Regards Décembre 1998 - Vie des réseaux

Microsoft
Pas soft / Mister Gates au tribunal

Par Xavier Delrieu


Microsoft nous vend cher des produits médiocres dont nous ne voulons pas, et cette entreprise monopoliste nous oblige à payer une taxe sur l'information quand elle change ses standards. " Cet extrait du livre d'entretiens de Dominique Nora avec Roberto Di Cosmo, un chercheur en informatique, le Hold-up planétaire (éditions Calmann-Lévy, 92 F) présente bien l'ambiance anti-Microsoft qui prévaut depuis quelques mois. Le " procès du siècle " qui s'est ouvert le 19 octobre devant une cour de Washington a d'ores et déjà apporté trahisons, traîtrises, coups bas, mensonges et chantage. A tel point que la véritable raison de ce procès semble passer au second plan.

Rappelons qu'il s'agit d'une action anti-trust contre Microsoft, accusé d'intégrer à son système d'exploitation Windows 98, son propre navigateur Internet Explorer, brisant ainsi toute concurrence, et donc en contradiction avec la loi Sherman qui interdit tout monopole et avec un accord signé en juillet 1994 entre Microsoft et les autorités anti-trust qui engageait la firme à ne pas installer de logiciels dans son système d'exploitation. Or, aujourd'hui, le fait de savoir s'il est possible de retirer Explorer de Window 98 n'est plus au premier plan de l'actualité. Ce qui est en jeu, ce sont bien plus les pratiques de Microsoft envers ses concurrents et partenaires. On a ainsi appris que Microsoft était entré dans le capital d'Apple et s'était engagé à ne pas abandonner la transcription de ses logiciels sur Macintosh qu'à la seule condition qu'Apple privilégie Explorer. De même, AOL, un fournisseur d'accès à Internet, après un accord similaire avec Microsoft, aurait reçu 25 cents pour chaque abonné abandonnant Navigator, le principal navigateur Internet concurrent de Microsoft, pour Explorer.

Il y a encore un an, Microsoft était une société perçue comme novatrice et porteuse d'avenir. Aujourd'hui, c'est en fait toute l'agressivité et la volonté de domination d'une firme qui est en procès. Et, au-delà du cas Microsoft, est-il possible de respecter toutes les lois de la concurrence dans un domaine qui, en quelques années, est devenu le catalyseur de la modernité ? Peut-on ne pas se transformer en géant de la paranoïa dès lors que le pouvoir financier mondial est en jeu ? Peut-on être une grande entreprise capitaliste en respectant un code de bonne conduite ? X. D.