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Films
Par Carlos Heli* |
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Le succès de Central do Brasil n'est que la partie la plus visible d'une petite mais significative révolution qui, depuis environ quatre ans, agite le marché cinématographique brésilien.
Après une longue période de déclin, durant laquelle public, salles de cinémas et production nationale ont quasiment disparu, le cinéma brésilien vit aujourd'hui une sorte de renaissance artistique et industrielle.
Cette renaissance est le résultat de la création d'importants dispositifs d'incitation fiscale, avant tout la loi sur l'audiovisuel qui permet aux entreprises d'investir une part de leurs impôts dans la production cinématographique.
Elle a aussi été possible par les effets de la stabilité économique que le gouvernement de Fernando Henrique Cardoso a pu assurer depuis 1995 en introduisant, en 1994, une nouvelle monnaie, le réal, et en maîtrisant une inflation qui pouvait aller jusqu'à 50% par mois et se répercutait évidemment sur la billetterie.
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Une loi pour appuyer une industrie du cinéma solide
Au cours des douze premiers mois de la nouvelle monnaie, le nombre de spectateurs augmentait de 37%, rappelle José Carlos Avellar, président de Rio Film. Ce nouveau public, avide de nouveautés, apparaissait au moment même où la production nationale commençait à reprendre, après une paralysie provoquée par la suppression, en 1990, sous le gouvernement Collor, de tous les mécanismes d'aide à la production, y compris Embrafilm, créé en 1969 et chargé de la production et de la distribution du cinéma brésilien. Instituée en 1993, la loi pour l'audiovisuel permit rapidement de relancer la production, près de 60 projets au cours des cinq années de son existence, mais près de 250 projets sont inscrits au ministère de la Culture... Cette loi, créée pour permettre une transition vers une industrie cinématographique solide, doit hélas s'éteindre en 2003.
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Diversité thématique, esthétique, pluralité des modes de financement
A l'approche de cette échéance et devant la menace d'une nouvelle crise globale des marchés financiers, cinéastes et producteurs s'unissent dans une même revendication. Selon Luis Carlos Barreto, producteur du plus grand nombre de films brésiliens depuis le début des années 1960: " La loi pour l'audiovisuel est un mécanisme qui rend de bons services. Ce dont nous avons besoin maintenant, c'est d'une politique publique en faveur du secteur cinématographique". La caractéristique la plus marquante du renouveau de la production est la diversité thématique et esthétique. Il suffit de citer les quatre films ayant attiré le plus de spectateurs, Carlota Joaquina, princesa do Brasil, premier film de Carla Camurati (près de 1,2 millions de spectateurs), O quatrilho de Fabio Barreto (1,4 million), O noviço rebelde de Tizuka Yamasaki (plus de 1,5 million) et, enfin, Central do Brasil de Walter Salles (plus de 1,2 million). Selon José Carlos Avellar, cette diversité esthétique est due à la pluralité des modes de production: " Il n'y a plus un centre unique de financement, comme avec Embrafilm qui produisait les films brésiliens avec la taxe sur la billetterie des films étrangers. Avec la disparition d'Embrafilm, producteurs et cinéastes ont dû rechercher des alternatives au financement de leurs films, l'aide apportée par la loi sur l'audiovisuel n'étant pas suffisante. Cette diversification des sources de financement à donné un élan aux vétérans du cinéma brésilien (Caca Diegues ou Fabio Barreto) comme à la nouvelle génération de cinéastes. Du Nord au Sud du pays sont apparus de jeunes metteurs en scène qui ont sorti la production de l'axe Rio de Janeiro-Sao Paulo, apportant des éléments de culture régionale sur les écrans des centres urbains qui dictent habituellement les modes culturelles. Du Nordeste sont venus Lirio Ferreira et Paulo Caldas avec Baile perfumado qui fait une lecture "pop" de la vie des cangaceiros (1). De l'Etat de Sao Paulo, Beto Brandt qui, dans Os matadores, met en scène les assassins professionnels à la frontière du Brésil et du Paraguay. Quant à Walter Salles, après avoir mis en scène les Brésiliens expatriés économiques en Europe, avec Terra estrangeira, il propose, avec Central do Brasil, un long voyage à l'intérieur du pays. |
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* Journaliste aux pages culture du journal O Globo (Rio de Janeiro). 1. Le cangaceiro est originaire de la région du sertao, la région semi-aride du Nordeste brésilien; agriculteur pauvre, parfois exécuteur des basses oeuvres des grands propriétaires terriens, parfois contre eux, bandit d'honneur, bandit social, à son propre compte, il parcourt le sertao, seul ou en bandes armées, vivant de brigandage et de vols. Traduit du portugais par Robert Storm. Un site Internet est consacré au cinéma brésilien, en français, anglais et portugais :
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