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Futurs en tête
Par Jean-Claude Oliva |
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La fin du monde n'aura pas lieu ", assure l'écrivain Umberto Eco qui invite plutôt " à nous préparer aux échéances possibles du troisième millénaire ".
Plus que jamais il s'agit de penser où va le monde: selon le philosophe Arnaud Spire, " les conditions d'une pensée de la pluralité des possibles " se sont instaurées avec " la fin des scénarios qui emprisonnaient le futur " (article pp.
19, 20, 21).
Aussi, Regards, pour commencer la dernière ou l'avant-dernière - peu importe - année de notre siècle et de notre millénaire a sollicité une série de personnalités.
Chacune à partir de son domaine d'activité a été interrogée sur les prévisions, les tendances, les problèmes émergents qu'elle voit poindre à l'horizon du XXIe siècle et, n'hésitons pas à parier sur le long terme, sur le proche millénaire.
Dans le même esprit, Regards leur a demandé d'évoquer aussi leurs attentes, souhaits, priorités ou propositions.
Leurs rêves.
" Demander à une ministre de la République de rêver tout haut pour les mille ans à venir est déjà un signe de changement de siècle " souligne Marie-George Buffet. Tout compte fait, ces réflexions, ces témoignages, ces appels dégagent un sentiment tonique. Il reste des espaces à découvrir, des explorations à mener, des choses fortes et belles à faire, des aventures à vivre, s'enthousiasme l'astronaute Claudie André-Deshays: un monde virtuel n'est pas près de remplacer l'activité humaine. Mais dans la pensée de l'anticipation, " le maillon faible se trouve dans l'absence de lien entre la vision à long terme et la décision politique ou économique ", indique Jérôme Bindé, directeur de l'office d'analyse et de prévision de l'Unesco (entretien pp. 20, 21). A un niveau plus fondamental, le mathématicien Jean-Pierre Kahane, membre de l'Académie des Sciences, établit un constat analogue: " l'humanité élabore actuellement une foule de connaissances et se trouve placée devant une foule de problèmes nouveaux, mais la correspondance entre les problèmes et les connaissances ne va pas de soi. Le professeur Axel Kahn, membre du Comité national consultatif d'éthique, rêve d'un " monde où la connaissance serait mieux partagée ". Charles Tordjmann, directeur du Centre dramatique national de Nancy, assigne justement au théâtre la mission d'" élargir le territoire des questions " et de " dire la nécessité du partage des questions ". Partages des pouvoirs aussi avec l'inclusion des femmes dans la res publica qu'appelle la philosophe Geneviève Fraisse. L'anthropologue Philippe Breton refuse que soit éradiqué " le politique, ce que nous avions inventé de mieux pour être ensemble tout en restant individuellement libre " et l'écrivain Suzanne Bernard souhaite "que s'organisent efficacement les nouveaux rebelles". Comment ne pas penser alors aux " communistes sans plus aucune lumière qui les distinguerait " du philosophe Jean-Paul Abribat ? Merci à toutes et à tous de nous montrer "l'utopie, le rêve, l'art, la passion, l'audace, le désir" au-delà de l'horizon des possibles. |