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Jardins secrets
Par Suzanne Bernard |
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Entretien avec Michèle Gazier |
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Michèle Gazier, vous avez écrit des recueils de nouvelles et des romans.
comment situez-vous vos nouvelles dans votre travail d'écrivain ?
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Michèle Gazier : J'ai commencé par écrire des nouvelles d'une vingtaine de feuillets maximum, parce que ce genre bref s'adaptait bien à mon rythme de vie.
J'ai besoin d'établir des liens d'une nouvelle à l'autre, surtout quand je les conçois sous la forme d'un livre.
Tous mes recueils de nouvelles sont "thématiques".
Le premier, En sortant de l'école (publié dans la collection dirigée par Jean Vautrin, l'Atelier-Julliard, 1992) est composé de nouvelles qui sont autant de variations sur le thème de l'école.
Le même souci d'unité se retrouve dans les nouvelles qui sont réunies dans les Sorcières ordinaires (Calmann-Lévy, 1997).
J'aime beaucoup écrire des nouvelles car, par rapport au roman, elles permettent d'aborder tel ou tel sujet avec beaucoup de personnages et des modes de narration différents.
On peut faire des nouvelles dialoguées, des nouvelles au présent, au passé, à la première, la deuxième ou la troisième personne... C'est comme la prise d'une forteresse. On a un sujet, une forteresse, et chaque nouvelle est un moyen de l'investir.
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Quel rapport établissez-vous entre vos nouvelles et vos romans ?
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Michèle Gazier : En paraphrasant Aragon qui disait que " la femme, est l'avenir de l'homme ", j'ai écrit que " la nouvelle est l'avenir du roman ".
Pour moi, l'un et l'autre se rejoignent.
Je suis Française, née en France, de langue française, mais mes origines espagnoles m'ont donné envie d'acquérir une culture hispanique.
Passionnée par le Siècle d'Or, le roman picaresque, Don Quichotte, j'ai découvert un mode de narration très différent du mode de narration français traditionnel. Pas de narrateur unique, omniscient, universel, qui sait tout, mais dans des lieux privilégiés (en général des auberges) des gens qui se rencontrent, et qui se racontent des histoires. A peu près tous mes romans ont été construits de cette manière. Ainsi, le roman est une sorte de " tissage " de ce qui pourrait être des unités de nouvelles. La nouvelle, alors, c'est une sorte de " noyau dur " du roman.
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Peut-on dire que vos thèmes sont " féminins " ?
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Michèle Gazier : Quand j'ai écrit Nativités (Points/Seuil), livre sur la naissance, on m'a fait remarquer que je ne parlais que de femmes.
Mais, dans un film de guerre, qui s'étonne de ne voir que des hommes ? Certes, je parle plus facilement des femmes, d'abord parce que j'en suis une, et puis parce que la littérature a été longtemps dominée par des voix d'hommes qui nous faisaient parler à leur manière.
Je ne crois pas qu'il existe une " écriture féminine ", mais une " thématique féminine ", oui.
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Quels sont vos thèmes de prédilection ?
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| Michèle Gazier : " A chaque fou son obsession ", a dit Cervantès. Je revendique cette folie. Je suis très attachée à plusieurs thèmes: la naissance, les origines, la frontière, la sorcellerie... Et puis il y a ce thème qui représente pour moi une alchimie extraordinaire: le passage d'une langue à l'autre. C'est en traduisant de l'espagnol en français que j'ai fait mon apprentissage de l'écriture. |