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AMI
Par Jean-Pierre Page* |
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L'échec des négociations sur l'AMI montre que la montée en puissance des firmes mondiales est résistible.
Analyses.
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SOYONS VIGILANTS
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Il ne faut pas d'AMI du tout !
Tirant l'échec momentané des négociations de l'AMI, le Financial Times publiait, il y a quelques mois, un article au titre révélateur " La guérilla en réseau ". On pouvait y lire: " Le succès inattendu des détracteurs de l'AMI a déclenché une alarme. Il existe des signes qui permettent de penser que ces tendances pourraient affecter de nombreux accords économiques internationaux. La horde des groupes de pression a remporté un premier succès. Leur arme décisive a été le réseau internet. " Constat pertinent ! L'aveu était de taille ! Il invite à la réflexion comme à l'action.
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Quand l'ultralibéralisme s'invente un filet social
En effet, le souci exprimé par certains de ne pas diaboliser la mondialisation les conduit souvent à refuser de diaboliser les sociétés transnationales. L'échec rencontré par les partisans du projet d'Accord multilatéral sur l'investissement à l'OCDE témoigne donc qu'une orientation décidée à ce niveau peut être modifiée. Elle renvoie également aux politiques de ceux qui considèrent qu'il n'y aurait pas d'alternative aux règles du marché que la seule voie de l'adaptation et de l'aménagement du système dominant. En quelque sorte, il faudrait aujourd'hui négocier la mise en place d'un capitalisme à visage humain. Ce qui suppose de limiter les manifestations les plus brutales de l'ultralibéralisme par l'usage notamment d'un filet social et une plus grande maîtrise de la schizophrénie financière. Pour autant, la mobilisation contre le projet d'AMI a souligné que, celui-ci étant inamendable, c'est son rejet pur et simple qui constituait le seul objectif conséquent. Aujourd'hui, cette exigence demeure ! Inacceptable hier à l'OCDE, l'AMI l'est tout autant dans le cadre de l'OMC. Conclusion: il ne faut pas d'AMI du tout. Cela doit être dit clairement. Car comment ce qui n'était pas négociable pourrait-il le devenir ? C'est là affaire de cohérence et, s'il faut se féliciter que le gouvernement français ait adopté l'attitude qui est la sienne, on attend de lui qu'il fasse preuve de la même fermeté demain à l'OMC. Cette position d'ailleurs ne doit pas être différée au risque de créer une ambiguïté, une confusion. Certains affirment que l'OMC serait un cadre plus représentatif notamment par la présence des pays du tiers monde, excepté la Chine et la Russie, excusez du peu ! La réalité est, on le sait bien, différente ! D'abord parce que, après le GATT, cette institution est plus que jamais placée sous la tutelle des pays riches, notamment celle des intérêts américains et que ces derniers, on le voit avec le conflit de la banane, y dictent la loi.
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L'OMC, un nouveau front dans la bataille contre l'AMI
Ensuite parce que les Etats-Unis mais également l'Union européenne entendent y imposer de nouvelles règles du jeu: en matière commerciale, pour la protection de leurs investissements. On ne rappellera jamais assez que son Directeur général, M. Ruggiero, s'est notamment fait connaître en déclarant que la négociation sur l'AMI équivalait à rédiger la " nouvelle constitution du monde ". On est donc fixé ! La bataille va dorénavant se déplacer sur ce nouveau front. Cela est d'autant plus évident que M. Maucher, p.-d.g. de Nestlé et président de la Chambre de commerce internationale, " cette officine américaine " comme la qualifiait en son temps le patronat français, a clairement désigné l'OMC comme le lieu où le monde des affaires devait s'investir sans réserve pour peser sur les décisions. Cette démarche est d'ailleurs cohérente avec l'offensive qui consiste à vouloir privatiser les institutions internationales dans le cadre de l'action " partenariale avec l'entreprise " que le secrétaire général de l'ONU considère comme une perspective souhaitable. Si ce succès contre l'AMI a pu " glacer d'effroi " Lord Leon Brittan et les partisans de son clone: " le partenariat économique transatlantique ", s'il est riche d'enseignements, une évidence s'impose: il ne suffit pas d'aménager les règles d'un système aux implications si désastreuses pour les populations du globe. Il faut s'attaquer résolument à la logique elle-même qui soutient de tels projets. La montée en puissance de firmes planétaires est résistible. Il n'y a décidément de fatalité en rien. Il est donc possible d'imposer d'autres choix que ceux qui consistent à négocier des droits au bénéfice des Sociétés transnationales et des devoirs au détriment des Etats et des citoyens. Cela passe notamment par la mise en place de règles contraignantes à l'échelon international, qu'il s'agisse du contrôle comme de l'exigence de résultats économiques, sociaux ou environnementaux. Ce sont là de nouveaux terrains d'intervention citoyenne qui supposent solidarités et coopérations nouvelles et une transnationalisation des luttes. Décidément, oui, le monde n'appartient pas aux transnationales. Il est aussi le nôtre. |
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* Syndicaliste CGT. |