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Europe
Par Françoise Amossé |
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Entretien avec Petra Bläss* |
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Petra Bläss, représentante du Parti démocrate socialiste allemand (ex-parti communiste), nouvelle vice-présidente du Bundestag, livre ses réflexions sur une réorientation progressiste de la construction européenne.
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Comment comprendre la présence d'une représentante du PDS au Bundestag ?
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Petra Bläss : Elle relève d'un travail politique de fond, pendant huit ans, sur tous les champs politiques.
Notre groupe au Parlement est relativement peu nombreux (35, NDLR), mais nous avons une bonne représentation régionale.
Par ailleurs, dans les communes des nouveaux Länder, notre implantation a été largement reconnue comme efficace.
Deux raisons essentielles expliquent le résultat du PDS aux élections du 27 septembre: d'une part, malgré le vote très net pour le SPD et les Verts, les électeurs ont émis le souhait d'une opposition de gauche au niveau national.
d'autre part, de nombreux d'électeurs à l'Est ont voté PDS pour s'assurer de la prise en compte du développement de l'Est.
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Jusqu'à une récente période, les Allemands se trouvaient, en majorité, dans la catégorie des " eurosceptiques ", notamment par attachement à leur monnaie, le mark.
Est-ce encore le cas ?
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P.
B.
: Le refus du PDS d'adhérer au traité d'Amsterdam, n'a pas à voir avec un rejet du principe de la monnaie unique.
Pour la plupart des Allemands d'ailleurs, la monnaie n'est pas en cause.
Il s'agit surtout de savoir quelles seront les conditions dans lesquelles cette union monétaire se réalisera.
C'est la raison pour laquelle nous proposons que se mette en place d'abord une union sociale.
Les choix d'une monnaie européenne sont déjà faits.
Nous devons prendre en compte cette réalité et défendre, dans ce cadre là, la justice sociale au niveau européen.
Elle passe par un ancrage sur des minima sociaux.
Le non à cette union monétaire se construit à partir de deux camps politiques opposés, mais pour ce qui nous concerne, nous ne sommes pas animés de sentiment nationaliste.
Nous n'alimenterons aucune campagne hostile en soi à l'euro.
Nous chercherons avant tout à améliorer les conditions dans lesquelles le passage à la monnaie unique se réalisera.
Si la force du PDS ne peut réellement gêner ce passage, il nous revient de trouver les aménagements sociaux.
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Des prises de positions nouvelles se sont exprimées au dernier sommet européen de Pörtschach.
Un changement de ton s'est fait entendre.
Pensez-vous que soit possible une réorientation progressiste de la politique européenne ?
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P.
B.
: Si l'on pensait que l'intervention des citoyens était vaine, il n'y aurait évidemmment plus aucune perspective ! Il faut imaginer qu'il est possible de passer du tout monétaire à une politique sociale en Europe.
La politique a les moyens de changer le cours des choses et de contrer les marchés financiers.
Réorienter la politique européenne, oui.
La présence de nouvelles coalitions gouvernementales, majoritairement social-démocrates, et je le dis en toute prudence, peuvent inverser les priorités jusqu'ici en vigueur.
Des conditions nouvelles sont créées.
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La coalition gouvernementale nouvellement élue en Allemagne, SPD-Verts, travaille-t-elle, selon vous, à de nouvelles alternatives ?
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| P. B. : Le temps n'est pas encore venu d'en juger. Des tentatives existent pour des options nouvelles en matière de politique de l'emploi. Un parti d'opposition socialiste de gauche comme le nôtre soutient bien sûr ce genre d'orientation. Mais cela ne signifie pas pour nous d'abandonner toute vision critique. Cette semaine au Parlement nous avons reçu les premiers projets de loi concernant la fiscalité et l'emploi et nous constatons un certain nombre de déficits. Par exemple, le concept fiscal écologique indique des choix nouveaux, sans pour autant que le chemin soit ouvert à plus de justice sociale. A nouveau les grandes entreprises, principales utilisatrices d'énergie, bénéficient de coûts réduits par rapport au consommateur. L'argument selon lequel il faut baisser les coûts salariaux conduit à ce qu'un certain nombre de gens concernés comme les chômeurs ne profitent absolument pas de la baisse des charges sociales. Ils se voient, au contraire, confronter à une pression fiscale accrue. Le PDS présentera donc des propositions alternatives dont l'esprit repose sur l'établissement d'un lien entre valeur ajoutée et charges sociales. Nous suivons, en revanche, parfaitement le gouvernement lorsqu'il s'agit de revenir sur les mesures antisociales de Kohl en matière de retraites, de licenciement, d'allocations. C'est ainsi que nous entendons assumer le mandat que les électeurs nous ont confié. n |
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* Députée du PDS, vice-présidente du Bundestag. Propos recueillis par Françoise Amossé. Remerciements à Roger Trugnan et Elisabeth Gautier pour la traduction.
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