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Face à la crise
Par Françoise Amossé |
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Avec la crise financière, les milliards de dollars en circulation ont surgi sur la scène politique aussi.
Le débat sur des alternatives s'en trouve vitalisé.
La taxation sur les mouvements de capitaux, l'utilisation de l'argent sont devenues objets de discussions.
C'est notamment le cas de la taxe Tobin sur les transactions les plus volatiles en devises.
Nous avons rencontré le prix Nobel d'économie.
Taxe Tobin: est-ce suffisant? Nous avons également invité à débattre quatre économistes ou éditorialistes: Hugues Puel (Economie et humanisme), Philippe Frémeaux (Alternatives économiques), Bernard Cassen (le Monde diplomatique-Attac) et Fabien Maury (Issues-PCF).
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720 milliards de dollars: rendement annuel de la taxe Tobin
A l'origine, James Tobin proposait une taxe unique de 1% sur toutes les transactions portant sur les devises. Les transactions opérées sur le marché des changes ont pris en dix ans une ampleur considérable: de 150 milliards de dollars par jour en 1985, elles sont passées à 1500, voire 1800 milliards. La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) a travaillé sur le rendement de la taxe Tobin et sur sa redistribution. Si l'on imposait, à hauteur de 1% seulement, 1000 milliards de dollars par jour, la Cnuced estime qu'on retirerait 720 milliards de dollars par an. Elle suggère que la moitié aille aux gouvernements des pays qui jouent le jeu, l'autre allant à un fonds de péréquation des ressources pour les pays pauvres. Selon l'universitaire américain Howard M. Wachtel " l'érosion de l'assiette fiscale du capital augmente d'autant les prélèvements sur le travail ". Au sein de l'Union européenne, la part provenant de l'imposition des revenus du capital et des travailleurs indépendants n'a cessé de baisser, de 50% en 1980 à seulement 35% en 1994, tandis que celle provenant de la fiscalité des salaires augmentait de 35% à 40% dans la même période.
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720 milliards de dollars: le " manque à produire " 1998
Selon les experts du FMI, la croissance mondiale devait croître de 4,3% en 1998. Le taux, depuis la mi-octobre, a été ramené à 2%. " Un manque à produire de 720 milliards de dollars, comme si on avait rayé de la carte économique la production annuelle de l'Espagne et du Portugal ", commente Gérard Moatti, dans le Monde-économie, du 3 novembre. Ces 720 milliards de dollars manquants équivalent exactement à un an de taxe Tobin sur les transactions. Les crises russe et asiatique ont entraîné immédiatement une baisse de croissance: en 1998, au Japon, par exemple, elle est passée de 2,1% à - 2,5%. En Indonésie, elle a chuté de 14 points. En Russie, la prévision est négative: - 6%. Et les Etats-Unis sont d'ores et déjà affectés par la crise des débouchés dans l'Asie... en crise, zone qui absorbait 30% des ventes américaines à l'étranger.
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560 milliards de dollars et plus: la dette du tiers monde
Entre 1971 et 1980, la dette extérieure du tiers monde a été multipliée par huit. Elle est passée de 70 milliards de dollars à plus de 560 milliards de dollars. Tout est cependant relatif: selon les organismes, les calculs affichent des fourchettes allant jusqu'à 100 milliards de différence... Le fait est que l'endettement est l'un des principaux obstacles à la poursuite du développement humain. Pour 27 pays lourdement endettés, la dette est supérieure au PIB. Les pays d'Afrique subsaharienne ont consacré en moyenne 12 milliards de dollars par an au remboursement de leur dette entre 1990 et 1995, alors que l'encours augmentait de 33 milliards de dollars. Le Mozambique, par exemple, a une dette extérieure neuf fois supérieure à la valeur de ses exportations annuelles et consacre près de la moitié de son budget au service de la dette, soit quatre fois plus que pour la santé. |