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Gauche, l'heure n'est pas à la tranquillité Par Henri Malberg |
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1999:
s'avance. Dernière année du siècle. On a beau dire que ces dates ne sont que symboliques, n'empêche... L'an 2000, ça fait rêver. Tout est permis devant la page non écrite et chacun a ses curiosités, son angoisse, ses espoirs secrets. Regards souhaite à ses lectrices et lecteurs le meilleur, le progrès, la fraternité, l'amour.
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La gauche au pied du mur
Pour en venir à la politique, la gauche française est devant de sérieux problèmes. L'attente populaire devient morosité. La montée de l'abstention le montre. En même temps, toute mesure progressiste et sociale se heurte plus vivement aux résistances de la droite et des capitalistes. C'est le cas avec les 35 heures, ou avec le PACS. Et chaque fois qu'il est question de faire payer les capitaux et la spéculation. Ces derniers mois, les événements se sont bousculés. La bonne nouvelle, c'est, après la mise en accusation de Pinochet, l'incendie qui ravage le domaine de Le Pen. Que ces néo-fascistes s'étripent ne fera pleurer personne. On finissait par se demander si le Front national n'allait pas, par un accident de l'histoire, atteindre son but: les 20% et le pourrissement de la droite française. Naturellement, on n'en est pas sorti, car la souffrance sociale qui a produit racisme, haine, dérives réactionnaires est toujours là. Tout au long de l'automne, le réveil social a été net. Evidemment, la tentation, pour certains, de penser que ces cheminots, ces enseignants, ces salariés du secteur public, ces sans-logis, ces sans-papiers sont des gêneurs doit bien exister. A tort. Car ceux qui luttent ne sont pas des adversaires de la gauche. Ils lui rappellent pourquoi, et grâce à qui, elle est au pouvoir. Il faut les écouter, les respecter. Ils ont été l'appui, l'atout de la gauche hier, ils sont sa chance aujourd'hui. Les exigences qu'ils expriment ne compliquent pas la tâche du gouvernement. Ils lui indiquent la bonne voie. Donner davantage de pouvoir d'achat, mobiliser l'argent et les crédits en faveur de l'emploi, de la formation, des dépenses sociales et peser vigoureusement sur la finance, c'est le seul chemin qui permette à la fois d'alimenter la demande intérieure et de rassembler la gauche face à une droite qui commence à penser à la revanche. Souvenir personnel, à l'occasion de la lutte d'enseignants et de parents qui refusaient le déclassement de 46 zones d'éducation prioritaire (ZEP) à Paris. Ce qui leur insupportait le plus, c'était que la gauche fasse " le sale boulot ". Et j'ai entendu: " quand la droite est au pouvoir, elle favorise les privilégiés, la gauche n'a pas à gérer contre les siens. Justement la droite, émoustillée par l'affaiblissement prévisible du vote d'extrême droite et ce qu'elle croit percevoir comme les prémisses d'un échec de la gauche, relève la tête. Le président de la République est sur tous les terrains et s'en prend au droit de grève, le RPR s'est donné un chef et un programme commun de droite s'ébauche. Gare, serait-on tenté de dire. Ces dernières semaines, le Parti communiste a renouvelé une mise en garde à toute la gauche quant au risque de s'enfermer dans une politique qui aille dans le mur. Il a fait des propositions sociales immédiates réclamant que le gouvernement et la majorité dépassent les atermoiements et reprennent la main sur le terrain social. Chacun a remarqué que le premier ministre n'était pas indifférent aux risques actuels et aux interventions pressantes du Parti et des parlementaires communistes. Dans les derniers jours de décembre, Lionel Jospin a répondu plus vite que l'an dernier à la demande de relèvement des minima sociaux. C'est malheureusement insuffisant. L'Humanité a fait remarquer que les commentateurs ont mis l'accent sur le " coût " de ce rattrapage: 2,5 milliards. D'abord multiplier ce chiffre par deux n'aurait pas mis la France à genoux. Mais surtout dire que " ça coûte à la France " est un non-sens. Cet argent est un bon investissement car il se traduira tout de suite par des dépenses utiles aux personnes et à la vie économique du pays. Voici une porte ouverte. Il en faudra beaucoup dans les mois à venir pour maintenir la croissance, donc créer des emplois, et donner une satisfaction politique à ceux convaincus que le progrès social est à la traîne face à un capital qui prospère en France, en Europe et dans le monde, sur le fond d'une crise payée par les peuples.
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Justement l'Europe
Les enjeux européens pèsent sur la vie française. La mise en route de l'euro qui semble malheureusement maintenant irréversible rend plus aigu le besoin de réorienter la politique européenne vers le progrès social et la démocratie. A cet égard, l'élection des partis sociaux-démocrates dans la plupart des Etats européens a des conséquences diverses. La vague rose en Europe montre l'hostilité des peuples européens aux libéraux et conservateurs. Elle ouvre donc des possibilités. Mais la pression sociale-libérale, qui se traduit par " ne pas toucher ou le moins possible aux intérêts capitalistes et gérer le social au moindre coût ", est très forte, très structurée. Elle ne semble pas sans effet sur le gouvernement français. Comment retrouver le chemin du progrès social et d'une plus grande démocratie pour les peuples européens ? Ce sera sans doute au coeur des élections européennes qui se profilent à l'horizon.
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Ne renoncer à aucun rêve
L'an 2000 n'est pas seulement l'occasion de programmes festifs dans tous les pays du monde. Une formidable bataille d'idées s'ébauche. Probablement sans précédent. Quel bilan de ce siècle, quelles perspectives pour l'humanité ? Gare au consensus mou, à la pensée lénifiante, au renoncement. Le Parti communiste français a beaucoup à faire et à dire. A inventer aussi en matière de nouveau projet de société. Dans ce numéro de Regards, des intellectuels et des acteurs du mouvement social s'expriment sur l'avenir. Un de nos interlocuteurs énonce ce conseil: " Ne pas laisser le monde en paix, dire ce qui nous agite. Autre façon de parler de demain quand le secrétaire national du Parti communiste lance ce message aux jeunes communistes, réunis en Congrès: " Ayez confiance. Ayez confiance en vous. Ayez confiance dans l'avenir. Ne renoncez à aucun de vos rêves. Sinon, dans ce monde souvent si dur, où prendrions-nous la force de changer le cours des choses ? " |