Regards Décembre 1998 - Points de vue

Enseignement
Pour des Assises publiques de l'enseignement supérieuret de la recherche

Par Alain Hayot*


Le statu quo n'est plus possible dans le système public d'enseignement supérieur et de recherche. L'importance des enjeux est en cause. D'une part, la grande majorité des futurs salariés devra dans un avenir proche passer par une formation supérieure, initiale ou continue. Il faut se fixer pour ambition pour le XXIe siècle la création des conditions d'une formation pour tous, au moins à bac 3. D'autre part, la recherche, indispensable à l'enseignement supérieur, est en même temps un des vecteurs essentiels du développement durable, de la croissance et de la création de nouveaux métiers et emplois.

Le ministère pose des questions légitimes telles que la professionnalisation des formations supérieures et le lien entre la recherche et l'industrie. Il y répond de manière critiquable.

La méthode fait des enseignants et des chercheurs des boucs émissaires et non des acteurs du changement. Le système français d'éducation est un bon outil, qui a tenu le choc de la démocratisation, même si celle-ci est en panne aujourd'hui. La recherche est une des premières du monde dans bien des domaines. Il faut leur permettre de faire face aux nouveaux enjeux, mais sûrement pas en imposant des réformes sans concertation.

Or, le ministère met en place des comités par discipline, dont il désigne les membres: c'est une bureaucratisation contraire à la tradition française des structures scientifiques élues. Le Comité national de la recherche scientifique est délaissé, alors qu'il pourrait devenir une sorte de Parlement de la science et de la technologie, ouvert au tissu économique, social et culturel, un lieu démocratique d'élaboration de grands objectifs. C'est ce que nous proposons.

Les projets ministériels présentent une vision utilitariste de la recherche et méconnaît ses rythmes lents inscrits dans le long terme. Ils tendent à faire du Cnrs et des autres établissements de simples agences de moyens au service d'objectifs définis ailleurs - alors qu'il est insensé d'en écarter les chercheurs. Ils tendent à dissoudre dans l'université les grands organismes de recherche - alors qu'il faut préserver et développer cette richesse.

 
Les propositions du PCF sont de trois ordres

 
1- L'investissement

Susciter un débat national pour sensibiliser toute la société et créer les conditions d'un doublement progressif de la part du PIB consacré au système d'éducation et de recherche. Economiser est une politique de Gribouille qui se retournera contre le pays. L'investissement est certes considérable. En plus d'un effort de l'Etat et des collectivités territoriales, pourquoi les grandes entreprises ne contribueraient-elles pas au financement, notamment sous forme de crédit d'impôt ?

 
2- Le service public

Atout décisif, il mérite d'être rénové et modernisé. Mais dans le cadre d'un approfondissement de la démocratie, en faisant confiance aux enseignants et chercheurs, aux personnels et aux étudiants. La déconcentration et la décentralisation doivent rendre le service public plus efficace, plus moderne, l'adapter aux besoins, le rapprocher des réalités, et non le démanteler.

Dans ce cadre, il faut se placer dans la perspective de mettre en cohérence et en synergie l'enseignement supérieur et les grands établissements de recherche. Il est intéressant de le faire autour de la figure emblématique de l'université. Mais telle qu'elle est aujourd'hui, l'université n'est pas en mesure de l'assumer. Sa rénovation doit aller de pair. Cette mise en cohérence doit se fixer pour but l'enrichissement mutuel de la recherche et de l'enseignement, en vue d'une économie de moyens, d'une dynamisation et d'une productivité plus grande de la recherche fondamentale et appliquée et de la formation initiale et continue.

 
3- Le lien avec l'économie

Il s'agit de travailler la profession- nalisation des filières de formations supérieures, en n'affaiblissant pas la formation générale. Peut-être pourrait-on élargir ce débat aux différentes composantes de la société, par exemple lors de l'élaboration d'U3M (Université troisième millénaire) et des futurs contrats de plan Etat-régions.

Ne serait-il pas utile de créer un établissement public de recherche technologique pour assurer les transferts entre découvertes scientifiques et développement économique ? Il permettrait aux grands établissements de mieux se concentrer sur leur vocation essentielle de recherche fondamentale. Il fournirait un accès à la recherche aux petites entreprises, en les mettant au besoin en synergie avec les grandes, qui doivent développer davantage leur potentiel de recherche. Il créerait un potentiel d'emplois scientifiques publics pour la masse des docteurs en situation de précarité aujourd'hui.

La rénovation de la recherche et de l'enseignement supérieur est un choix politique. Le PCF propose donc l'organisation d'Assises nationales, précédées d'assises décentralisées dans les régions, qui déboucheraient sur un débat parlementaire autour d'une loi cadre. n A. H.

 


* Responsable des questions d'enseignement supérieur et de recherche au PCF.

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