'avenir ou un rêve inconsistant ? Nous verrons bien, dans un siècle d'ici. |
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* Mathématicien, membre de l'Académie des Sciences. |